Boris Berezovski. Crédit photo: Olivia Harris, Reuters

Boris Berezovski : le premier qui meurt a perdu

Le plus diabolique des oligarques russes est mort le 23 mars 2013. Le cœur n’a pas tenu ? C’est la dépression qui l’a eu ? On l’a assassiné ? La police britannique nous racontera bientôt tout ça. Mais jamais un point final ne sera mis aux débats sur qui était cet homme. Un grand nombre de rumeurs et suppositions courent sur la vie de Berezovski. Mais elles nous éloignent plutôt, en réalité, des vraies questions importantes sur le rôle qu’a joué sa personnalité dans notre histoire.Pour les uns, Berezovski est avant tout le « parrain » de Poutine. Pour les autres, c’est le grand combattant contre le « régime sanguinaire » poutinien. Certains voient en lui un Robin des Bois, un débrouillard superbe, un représentant de l’espèce en voie de disparition des intellectuels dans le pouvoir. La majorité de ses concitoyens acquiescent volontiers à la façon dont le général Lebed décrivait le défunt :« Berezovski, c’est l’apothéose de l’abomination au niveau de l’État : à ce représentant de la petite clique au pouvoir, il ne suffisait pas d’être un voleur – il voulait encore que tout le monde sache qu’il volait en toute impunité ». Malgré l’opinion affirmant le contraire, les malles remplies d’or n’étaient pas ce qui motivait principalement Berezovski. Lui l’a répété plus d’une fois, et les gens l’ayant connu de près en témoignent.Voilà ce que lui-même disait de son credo de vie : « Quand Andreï Sakharov s’est un jour demandé: Où est le sens de la vie ?, il a répondu : Dans l’expansion. Cette définition me convient à moi aussi. La victoire sur le chaos – voilà ce qui anime l’être humain. Je m’efforce, à l’extérieur autant qu’à l’intérieur de moi, de lutter contre le chaos. C’est plus difficile à l’intérieur ».La vie, mais aussi la mort de Berezovski s’inscrivent dans cette logique. Citoyen privé de sa patrie mais n’ayant jamais pris racine en Grande-Bretagne. Joueur ayant perdu plusieurs parties. Rupin ruiné. Épicurien vieillissant. Berezovski, qui lors de toutes ses interviews se qualifiait de « génétiquement optimiste », pour la première de sa vie a échoué à faire un nouveau pari et a admis le chaos.Il savait que ça arriverait un jour, et, dans une certaine mesure, il était prêt. « Je ne dis pas que je n’ai peur de rien. Je ne voudrais pas, par exemple, être torturé, mais je ne crains pas ma mort en tant que telle… Je disais l’autre jour à ma femme :Mon coeur me fait des misères, et elle : Soit tu seras assassiné, soit tu vas avoir une crise cardiaque et tu mourras en une seconde. Alors ne te fais pas de bile ! Et ça a marché »,plaisantait Berezovski dans une de ses interviews de l’année dernière.Être le héros du temps : c’est en cela que résidait le talent de Berezovski. Positif ou négatif – à chacun d’en juger ; mais jusqu’au début des années 2000, il a en tout cas invariablement été à la cime de son époque.

…–1992. La vie avant le Kremlin

À l’époque soviétique, Berezovski, fils d’ingénieur, a fait une carrière académique tout à fait réussie. Après une école spécialisée en anglais, il est entré à l’Institut moscovite des technologies forestières en faculté d’électronique. Sorti de l’université, il a travaillé pour l’Institut de recherches sur les machines expérimentales.

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Traduit par Julia Breen

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