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« Si la Russie s’affaiblit, c’est tout le Caucase qui s’enflammera »

À qui profitait la guerre de Tchétchénie et quels dangers portent en eux les actuels conflits interethniques gelés dans le Nord-Caucase ? Sergueï Chakhraï, vice-Premier ministre du gouvernement russe de 1991 à 1996 et directeur de l’administration temporaire dans la zone du conflit osséto-ingouche en 1992, évoque ces questions pour Lenta.ru.

Lenta.ru : On dit que le conflit osséto-ingouche avait couvé durant longtemps avant de s’embraser de façon brusque et inattendue. Qu’en pensez-vous ?

Sergueï Chakhraï : Ce conflit a une longue histoire, et 1992 n’en a été qu’une nouvelle explosion. Pour moi, les origines remontent à l’année 1919, au moment où les bolchéviques ont sciemment enfreint l’équilibre des forces et des intérêts qui s’était établi dans le Nord-Caucase au cours des deux siècles précédents.

Dans la Russie d’avant la Révolution, les cosaques du Terek jouaient un rôle majeur dans la région, leurs stanitsas (villages-garnisons) servant de tampons entre les peuples chrétiens et musulmans locaux, évitant qu’ils ne se fassent la guerre entre eux. On trouvait d’ailleurs aussi des cosaques du Terek dans le raïon Prigorodny, en Ossétie actuelle, qui continuaient de séparer naturellement les Ossètes et les Ingouches.

Et donc, les bolchéviques, après avoir massacré plus d’un million de ces cosaques du Terek, ont repeuplé de force leurs villages avec des représentants des peuples déportés depuis les montagnes : Ossètes, Ingouches, Tchétchènes, Avars et Darguines.

Lenta.ru : Pour quoi faire ?

S.C. : Les bolchéviques comprenaient que les hommes sont plus faciles à contrôler dans la plaine que dans les montagnes… Mais ce faisant, ils ont profondément embrouillé la situation dans le Caucase. Au cours des quarante premières années d’existence du pouvoir soviétique, les frontières entre les formations nationales du Nord-Caucase ont été redessinées 36 fois ! Et les choses se sont encore aggravées après les nouvelles déportations de peuples montagnards en 1944 et surtout leur retour, en 1956, quand ils ont trouvé leurs terres occupées par des étrangers.

Toutes ces circonstances, s’ajoutant les unes aux autres, ont finalement tressé une gigantesque pelote de problèmes, de rancunes et de contradictions, qui ont immédiatement resurgi avec l’affaiblissement du pouvoir central de Moscou. Tous les peuples du Caucase ont voulu rétablir la « justice historique » à la façon dont ils la comprenaient – mais ils avaient chacun leur vérité.

En 1992, après l’effondrement de la République socialiste soviétique autonome de Tchétchénie et d’Ingouchie, on a rétabli une Autonomie ingouche, mais sans en déterminer précisément les frontières – ni à l’ouest avec l’Ossétie du Nord, ni à l’est avec la Tchétchénie. Il n’existe jusqu’à présent pas de délimitation territoriale en bonne et due forme entre l’Ingouchie et la république de Tchétchénie, et ce sont ces disputes entre Ingouches et Ossètes concernant le raïon Prigorodny qui ont débouché, le 31 octobre 1992, sur le déclenchement d’un conflit armé sanguinaire.

Lenta.ru : Pourquoi est-ce vous qui avez été appelé pour tenter de le résoudre ?

S.C. : Je ne sais même plus, aujourd’hui, qui s’est souvenu de moi dans ce moment difficile – et du fait que je suis, précisément, un descendant des cosaques du Terek. Début novembre 1992, […]

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Julia Breen

Dernières nouvelles de la Russie

Société

Mezen : un village
au chevet de son hôpital

À Mezen, petite ville du Grand Nord russe située à plus de 1 500 kilomètres de Moscou, les retraités se sont organisés pour financer la rénovation de l’hôpital municipal. Un reportage du magazine Ogoniok.Le petit port de Mezen est la dernière escale sur le fleuve du même nom, avant la mer Blanche. La ville ne recense qu’un peu moins de 3 300 habitants, mais elle est située au cœur d’un tel désert, entourée de toundra, qu’elle fait figure de véritable îlot de civilisation. Elle possède un minuscule aéroport, d’où un petit avion décolle une fois par semaine vers la capitale régionale, Arkhangelsk, située à 400 kilomètres de là. Des minibus privés desservent aussi la grande ville plusieurs fois par semaine – du printemps à l’automne. Mais en hiver, quasi inaccessible par la route, Mezen est comme coupée du monde. Sous les tsars, c’était un lieu d’exil.Ni ascenseur ni anesthésisteMezen a l’air d’un village sans âge avec toutes ses constructions en bois : ici la mairie, qui penche un peu, là, les annexes désaffectées de l’hôpital… Les services et le nombre de lits se réduisent comme peau de chagrin. Aujourd’hui, l’établissement tient tout entier dans le bâtiment central : une construction de briques, à étage.L’hôpital a longtemps détenu la palme régionale du plus grand chantier inachevé. Il a finalement été livré en 2000. Mais à quel prix… « L’ancien intendant m’a raconté qu’à l’inauguration du bâtiment, il y avait déjà trente-huit trous dans le toit ! », se souvient le docteur Alexandre Khviïouzov, chef du service de chirurgie.L’hôpital dispose bien d’un ascenseur, mais il n’a jamais fonctionné : il sert de remise.Son département se situe à l’étage. Au plafond, de larges taches d’humidité. Au cours de l’automne 2018, le personnel avait disposé des seaux un peu partout sur le sol – pour les fuites… Le lino, moisi, se décolle par endroits, révélant des lattes de contreplaqué noircies par le temps et l’usure. « C’est bien simple, tout est à refaire ! Régulièrement, les agents du contrôle sanitaire viennent inspecter les planchers et nous infligent des amendes. Comme si l’hôpital n’était pas assez endetté… », se désespère le médecin.L’hôpital de Mezen. Crédit : KommersantUn vacarme soudain dans l’escalier : deux hommes transportent une vieille dame sur une chaise. L’hôpital dispose bien d’un ascenseur, mais il n’a jamais fonctionné. Il sert de remise. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

12 avril 2019
International

Nikolaï Patrouchev : « Les sanctions occidentales nous stimulent »

Nikolaï Patrouchev est le secrétaire du Conseil de sécurité de Russie, organe consultatif près le chef de l’État sur les questions de sécurité nationale. Dans l’une de ses rares interviews, accordée au journal Izvestia, il expose le point de vue de Moscou sur une série de grandes questions internationales : sanctions occidentales, politique russe de substitution aux importations, traité FNI…Le 1er février 2019, les États-Unis ont dénoncé le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), signé en 1987. La Russie, en réponse, s’est aussitôt désengagée de l’accord. Ce dernier est-il définitivement enterré ?Nikolaï Patrouchev : Pour justifier la rupture unilatérale de ses engagements, Washington a accusé la Russie de violer ce traité, sans avancer la moindre preuve. Et les États-Unis ont fait fi de toutes nos inquiétudes quant au non-respect de leurs propres obligations.En fait, les Américains estimaient que le traité FNI était obsolète, parce qu’il ne s’étendait pas aux nouveaux pays possédant des armes de ce type. Cependant, ils n’ont jamais ne serait-ce que tenté d’entamer des négociations pour l’amender et l’adapter aux réalités nouvelles…La Russie, de son côté, n’aurait vu aucun obstacle à ce que cet accord devienne un traité multilatéral.Le commandant des forces alliées de l’OTAN en Europe a récemment affirmé que Moscou n’hésiterait pas à employer l’arme nucléaire contre « ses voisins plus faibles ». Après de telles déclarations, on comprend que l’opinion publique occidentale ait une piètre image de la Russie…N.P. : Les États-Unis et leurs alliés assènent régulièrement de telles accusations, sans jamais les étayer… En réalité, ce sont les Américains qui ne veulent pas renoncer aux « frappes nucléaires préventives » ‒ c’est écrit noir sur blanc dans leur doctrine militaire.En présentant aujourd’hui la Russie comme l’ennemi à abattre, la Maison-Blanche cherche à justifier l’élargissement continu de l’OTAN, qui vise à préserver l’hégémonie planétaire américaine. Mais le monde a changé : la domination d’un seul État sur tous les autres, dans tous les domaines, n’est plus possible.Cérémonie de passation de pouvoir entre Noursoultan Nazarbaïev (à gauche) et Kassym-Jomart Tokaïev (à droite) le 20 mars au Sénat kazakh. Crédit : Liter.kz L’économie joue un rôle de plus en plus prépondérant dans l’équilibre des forces. Et il suffit d’observer les rythmes de croissance qu’affichent des pays comme la Chine ou l’Inde, pour comprendre que les États-Unis ne sont plus les maîtres du monde.La république du Kazakhstan est le principal partenaire de la Russie au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai, […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

8 avril 2019
International

Damanski
Le souvenir russo-chinois à ne pas réveiller

Il y a un demi-siècle, en mars 1969, l’île Damanski (dans la région du Primorié, dans l’Extrême-Orient russe) était le théâtre d’un conflit armé entre l’URSS et la Chine. Moment décisif de la rupture entre les deux géants communistes, ce litige frontalier a redessiné en profondeur les grandes alliances internationales, notamment en engageant un rapprochement entre la Chine et les États-Unis.En 1941, en Extrême-Orient, les Soviétiques prennent le contrôle de la rivière Oussouri et des îles qui s’y trouvent – dont la neutralité est assurée par un traité sino-russe signé en 1860. Ils les conservent après la débâcle du Japon, qui occupe alors le nord-ouest de la Chine. Proclamée en 1949, la République populaire de Chine, doit trop à son « grand frère communiste du Nord » pour soulever des questions territoriales embarrassantes.Mao Zedong évoque de plus en plus souvent les « territoires illégalement occupés par l’URSS »À la fin des années 1950, les relations entre l’URSS et la Chine se détériorent. Mao Zedong dénonce la « déstalinisation » entamée par Khrouchtchev et, dans la courte guerre sino-indienne de 1962, Moscou prend le parti de Dehli, renforçant le « Grand Timonier » dans son rejet des « révisionnistes soviétiques ». Peu après, Moscou rappelle tous ses « conseillers techniques » dépêchés auprès du gouvernement chinois. Lors de ses rencontres avec les dirigeants étrangers, Mao Zedong évoque de plus en plus souvent les « territoires illégalement occupés par l’URSS » – entre autres les îles Kouriles (revendiquées par le Japon), et celles de la rivière Oussouri.Île Damanski sur le fleuve Oussouri. Crédit : PanoramioConsciente du potentiel explosif d’un litige territorial avec son voisin, Moscou envoie à Pékin, en février 1964, une délégation chargée de trouver un accord sur la question des frontières. Les négociations durent près de six mois et se soldent par un échec : les Chinois dénient toute force juridique à la frontière établie pendant la Seconde Guerre mondiale, […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

25 mars 2019

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