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Boris Nemtsov

L’assassinat de Boris Nemtsov vu par les Russes

Le meurtre de Boris Nemtsov face au Kremlin dans la soirée du vendredi 27 février a suscité de nombreuses réactions parmi les personnalités russes influentes, qu’elles aient éprouvé ou non de la sympathie pour le personnage. Le Courrier de Russie a traduit les plus marquantes.

Ranimer l’opposition

« C’est étonnant, évidemment.

Nous sommes en 2015, et pourtant, c’est une histoire sortie tout droit du début des années 2000, l’époque des premières années de la lutte contre le sanguinaire Poutine.

L’idée préférée de feu Boris Berezovsky – « Attaquons Vassia pour faire porter le chapeau à Kolia », qui avait retenti avec tant de force lors de l’affaire Ivan Rybkine, candidat à la présidentielle de 2004 ayant survécu de justesse à une balle – a soudain resurgi.

Le malheureux Boris Nemtsov a été sacrifié afin d’augmenter le nombre de participants à la marche anti-crise « Vesna » – juste avant qu’elle ait lieu, ponctuellement.

Son cadavre est comme un électrochoc visant à ranimer l’opposition, « pour qu’elle sorte », « pour qu’elle se révolte ».

Car les libéraux sont à ce point des moutons naïfs qu’ils pensent que Poutine, juste avant leur marche à Marino, a décidé de tuer Nemtsov, son dangereux adversaire. Après tout, c’est un tyran, et un tyran, ça tue des gens. Comme dans les comics. J’imagine les unes des journaux américains et européens : « Un opposant politique de Poutine abattu à Moscou ».

Mais, je le répète, il est étonnant qu’on ait ressuscité cette pratique politique, courante en Russie il y a 10 ou 15 ans.

On a l’impression qu’un homme a passé de nombreuses années en prison, puis en est sorti – et s’est mis à résoudre les problèmes comme il en avait l’habitude. »

Dmitri Olchanski, essayiste

Toujours la même douleur

« Ils ont tué Boris. À 100 mètres du Kremlin. Au cœur même de la capitale, où la quantité de policiers et d’agents des services spéciaux se compte par milliers.

Nous sommes tous affligés aujourd’hui. Tous ceux qui, toutes ces années, ont connu et aimé ce personnage bon vivant et courageux. Ce doit être horrible et difficile pour ses proches, notamment sa mère. Je suis de tout cœur avec eux. Il est loin d’être le premier que nous perdons, mais la douleur reste la même.

Voilà déjà un an que l’on nous dénigre sur tous les écrans. Et désormais, beaucoup de gens, du simple blogueur au président Poutine, cherchent à désigner un ennemi et s’accusent mutuellement de provocation. Que nous arrive-t-il ? Nous sommes pourtant concitoyens, les habitants d’un seul et même pays. Nous devons vivre ensemble. Comment peut-on se haïr à ce point ?

Je suis conscient que, pour beaucoup, la mort de Boris pourrait être synonyme de point de non retour, que le pays entier pourrait devenir différent. Mais dans quel sens ? Allons-nous nous rapprocher encore de la guerre ? Ou bien trouverons-nous la force de comprendre que les divergences politiques ne sont pas une raison de cesser de nous conduire en humains ? Que la vie d’un homme est trop précieuse pour la considérer de façon aussi désinvolte ? Qu’en créant une atmosphère de haine, en rabaissant le prix de la vie humaine, en simplifiant le rapport à la violence, nous sommes en train de détruire la Russie de nos propres mains ?

Nous tournons une nouvelle page de notre histoire. Quelle sera la suivante ? Cela va dépendre de chacun de nous. »

Mikhaïl Khodorkovski, ancien oligarque et opposant politique au Kremlin

Notre pays n’a besoin de personne

« C’est un opposant politique fort, beau, honnête et courageux, un voyou et un coureur de jupons, un réformateur épris de liberté qui a été tué en face du Kremlin. Et peu importe le motif.

En réalité, c’est une fois de plus un homme inutile au pays qui a été tué, un des nôtres – n’importe lequel d’entre nous, […]

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Traduit par Maïlis Destrée

Dernières nouvelles de la Russie

Société

Désert médical cherche mamies-médecins

En Mordovie, région rurale située à six cents kilomètres à l’est de Moscou, les habitants se soignent les uns les autres. Dans le cadre du projet « L’heure d’or » – ainsi nommé en référence aux soixante minutes suivant un accident grave, cruciales pour la survie de la victime –, plus de deux cents retraités ont suivi des formations médicales accélérées afin de pallier le manque de médecins et d’établissements de soins. Reportage de Nikita Aronov pour Ogoniok. Extraits.« Quand je suis arrivée, il y avait du sang partout, se souvient Nadejda Meziaïeva, soixante-sept ans. Mais bon, vous savez, je tue des poulets, alors le sang d’un voisin… »Sans les mamies du village de Novaïa Mikhaïlovka, en Mordovie, Alexeï Nazarov ne serait sans doute plus de ce monde. Lorsqu’il s’est coupé la main avec une disqueuse, des proches ont tout tenté pour stopper l’hémorragie. En vain. Puis, les « pros » sont arrivées : les sœurs Lidia Ioudina, soixante-deux ans, et Lioudmila Tcheroucheva, soixante-huit ans, ainsi que leur voisine Nadejda Meziaïeva.Deux semaines avant l’incident, les trois retraitées avaient suivi une formation aux premiers secours et aux soins médicaux de base. Lidia et Nadejda ont posé un garrot, tandis que Lioudmila démarrait la voiture. Elles ont ensuite installé Alexeï dans le véhicule et l’ont conduit à Saransk, la capitale de la région, située à une quinzaine de kilomètres. À mi-parcours, elles ont croisé l’ambulance, appelée une heure plus tôt.« À l’hôpital, on nous a dit que nous avions bien agi », souligne Nadejda non sans fierté.Les trois femmes n’ont à aucun moment perdu leur sang-froid. C’était pourtant leur baptême du feu.Retraitées et médecins bénévolesMaria Ermolaïeva, soixante et onze ans, entre dans le cabinet de consultation de Nadejda. « Alors, tension : 17/9… Taux de sucre : 6,1. Cela fait longtemps que vous avez vu Rimma Rastiamovna ? », s’inquiète la soignante. Rimma Rastiamovna est médecin généraliste à la clinique de Liambir, une petite ville de huit mille habitants, située à une heure de marche de Novaïa Mikhaïlovka – aucun transport public ne dessert le village. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

22 février 2019
Société

Biriouliovo,
cinq ans après les émeutes

Situé au sud de Moscou, le quartier de Biriouliovo est l’un des plus défavorisés de la capitale. En octobre 2013, le quartier a été secoué par des émeutes xénophobes, retransmises sur toutes les chaînes de télévision. Cinq ans après, Nikita Aronov est revenu sur les lieux pour la revue en ligne Moskvich Mag. Extraits.Le métro ne va pas à Biriouliovo. À partir de la station Oulitsa Akademika Ianguelia, située presque au terminus de la ligne grise, il faut encore marcher un kilomètre et demi jusqu’à la gare de Krasny Stroïtel, passer le pont et le guichet abandonné couverts de petites annonces – majoritairement des publicités pour des chaînes Telegram de revendeurs de drogue – et vous voici enfin arrivé.D’abord la zone industrielle. À droite, d’anciens entrepôts de légumes couverts de bâches en plastique jaune et bleu ; à gauche, les fumées de la centrale électrique s’élèvent vers le ciel. L’endroit sert de dépôt (ou de rebut) pour les camionnettes des services communaux. Une annonce peinte à même la palissade propose une petite maison à vendre près de Krasnodar (dans le sud de la Russie) : les habitants du quartier ayant pratiquement délaissé la zone, celle-ci emploie majoritairement des « provinciaux ».«  Seuls les immigrés acceptent les logements délabrés. Ils se mettent à plusieurs pour le loyer et emménagent ensemble. »Les habitations commencent à partir de l’allée Vostriakovski, constituée d’une série de cours identiques, séparées les unes des autres par des immeubles de huit étages. C’est ici qu’Egor Chtcherbakov, un habitant du quartier âgé de vingt-cinq ans, a été tué par un ressortissant azerbaïdjanais en octobre 2013. Ce meurtre avait été le point de départ d’émeutes parfois violentes [plusieurs milliers de manifestants plus ou moins pacifiques étaient descendus dans les rues, scandant des slogans tels que « la Russie aux Russes » et demandant des comptes aux autorités locales pour la montée de l’insécurité dans le quartier, ndlr].« Les événements de 2013 ? Quels événements de 2013 ? » feignent de s’interroger des jeunes du coin assis sous un porche, […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

8 février 2019
Société

Vivre aux Kouriles et devenir Japonais

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe est attendu mardi 22 janvier à Moscou, pour une série d’entretiens cruciaux avec le président Vladimir Poutine sur les relations entre leurs deux pays. Au début du mois, le Japon et la Russie – qui n’ont pas signé de traité de paix à l’issue de la Seconde Guerre mondiale – ont entamé des négociations à ce sujet. Le sort des îles Kouriles du Sud, annexées par l’URSS en août 1945 et dont la souveraineté est revendiquée par Tokyo, en est la clef. Anticipant un hypothétique transfert, des Russes chercheraient à s’y installer afin, espèrent-ils, de devenir sujets de l’Empereur du Japon…« Cherche maison ou datcha en vente »… « Achète enregistrement de lieu de domiciliation. Budget : 50 000 roubles [660 euros] »… « Accepte parcelle ou logement gratuits (sic) à Chikotan [une des quatre Kouriles du Sud, ndlr] »… Sur la page consacrée à l’île sur VKontakte (le Facebook russe), les petites annonces de ce genre se comptent par dizaines. Les premières remontent à la déclaration du président russe Vladimir Poutine et du Premier ministre japonais Shinzo Abe, datant de novembre 2018, […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

21 janvier 2019

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