Le quai de Crimée entièrement réaménagé pour les promeneurs. Crédits: park-gorkogo.com

Les Moscovites rendent hommage à Sergueï Kapkov

Parcs, pistes cyclables, musées et théâtres modernisés : Sergueï Kapkov, ancien ministre de la culture de la ville de Moscou, a rendu cette fonction célèbre pour avoir, en quatre ans, littéralement métamorphosé la capitale russe. Il a démissionné le 10 mars dernier, au grand regret d’une majorité des Moscovites, dont certaines personnalités lui rendent ici hommage.

Ce que Kapkov a accompli

Une des premières décisions de Sergueï Kapkov, à son arrivée à la tête du département de la culture de Moscou, fut d’instaurer la gratuité des musées de la ville pendant les vacances d’hiver. L’initiative s’est ensuite élargie avec des projets annuels, uniques au monde en termes d’ampleur : « La nuit au musée », « La nuit au théâtre », « Biblionuit », « La nuit de la musique » et « La nuit des arts ». Et ces plaisirs ont rapidement cessé d’être réservés aux Moscovites. Chaque année, des dizaines de milliers d’habitants des régions se rendent dans la capitale russe pour participer au flash mob le plus culturel du monde moderne. En 2013, Kapkov s’est félicité que « La nuit au musée » ait battu un record planétaire absolu : 1,3 million de personnes avaient profité de cette chance de visiter les galeries et expositions de Moscou.

Les parcs de la capitale aussi, sous Kapkov, ont connu une véritable « renaissance ». En 2013, le département de la culture a fixé des normes sur l’aspect extérieur des échoppes et des poubelles, ainsi que sur l’éclairage et l’équipement des aires de jeux et de sport, qui seront désormais appliquées à toute la ville, afin que la qualité des parcs de quartiers soit équivalente à celle des deux parcs « modèles », Gorki et Sokolniki. Avec le temps, les « espaces verts » de la capitale se sont profondément métamorphosés : l’infrastructure des parcs a été modernisée à l’européenne (concernant les solutions techniques) et fiabilisée à la russe (pour ce qui est des matériaux). 14 zones de repos moscovite ont, en outre, été équipées de terrains de sport, de toilettes publiques et de l’accès au wi-fi gratuit.

Le nom de Sergueï Kapkov est généralement associé au réaménagement de l’espace urbain et à la création de zones piétonnes dans tout le périmètre de la capitale. Durant son mandat, 11 sites ont été adaptés aux balades pédestres des Moscovites et des visiteurs de la capitale : Nikolskaïa Oulitsa, Tverskoï proïezd, Stolechnikov pereoulok, Petrovka, Kamerguerski pereoulok, Kouznetski Most, Rojdestvenka, Lavrouchinski pereoulok, Arbat, et les zones piétonnes de l’hôtel Moskva et de Novy Arbat. Peu avant sa démission, Kapkov avait fait part, dans une interview au journal Izvestia, de son intention de créer sept zones piétonnes supplémentaires, mais le projet est désormais gelé.

Par ailleurs, dès ses premiers jours à la tête du département, Kapkov s’est attaqué à la rénovation des théâtres moscovites, et notamment au renouvellement du personnel de direction des établissements culturels. Ainsi, sous le désormais célèbre adjoint à la culture, Oleg Menchikov est-il devenu directeur artistique du théâtre Ermolova, Grigori Papich, directeur du théâtre des poupées de Moscou et Kirill Serebrennikov, directeur artistique du théâtre Gogol, lui-même profondément repensé. Quelques jours avant sa démission, Kapkov a nommé Anastasia Goloub à la tête de ce nouveau Centre Gogol. Au cours des deux dernières années, grâce à ces grands chantiers de restauration et de renouvellement des répertoires, la fréquentation des théâtres et leur popularité auprès des jeunes ont augmenté. Les experts expliquent le phénomène également par le fait que la municipalité a commencé de soutenir activement les jeunes auteurs et d’encourager les expériences artistiques sur les planches.

Autre projet significatif réalisé sous Kapkov : la reconstruction du centre VDNKh. Les pavillons et le théâtre du Centre panrusse des expositions ont été restaurés, des événements ont commencé d’être organisés sur les places du complexe, et des offres de location sont apparues. Et, à l’hiver 2014-2015, après l’ouverture sur son territoire de la plus grande patinoire artificielle du monde, d’une superficie de 20 000 mètres carrés, VDNKh est devenu le lieu public le plus fréquenté de la capitale.

Sergueï Kapkov a été nommé chef du département de la culture moscovite en septembre 2011. On lui attribue généralement comme œuvre principale la rénovation complète du parc Gorki, qu’il a dirigé avant d’être nommé à la mairie.

Boris Kouprianov, directeur adjoint des bibliothèques municipales de Moscou et fondateur de la librairie Falanster

« La plus grande réussite de Sergueï Kapkov est d’avoir humanisé la politique et la ville. Nous nous sommes rencontrés grâce à Natalia Fishman [ancienne conseillère de Sergueï Kapkov, ndlr]. Tout au long de notre coopération, je n’ai jamais douté une seconde de son honnêteté ni de ses objectifs. On pouvait lui parler, il écoutait, il reconnaissait ses erreurs. Il savait énoncer clairement ses buts, expliquer ce qui se faisait et pour qui. Évidemment, beaucoup interprétaient ses discours à leur guise, et certains l’accusaient de « détourner l’attention des manifestations ». Mais je ne suis pas d’accord. Ses propos ne dissimulent rien. Il discutait toujours calmement avec tout le monde et travaillait dans l’intérêt des habitants.

Je n’ai aucune hypothèse quant à la raison de son départ. Je peux simplement comprendre à quel point il est difficile de travailler dans ce système. Diriger le département de la culture est déjà un défi en soi, et puis, il y avait ceux qui le soupçonnaient de trahir la patrie… Certains disaient que c’était un espion anglais, d’autres, un agent du Kremlin. […]

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Maïlis Destrée

Dernières nouvelles de la Russie

Société

Les supporters, un défi pour les commerces et les restaurants de Moscou

Avec l’arrivée des fans de foot étrangers, les établissements du centre de Moscou sont l’objet de tournées d’inspection du Rospotrebnadzor, l’agence fédérale des services sanitaires. L’afflux extraordinaire de touristes entraîne un manque d’effectifs et des difficultés dans l’approvisionnement des restaurants, tandis que les supporters ont le plus grand mal à se faire comprendre du personnel russe. Malgré tout, restaurants, boutiques de souvenirs et magasins d’alimentation gagnent des sommes rondelettes. Nikita Kamitdinov, journaliste pour la revue d’affaires Inc., a interrogé les commerçants du centre-ville sur les difficultés occasionnées par ce déferlement de touristes. Le centre de Moscou, en particulier la rue Nikolskaïa, est saisie par la fièvre footballistique. On y entend à chaque instant des cris dans différentes langues (surtout en espagnol), de la musique et des conversations en mauvais anglais. Malgré la barrière linguistique, les supporters venus des quatre coins du monde n’hésitent pas à fraterniser et à se prendre en photo. Leurs clichés inondent les réseaux sociaux depuis plus deux semaines maintenant. Un Mexicain portant une petite queue de cheval et une épaisse barbe soigneusement entretenue tient dans sa main une bière « Tri Medvedia » [Les Trois Ours]. Il en boit une gorgée, regarde attentivement la bouteille et la photographie avec son téléphone. La bière étant le principal attribut des supporters, les patrons de tous les établissements de restauration se creusent les méninges pour en tirer le plus d’argent possible. « Dans leur enthousiasme, les supporters sont capables de causer des dégâts partout, et pas seulement dans les cafés et les restaurants. » La chaîne de restauration rapide KFC sert, par exemple, de la bière pression directement sur sa terrasse. Aujourd’hui, la queue, qui compte déjà une vingtaine de personnes, ne fait que s’allonger. Une pinte coûte 142 roubles (1,94 euro). « C’est gratuit, non ? Alors, qui en veut ? J’en achète trois ! » propose un homme portant un immense drapeau de la Russie. Des jeunes filles refusent en souriant l’offre généreuse. Les tables de la petite terrasse du restaurant Teremok sont jonchées de gobelets de bière en plastique. Pas de nourriture. Bien que les supporters aient déjà réussi à casser deux tables et à voler un pot de fleurs, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

3 juillet 2018
International

Alexandre Grouchko : « L’élargissement de l’OTAN est un conflit par procuration avec la Russie »

La Russie est prête à dialoguer avec l’Organisation de l’Alliance atlantique (OTAN) mais pas au détriment de ses intérêts nationaux, affirme Alexandre Grouchko, vice-ministre russe des Affaires étrangères, dans une interview aux Izvestia. Jusqu’au 22 janvier 2018, M. Grouchko était le représentant permanent de la Russie auprès de l’OTAN, une fonction restée vacante depuis. Manifestement, Moscou n’est pas pressée de le remplacer… La Russie est souvent accusée de violer l’espace aérien des pays baltes et des autres États membres de l’OTAN. Moscou a proposé à plusieurs reprises de réduire ce risque. Peut-on observer des avancées dans ce domaine ? Alexandre Grouchko : Oui et non. D’une part, à l’initiative de la Russie, un groupe de travail pour la sécurité aérienne au-dessus de la Baltique a été créé. Cela prouve qu’un dialogue dépolitisé, calme et professionnel, peut aider à la résolution de questions liées à la sécurité. Ce groupe a élaboré des recommandations relatives aux vols militaires et civils en fonction des normes en vigueur dans le cadre de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Un nouvel itinéraire a ainsi été établi, utilisé par l’aviation militaire russe. Pour ces vols, nous utilisons des transpondeurs [balises, ndlr] et fournissons des plans de vol. Autrement dit, nous respectons les normes de l’aviation civile puisque cet itinéraire est reconnu par l’OACI et enregistré dans tous les ordinateurs de contrôle. « Les canaux de communication militaire sont complètement coupés » Rien n’a changé, en revanche, dans le domaine de la coopération et de la prévention des incidents entre appareils militaires, qu’il s’agisse d’avions ou de navires. Nous avons formulé différentes propositions, nous sommes notamment prêts à engager des consultations avec tous les pays qui mènent des opérations dans la Baltique, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

4 juin 2018
Culture

Professeur de ballet russe au Rwanda

Larissa Tretiakova vit depuis quatorze ans au Rwanda, où elle enseigne le ballet à des enfants dans la seule école de danse classique du pays. Au Rwanda, l’art classique est parfaitement inconnu et inhabituel. Mais l’amour des pointes et de la musique de Tchaïkovski efface toutes les frontières. Reportage de Takie Dela. En 2003, le mari de Larissa, ingénieur, part travailler au Rwanda pour une grande multinationale. Larissa reste en Russie avec leur fils de trois ans, le temps de voir si une vie au Rwanda est envisageable pour la petite famille. Larissa se souvient de n’avoir eu aucune appréhension. Enfant, déjà, elle était fascinée par l’Afrique. Bientôt, elle part rejoindre son mari avec leur fils. Sur place, l’image qu’elle s’était faite du pays est comme chassée par le vent. Sa première idée est de prendre son enfant et de retourner en Russie. Le Rwanda, frappé en 1994 par une guerre civile et un génocide de cent jours durant lesquels près d’un million de civils furent massacrés, ne s’est pas encore relevé de ses ruines. Les Tretiakov décident finalement de rester au moins six mois, le temps de trouver leurs marques. Un rythme de vie aux antipodes de l’agitation moscovite La première année, ils vivent pratiquement sans électricité. Il leur est donc impossible de conserver de la nourriture chez eux. Chaque matin, Larissa va faire les courses. Quand l’électricité apparaît enfin, les problèmes d’eau commencent. Les Tretiakov collectent l’eau de pluie dans des bassines pour laver le sol et évacuer les eaux souillées. Le couple songe alors sérieusement à partir. Mais un an passe. Puis deux. Ensuite, Larissa donne naissance à une fille, et leur fils entre à l’école. Le couple vit aujourd’hui en Afrique depuis quatorze ans. Mais l’idée de rentrer en Russie « quand les enfants auront terminé leurs études » ne les a toujours pas quittés. Pendant toutes ces années, la vie au Rwanda, en particulier à Kigali, la capitale, a fortement changé. Le pays se bâtit sous leurs yeux. Des routes de qualité apparaissent, ainsi qu’une multitude de nouveaux bâtiments, des magasins, des hôpitaux… Un cinéma a récemment ouvert ses portes. Bien qu’il reste encore énormément d’habitants pauvres et de quartiers défavorisés, le Rwanda est aujourd’hui le pays le plus propre et le plus tranquille d’Afrique, affirme Larissa. Surtout si on le compare au Congo voisin, où tous les bas-côtés sont ensevelis sous les ordures. « Au Rwanda, arriver à un rendez-vous avec quinze minutes de retard, c’est se dépêcher. » Le Rwanda est un pays montagneux, à la une végétation luxuriante et au climat agréable : les températures oscillent entre +15 et +32°C. On y trouve des bosquets d’eucalyptus, des massifs montagneux recouverts de forêts et le célèbre lac Kivu. Quarante variétés de bananes poussent dans le pays et servent à fabriquer toutes sortes de choses, de l’alcool aux bijoux. La lenteur du rythme de vie se ressent particulièrement après l’agitation de Moscou et de Saint-Pétersbourg, où tout le monde court en permanence. Au Rwanda, arriver à un rendez-vous avec quinze minutes de retard, c’est se dépêcher. « Quand je vais en Russie, je fais toujours des gaffes les premiers jours, commente Larissa en riant. Pendant que je laisse passer tout le monde devant moi, le bus s’en va. Au Rwanda, on perd vite l’habitude de se bousculer et de se presser. » Les habitants sont bienveillants. Dans la rue, il arrive qu’en entendant les Tretiakov parler russe, des Rwandais ayant étudié en Union soviétique s’approchent d’eux et se présentent. De l’aneth chez le fleuriste Au début, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

18 mai 2018