Ukraine : le silence des journaux

La coupe du monde est lancée, les Bleus sont bien partis, les Anglais se sont faits ridiculiser – les enjeux sont sérieux, et l’heure n’est plus à l’Ukraine. Mais au-delà des réjouissances footballistiques qui engendrent un écran de fumée fort à propos, ce silence relatif et progressif des médias occidentaux quant à la crise ukrainienne est lourd de sens.

Au début de ce mois de juin, la France a célébré en Normandie la commémoration annuelle du débarquement des Alliés, braquant tous ses regards sur Obama, Poutine et Porochenko. Après la comédie du « double dîner » de M. Hollande[1] – le président a ripaillé avec Obama d’abord puis Poutine ensuite, dans la même soirée, pour éviter de froisser les deux antagonistes –, les médias français ont salué le fait que le dirigeant russe n’ait pas rechigné à se trouver face au président ukrainien nouvellement élu. Il semblait alors que l’on s’orientait vers un dialogue[2]. On a pu rire, aussi, au cours de la cérémonie normande, notamment grâce à un échange de regards entre Obama et Poutine des plus caractéristiques : le premier conservant son sourire d’acteur hollywoodien destiné aux photographes sur le tapis rouge, l’autre restant de marbre, se limitant à un rictus, comme pour exprimer qu’il n’était pas dupe[3]. Si tout cela fut très mignon, le 6 juin n’a pas tout à fait été le grand sommet de la réconciliation et de l’admiration mutuelle entre les peuples. […]

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Matthieu Buge

Dernières nouvelles de la Russie

Recadrage

Entre Vladimir Poutine et l’OTAN, d’où vient le bruit des bottes ?

De temps à autre, nos médias proposent des analyses plus fines que d’habitude. Le 13 mars 2015, Frédéric Taddeï a organisé un débat sur la Russie (1). Certes, l’émission, en deuxième partie de soirée le vendredi, était loin d’être du « prime time » – mais elle est venue comme une bouffée d’air frais. Taddeï recevait l’ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrine (2), le journaliste Frédéric Pons (3), l’écrivain Slobodan Despot (4), l’ancien conseiller de Gorbatchev Andreï Gratchev (5), la  journaliste Manon Loizeau (6) et le réalisateur/essayiste/fils à papa (on ne sait plus trop) Raphaël Glucksmann (7). Le débat fut intéressant – surtout lors des interventions de Védrine, Pons, Despot et Gratchev. Loin d’une quelconque « poutinolâtrie », évoquant les erreurs des Occidentaux autant que celles des Russes (et Gratchev, comme à son habitude (8) s’est fait un plaisir d’écorcher le président russe), tous ces invités ont opté pour un discours nuancé, fin, et révélant une vraie connaissance du sujet. Pourquoi en parler ici ? Parce que Loizeau et (surtout) Glucksmann ont joué une partition qui représente la quintessence de la propagande occidentale sur la Russie. Propagande que l’on jugera, dans un cas, inconsciente car animée de sentiments sincères (Loizeau) et, dans l’autre, absolument délibérée, tant Glucksmann – en digne héritier de BHL – joue les faux humanistes et les vrais va-t-en-guerre, allant jusqu’à appeler à livrer des armes à l’Ukraine sur les ondes de France Inter (9). Généralisation et émotion Deux grands classiques : on met tout dans le même panier et l’on saupoudre d’émotions faciles. Ainsi a-t-on vu dans un premier temps Manon Loizeau insister sur « le climat de peur en Russie » et expliquer qu’ « ayant vécu toute l’année dernière en Russie, je peux vous assurer que l’ambiance de guerre froide est totalement présente ». Le propos rappelait un peu cet édito gentiment malhonnête du Monde.fr : « Nemtsov, victime d’un climat de haine » (10). […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

19 mars 2015
Recadrage

Ukraine : « Ceux qui votent ne décident de rien, ceux qui comptent les votes… »

La rubrique Recadrage est une revue de presse critique des médias occidentaux sur la Russie, dont l’auteur est Matthieu Buge, un Français qui vit à Moscou. Ouvrons par une petite devinette, qu’on a pu entendre ici et là : « Pourquoi Porochenko est-il si pressé avec les élections à la Rada ? Vous savez, même le roi du chocolat a une date de péremption… » Nos médias sont calmes depuis que l’Est ukrainien n’offre pas de développements plus sordides que d’habitude et que le crash du MH17 ne peut plus être imputé aux « pro-russes », comme nous en parlions (1) dans une précédente revue de presse. Les élections du 26 octobre sont l’occasion de recommencer, doucement mais sûrement, à chanter les louanges de la démocratie occidentale frappant à la porte de l’affreuse Russie poutinienne. 70% pour les « pro-occidentaux » (bien que divisés en cinq groupes, divergents sur d’autres questions) : les résultats de ces élections ont confirmé l’engouement ukrainien pour l’Ouest (2), comme le prédisaient les médias la semaine précédente, soulignant naïvement la « popularité » du groupe politique formé autour de Petro Porochenko, « notre insider » – comme se plaisaient à le surnommer les services américains dès 2006 (3). Les articles mentionnent tous « l’écrasante victoire des pro-occidentaux » (4), sans examiner la direction choisie par cette majorité : la reconnaissance de l’Occident comme idéal politique éclipse tout le reste. On croirait lire la Pravda. De ces élections ukrainiennes, il faut comprendre à la lecture des médias occidentaux que le pays a enfin opté pour la démocratie – non en se choisissant un parlement ou un président (Ianoukovitch aussi avait été légitimement élu) mais en décidant de s’éloigner du partenaire traditionnel qu’est Moscou. Cette analyse pose trois grands problèmes. Le deux premiers sont liés à l’interprétation simpliste des faits et de l’évolution du pays, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

30 octobre 2014
Recadrage

« Nous créons notre propre réalité »

La rubrique Recadrage est une revue de presse critique des médias occidentaux sur la Russie, dont l’auteur est Matthieu Buge, un Français qui vit à Moscou. Le jeu de la représentation médiatique bat son plein et, même si Bush n’est plus à la tête du monde occidental, la rhétorique Monde libre vs Axe du mal reprend du poil de la bête. Les exemples sont nombreux d’une presse attaquant la Russie sur tous les fronts – nous nous attarderons ici aux allusions sur le fait que la Russie constitue une menace pour le monde dans son ensemble, et sur la façon dont nous entrons de nouveau dans une opposition fantasmée de systèmes. Nous avons donc, à ma droite, les doux démocrates ne recherchant que paix et entente entre les peuples. Le retard dans la mise en œuvre de l’accord économique UE-Ukraine (signé mi-septembre mais repoussé à fin 2015) est un échec diplomatique ? On veut y voir un geste d’apaisement à l’égard d’un Kremlin toujours plus menaçant (1) face à une association « historique » (sic) entre l’Ukraine et l’Europe (2), et l’on s’empresse de rapporter les propos d’un Porochenko proclamant son amour pour l’Europe (3). On notera toutefois, dans tout ce marasme journalistique, un article du Monde.fr qui parvient à aborder le sujet non sans une certaine ironie (4). Bref, l’Europe et l’Ukraine forment une grande famille. On va jusqu’à regretter que la Russie ne veuille pas en faire partie. Ainsi, le New York Times (5) se remémore avec tristesse l’attitude de la Russie en 1990, quand les peuples d’Europe de l’Est « choisissaient une Europe pleine et libre », sans remarquer que passer de l’URSS à l’OTAN ne revient, au fond, qu’à changer de suzerain. Le rêve d’une communauté d’intérêts du Pacifique à l’Oural et l’illusion atlantiste s’arrêtent là, car on a beau chercher – rien ne vient étayer la thèse de la volonté d’unité et de pacifisme de l’OTAN. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

25 septembre 2014