Le Courrier de Russie

OTAN en emporte le vent

La rubrique Recadrage est une revue de presse critique des médias occidentaux sur la Russie, dont l’auteur est Matthieu Buge, un Français qui vit à Moscou.

Depuis un peu plus d’un mois, la Russie et l’Ukraine se sont retrouvées noyées parmi une multitude d’articles de presse : épidémie du virus Ebola, opération israélienne à Gaza et émergence soudaine de la nouvelle grande menace terroriste islamiste, l’EIL. On sait la nécessité pour les médias de fournir au lecteur des informations toujours plus fraîches, plus variées, plus sensationnelles. Et l’Ukraine commençait à fatiguer tout le monde – à moins que ça ne soit la stricte faute des journalistes avec leur usage des termes « escalade » et  « désescalade » frisant l’écholalie hystérique (1). Mais lesdits journalistes, qui préparent leur rentrée, n’ont apparemment pas oublié ces termes dans leurs cartables.

On constatera d’abord que les sinistres événements au Moyen-Orient intervenaient aussi à point nommé pour éviter un sujet qui fâche. En effet, après avoir accusé la Russie d’être indirectement à l’origine du crash du vol MH17 au-dessus de l’Ukraine, puis s’être décidée à blâmer des « séparatistes » qui auraient abattu l’avion « par erreur » (2), la presse est passée au silence le plus total quant à la question de la responsabilité de ce drame. Une maigre dépêche AFP, par-ci par-là, en fait état (3). Nous l’avions déjà souligné dans ces pages (4) : la responsabilité des Ukrainiens eux-mêmes était déjà évoquée par le journaliste d’investigation Robert Parry. Le silence occidental, alors que Moscou est seule à continuer de demander des éclaircissements, est éloquent. Il est manifestement hors de question de rouvrir le sujet : l’Occident et ses alliés ne peuvent en aucun cas être à l’origine d’une telle bavure.

Et comme on ne pouvait plus attaquer Poutine sur cette question, il fallait trouver d’autres sujets – et vite. Le dénigrement de la Russie dont les médias occidentaux se font le relais actif n’a pas bénéficié de la trêve estivale – loin de là. […]