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La rencontre Sarkozy – Poutine à Moscou vue de l’intérieur

Comment la presse russe a-t-elle abordé la visite de Nicolas Sarkozy, le 29 octobre, à Moscou ? Le journaliste russe Andreï Kolesnikov, célèbre pour ses couvertures de l’activité du président Vladimir Poutine, raconte pour le quotidien Kommersant le déroulement de la rencontre entre les deux hommes.

lus d’un an après leur dernière rencontre, l’ancien président français Nicolas Sarkozy et Vladimir Poutine se sont entretenus mercredi 29 octobre dans la résidence présidentielle de Novo-Ogaryovo, à l’extérieur de Moscou. Crédits : Kremlin.ru
Plus d’un an après leur dernière rencontre, l’ancien président français Nicolas Sarkozy et Vladimir Poutine se sont entretenus mercredi 29 octobre dans la résidence présidentielle de Novo-Ogaryovo, à l’extérieur de Moscou. Crédits : Kremlin.ru

Arrivé depuis longtemps à la nouvelle et spacieuse résidence du président russe [Novo-Ogaryovo], Nicolas Sarkozy était prêt à rencontrer son ancien homologue et, qui sait, son futur (M. Sarkozy se présentera probablement à la prochaine élection présidentielle en France) –, mais M. Poutine s’est d’abord entretenu avec le Premier ministre serbe, Aleksandar Vučić, puis, après le départ de ce dernier, pour ce que Kommersant a pu en apprendre, il s’est isolé un moment avec le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov (qui, s’apprêtant à se rendre à des négociations sur la Syrie à Vienne, avait sûrement des choses à lui dire).

Nicolas Sarkozy a donc dû attendre, avant d’être finalement appelé dans le bureau du président. Mais là aussi, l’ex-chef de l’État français a dû passer encore quelques minutes seul.

La scène était inhabituelle : il se tenait debout au milieu de la pièce, entouré par un demi-cercle de cameramans et photographes qui le mitraillaient méthodiquement.

M. Sarkozy ne pouvait pas se sentir à l’aise dans une telle situation. Il a eu tout le temps d’admirer le sol, fixé sur ses souliers flanqués d’un nœud et de talonnettes, si hautes, hélas, que toute cette composition, comme autrefois, quand il venait à Moscou en qualité de président, rappelait plutôt une chaussure orthopédique… Il a également contemplé les plafonds… Sauf qu’il n’y a pas grand-chose à y regarder, à la différence, par exemple, du vertigineux plafond de la salle de la Grande Catherine au Kremlin… Les intérieurs du nouveau bâtiment de la résidence présidentielle sont minimalistes.

Nicolas Sarkozy, ayant déjà passé en revue tout ce qui l’entourait et commençant visiblement à s’énerver, a brusquement dit aux photographes, en russe :

Spasibo ! Stop ! [Merci ! Stop !]

Et ce, avec une telle prononciation… avec un tel demi-sourire froid… que les déclics des appareils photo se sont instantanément tus. Il a acquiescé de la tête, s’est éloigné vers la porte et a parlé avec le traducteur ; puis, il a pris une mine occupée, mais n’a pas tenu très longtemps et, rapidement, s’est jeté vers l’autre côté de la pièce pour rejoindre un photographe qu’il connaissait ; il a tenté de plaisanter avec lui à tel ou tel propos, mais ça non plus n’a pas marché… Là, heureusement, Sergueï Lavrov et Iouri Ouchakov (assistant du président) ont fait leur entrée, et Nicolas Sarkozy, soulagé, s’est serré près d’eux comme auprès de parents et ne les a plus lâchés…

Bref, il a dégusté, pendant ces dix minutes…

Mais ensuite, Vladimir Poutine a fini par apparaître aussi.

— Comment doit-on vous appeler maintenant : monsieur le Président, ou Docteur ?, a demandé le président à Nicolas Sarkozy. Parce que vous êtes dorénavant docteur honoris causa d’un de nos établissements universitaires les plus respectables – et je tiens à vous féliciter pour ça. J’ai su que vous aviez fortement impressionné l’auditoire, avec votre conférence – et pas seulement ceux qui se trouvaient dans la salle…

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La dernière entrevue des deux hommes remonte à juin 2014 à Sotchi. Crédits : kremlin.ru

Le matin même, en effet, Nicolas Sarkozy avait donné une conférence au MGIMO. Conférence à laquelle il s’était préparé. Il a expliqué que la Russie n’était pas un pays européen ni un pays asiatique, mais qu’elle était « quelque chose de particulier – elle est un pays russe ! ». Et que, « ami de la Russie », il n’avait pas l’intention de changer – même en ces temps actuels difficiles.

« Je serai toujours votre ami », a-t-il insisté, face à la salle comble.

Il a également dit qu’il considérait la Russie comme une puissance mondiale et non régionale, comme il l’avait « entendu dire récemment »…

À la question de savoir qui serait parmi les futurs candidats à la présidence française, Nicolas Sarkozy a répondu :

— François Hollande !..

Puis, après une pause emplie d’un grand rire des étudiants, il a ajouté :

— Je ne réponds pas à cette question en France, je ne le ferai pas ici non plus.

C’est-à-dire qu’il y aura encore un autre candidat, c’est sûr.

— Je suis très content de te voir, Nicolas, a lancé Vladimir Poutine, passé entre temps au tutoiement. Ça fait longtemps – toute une année !.. Il s’est passé depuis de très nombreux événements, autant en Europe que dans le monde, et dans nos relations bilatérales. Très content de te voir !

Et il semble que véritablement, c’était le cas.

— Monsieur le président, je vois que la transmission de l’information fonctionne admirablement à Moscou !, a répondu Nicolas Sarkozy, en hochant la tête.

— C’est le métier qui veut ça, n’a pas pu retenir Vladimir Poutine.

C’est donc vrai : espion un jour, espion toujours. Le président russe s’est empressé de le reconnaître lui-même.

Parce que sans ça, on aurait pu croire qu’il était avant tout président.

Nicolas Sarkozy a ensuite répété plusieurs thèses de sa conférence :

— Vous connaissez ma conviction profonde : le monde a besoin de la Russie… La Russie et l’Europe sont condamnées à travailler ensemble… Malgré les désaccords qui ont parfois surgi entre nous, entre nos pays, nous avons toujours, en parlant ensemble, su trouver un juste compromis. Car je ne comprends en aucun cas comment on peut parvenir à un compromis sans débattre du problème, sans communiquer avec son opposant !

C’est-à-dire qu’il a tout de même qualifié le président russe d’opposant. Il faut dire qu’il devait encore, après ça, retourner en France (d’autant que personne, à la différence de Gérard Depardieu, ne lui a encore proposé la citoyenneté russe). Il y a donc bien une certaine part de ruse, du moins publique, dans cette amitié.

Jacques Chirac, lui, n’aurait jamais dit ça.

— Il faut communiquer, il faut s’écouter les uns les autres et, surtout, il faut se respecter les uns les autres !, a continué Nicolas Sarkozy, prodiguant de nouveau toutes les thèses de sa conférence. J’ai l’impression qu’il s’agit là des destins particuliers autant de la Russie que de la France : le respect mutuel est indispensable !

— C’est vrai, nous avons effectivement réussi beaucoup, a prononcé Vladimir Poutine, solennel.

— Je pense qu’à l’époque, personne ne s’est senti trahi, personne n’a été humilié, a repris Nicolas Sarkozy.

Ce qui se lisait sans équivoque entre les lignes  comme « à la différence de ce qui se passe aujourd’hui ».

— Je ne veux pas dire que le compromis que nous avons obtenu était en soi idéal, mais nous avons su éviter l’opposition, et je suis convaincu de la nécessité de sortir de cette période d’opposition que nous traversons actuellement !

La conversation s’est poursuivie en privé, mais tout avait effectivement été dit.

Julia Breen

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  1. -Un journaliste français qui parle du Président Poutine se croit toujours obligé d’envoyer au minimum une pique comme pour rester dans la réthorique médiatique atlantiste française anti Poutine qui est le césame de nos médias.
    -DIRE Parce que sans ça, on aurait pu croire qu’il était avant tout président, EN TEMOIGNE !
    Pascal Rendu Présidentielle 2017

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