Alexeï Navalny : « Cette vie me plaît. Je suis un homme très heureux »

Trois jours avant la lecture de son verdict, Alexeï Navalny a donné sa dernière interview au magazine Afisha.Saprykine : Tu as déclaré au tribunal « Personne d'entre nous n'a la droit d'être neutre ». Qui ce « nous » recouvrait-il, et qu'entends-tu par le terme de neutralité ?Navalny : Je parlais des gens qui comprennent ce qui se passe dans le pays. Ils sont mécontents de la situation, mais pour s'auto-légitimer, pour dissimuler leur paresse ou leur lâcheté, ils ont trouvé 130 raisons expliquant pourquoi on peut, aujourd'hui, rester à l'extérieur de l'action militante. « Je suis journaliste, j'ai une éthique», «J'ai ouvert un restaurant à la mode où je vends des boulettes de viande, ils me le fermeront ». Je considère qu'il est immoral, aujourd'hui, de ne pas entrer dans la lutte politique. Dire qu’une position politique juste va gêner tes boulettes, c’est de l’hypocrisie. Si je m’accroche tellement à ces boulettes, c’est que j’ai lu récemment sur le site d’Afisha un article là-dessus.Saprykine : Daniïla et Alekseï, qui ont ouvert ce café dont tu parles, disent qu’ils ont participé aux manifestations. Mais on se moque d’eux en permanence parce qu’ils ont l’arrogance de vendre des boulettes pendant que des gens sont en prison. La question n’est pas de savoir si tu peux avoir le temps de t’occuper de ton affaire et d’aller manifester, mais si tu as le droit moral d’avoir une affaire sous le régime actuel.Navalny : C'est l’autre face de cette même hypocrisie. C’est une rhétorique des plus stupides oisifs, qui reprochent à tous ceux qui les entourent d’avoir une famille et un travail alors qu’il faudrait être au cachot. Sachant qu’eux n’y sont pas, au cachot. Je soutiens comme autrefois la position selon laquelle chacun devrait faire 15 minutes par jour de combat politique. C’est suffisant. Tu peux distribuer des tracts, donner de l’argent pour le soutien aux détenus. Ou, en journaliste objectif, après avoir écrit un article sur le merveilleux parc Gorki, publier un reportage sur la façon dont tous les citadins ont été escroqués au moment de l’aménagement d’espaces verts sur la rue Tverskaïa.

« Tu as du succès dans les boulettes de viande ? – Donne 1000 roubles pour la cause »

Saprykine : Dans une situation comparable, dans les années 70,

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Traduit par Julia Breen

Dernières nouvelles de la Russie

Mai 1989, Gorbatchev à Pékin : Deux dragons dans un nid d’hirondelle

Il y a trente ans, le 14 mai 1989, le dernier président de l'URSS, Mikhaïl Gorbatchev, arrive à Pékin, au beau milieu des manifestations étudiantes qui se tiennent place Tian’anmen. Il s’agit de la première visite officielle d’un dirigeant soviétique en République populaire de Chine depuis la rupture entre les deux pays communistes, survenue vingt ans plus tôt.

 

24 mai 2019

Souvenirs rock
du « pays des merveilles »

La chanteuse et productrice américaine Joanna Stingray, figure clef de la scène rock soviétique underground de la fin des années 1980, a fréquenté les artistes les plus emblématiques de la période, de Viktor Tsoï (chanteur du groupe Kino) à Boris Grebenchtchikov (musicien et compositeur de Kino, Aquarium).

 

17 mai 2019

Postface au 70e anniversaire de l’OTAN

Pour Sergueï Karaganov, président honoraire du Conseil de politique extérieure et de défense, influent think-tank russe de relations internationales, il est temps que l'OTAN trouve une raison d'exister autre que la menace, selon lui fabriquée, que ferait peser la Russie sur la sécurité du continent européen.

 

14 mai 2019