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Il était une fois Poutine et Berlusconi en Crimée

Il était une fois Poutine et Berlusconi en Crimée

Le président russe Vladimir Poutine a accueilli les 11 et 12 septembre son vieil ami Silvio Berlusconi en Crimée. Le correspondant spécial de Kommersant Andreï Kolesnikov y était. Revivez le séjour du Cavaliere comme si vous y étiez. Arrivés samedi à Bakhtchissaraï, Vladimir Poutine et Silvio Berlusconi ont rapidement visité le palais local avant de s’envoler pour Chersonèse, la ville antique du centre de Sébastopol. Chacune de leurs visites – le mont Gasforta, Massandra, Ialta, Sébastopol, Livadia – avait souligné d’une façon ou d’une autre combien ces lieux étaient inextricablement, inévitablement liés à l’histoire russe – combien ils l’incarnaient même, et combien le rattachement devait arriver tôt ou tard. À qui serait donc cette Crimée, si elle n’était pas russe ? C’est du moins ce qui semblait devoir s’ancrer dans les esprits de tous les observateurs, jusqu’aux plus extérieurs et aux plus indifférents. Quoiqu’il n’y ait pas eu un seul observateur indifférent au cours de cette demi-journée historique. Et est-ce que l’Ukraine elle-même ne s’est pas collée à ses écrans de télévision durant ces deux jours ? À Chersonèse, les deux hommes politiques se sont déplacés à la fois en hélicoptère, en cortège automobile et en bateau. La vedette a vogué lentement le long du quai noir de monde, sur le territoire de la ville antique, avant de s’amarrer. Le bateau n’était précédé que de deux embarcations militaires, et je me suis alors dit : est-ce que l’ambiance est à ce point détendue, ici, qu’on ne se soucie même plus de sécurité maritime ? Mais dès que la vedette principale a commencé de s’amarrer, des plongeurs ont sorti leurs têtes de l’eau dans son sillon bouillonnant, voire bouillant, tels des bouées, pressés de reprendre leur respiration… J’en ai tout de suite compté une dizaine au minimum, avant de tourner les yeux rapidement, histoire que personne ne puisse dire ensuite que j’en savais trop. Les deux hommes, en rejoignant l’église de Vladimir, ont été acclamés par la foule. Remerciés, bénis, que dis-je : adorés ! Photographiés, filmés… Visiblement, beaucoup d’entre eux ont même appris l’italien en une nuit, car le lendemain, ils s’adressaient à M. Berlusconi dans sa langue natale : « Buongiorno ! », « Grazia ! » « Bravo ! » et « Molto coraggioso ! » Ils sont entrés dans l’église. Et là, tout n’est pas si simple. Car le prince Vladimir, dont on raconte qu’il s’est converti au christianisme ici même (l’homme voulait vraiment épouser la princesse byzantine Anna, mais à Byzance, on lui a signifié qu’on ne voulait rien avoir à faire avec un incroyant. Il s’est vexé, a refusé de se convertir, a marché sur Chersonèse alors byzantine et l’a conquise par la force, et aussi grâce à la ruse et à la trahison d’un des défenseurs de la ville, puis il a posé à Byzance un ultimatum. Mais là, il a perdu la vue, a compris que c’était un châtiment et qu’il ne s’en sortirait pas sans la foi, s’est fait baptiser et a recouvré la vue), était tout de même un prince de Kiev. Et visiblement, le prince a racheté son pêché en baptisant non seulement lui-même, mais aussi, par la suite, toute la Rus’ de Kiev. Et donc, Chersonèse est russe, on n’y peut rien – c’est l’Histoire. Ces messieurs ont visité les fonts baptismaux supposés, et Vladimir Poutine a annoncé qu’il fallait ériger ici un centre orthodoxe sans équivalent dans le monde. Et manifestement, ainsi en sera-t-il. À noter : Silvio Berlusconi était vêtu des mêmes chemise noire et costume sombre que la veille.

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Julia Breen