Mort d’Alexandre Dolmatov : suicide ou complot ?

Retour sur les derniers moments d’Alexandre Dolmatov, activiste russe et demandeur d’asile aux Pays-Bas, retrouvé pendu dans sa cellule.


L’association des avocats de Russie pour le respect des droits de l’homme a publié le 22 janvier un rapport retraçant les cinq derniers jours du membre du parti d’opposition non-officiel Autre Russie Alexandre Dolmatov, qui a été retrouvé pendu le 17 janvier dernier dans sa cellule au sein d’un centre pour demandeurs d’asile aux Pays-Bas. Retour sur les derniers moments de sa vie.

Mort d'Alexandre Dolmatov
Alexandre Dolmatov

« Lors de l’étude de sa demande d’asile, Alexandre Dolmatov a été placé dans un centre d’accueil pour réfugiés de la ville de Gravendeel, située entre Amsterdam et Rotterdam », a communiqué Girt Atis, directeur du réseau international d’aide aux réfugiés United à l’association des avocats de Russie. D’après ses dires, la procédure entamée initialement pour l’obtention de l’asile politique se serait déroulée normalement.

Mais au début du mois de décembre 2012, les services migratoires néerlandais ont déclaré non recevable la demande du jeune russe, au motif que sa « vie n’était nullement menacée, sauf par une amende de 500 roubles en Russie ». Ils n’ont pas tenu compte du fait que Dolmatov craignait d’être poursuivi pour « organisation d’émeute » à la suite de la manifestation contre Vladimir Poutine sur la place Bolotnaïa du 6 mai 2012 [18 manifestants sont actuellement en attente de jugement, un seul d’entre eux a pour l’instant écopé d’une condamnation à quatre ans et demi de prison, ndlr].

Un comportement «instable»

Peu de temps avant la mort d’Alexandre Dolmatov, son avocat, Mark Vinguarden, avait cependant relevé un changement dans le comportement de l’opposant : « Il a cessé d’un coup de parler de la Russie, des Russes et du FSB, alors qu’avant il en parlait très ouvertement ».

Lorsque l’avocat lui avait alors demandé s’il avait des raisons de craindre pour sa vie, le jeune Russe aurait répondu par la négative. Inquiet pour son client, l’avocat lui avait conseillé de contacter les autorités néerlandaises. « L’a-t-il fait ? Je ne sais pas », avoue Mark Vinguarden, qui ajoute n’avoir eu que très peu de contacts avec lui dans les jours qui ont précédé sa mort. Sans nouvelle, l’avocat avait décidé de lancer la procédure d’appel sans l’aval de son client, le 11 janvier.

Le 13 janvier, et malgré sa situation irrégulière, Alexandre Dolmatov a contacté la police, se disant « menacé ». Même si les agents n’ont trouvé aucun élément probant, ils ont décidé malgré tout de le conduire au poste compte tenu de « son état agité ».

N’étant pas informées de la demande d’appel, les autorités ont placé le jeune Russe, qu’ils considéraient comme « un sans-papier » en détention le 14 janvier, sans en avertir son avocat. Deux jours plus tard et en attente d’une expulsion, il a été transféré dans un centre de rétention pour demandeurs d’asile à Rotterdam, où on l’a placé dans un bloc réservé aux personnes souffrant de troubles psychologiques ou à tendance suicidaire. Les autorités avaient été informées par Girt Atis de l’état de santé d’Alexandre Dolmatov, qui « aurait à quelques reprises déjà tenté de mettre fin à ses jours ». On l’a retrouvé mort, pendu dans sa cellule, le 17 janvier 2013. Sa demande d’appel devait être étudiée dans les jours suivants.

« Meurtre à la hollandaise »

En Russie, cette affaire a pris des allures de conspiration. Edouard Limonov, un des leaders du parti Autre Russie, accuse les « services secrets de l’OTAN », voire des États-Unis ou de Grande-Bretagne d’avoir pris part aux interrogatoires aux côtés de leurs homologues néerlandais. La raison de ces entretiens, comme l’écrivain l’explique sur son blog, réside dans la situation professionnelle du jeune homme. « Il travaillait sur un site de construction de missiles dit secret. Pour les services occidentaux, il rentrait dans la même catégorie que les officiers du FSB, les chercheurs, les policiers et les travailleurs d’entreprises fermées. Même en tant que balayeur dans cet établissement, il serait rentré dans cette catégorie ! », écrit Edouard Limonov.

La famille d’Alexandre Dolmatov, blâme quant à elle « les autorités russes qui mènent une campagne de répression contre les participants au mouvement de contestation qui a vu le jour le 11 décembre 2011 ». Dans une lettre datée du 21 janvier 2013 et adressée à la reine Béatrix des Pays-Bas, la mère du défunt, Lioudmila Dolmatova, regrettait qu’aucun officiel néerlandais ne soit venu la voir et demandait que la lumière soit faite sur la mort de son fils.

Vendredi 18 janvier, une centaine de personnes s’était réunie en face de l’ambassade des Pays-Bas à Moscou pour rendre hommage à Alexandre Dolmatov. L’ambassadeur néerlandais à Moscou, Onno Elderenbosch avait déclaré un peu plus tôt que « d’après la note trouvée sur A. Dolmatov, la raison de son suicide ne serait pas liée au refus des autorités néerlandaises de lui accorder l’asile politique ». Le contenu de cette dernière n’a pas été divulgué à ce jour.

Dernière action en date, le piquet des national-bolchéviks, affiliés à Edouard Limonov, devant l’ambassade des Pays-Bas à Moscou le 23 janvier. Scandant « Vous avez le sang de Dolmatov sur vos mains », les activistes ont été rapidement interpellés par la police. Une dizaine de personnes aurait été arrêtée, selon les forces de l’ordre.