Maria Semenovna a passé deux ans à Auschwitz et fait partie des survivants. Crédits: Facebook

Témoignage d’une survivante russe d’Auschwitz

À l’occasion du 70ème anniversaire de la libération des camps d’Auschwitz-Birkenau, les 27 et 28 janvier, la parole est à ceux qui ont vécu l’enfer. Maria Semenovna a passé deux ans à Auschwitz et fait partie des survivants. Récit à la première personne.

Je suis née en région de Koursk, dans le village de Tchernianka. Papa travaillait à la crémerie comme opérateur de presse, maman faisait plusieurs petits boulots. J’allais à l’école, nous étions pauvres, nous étions cinq enfants mais deux sont morts de faim. Nous sommes trois à avoir survécu : mon frère, ma sœur cadette et moi. Quand la guerre a éclaté, papa a été appelé au front et maman est restée seule avec nous trois. Les forces allemandes sont arrivées dans la région de Koursk en 1942. Les Allemands étaient déjà à Belgorod et marchaient sur Korotcha. Les troupes stationnaient à Tchernianka, nous envoyions des soldats au front, des munitions. J’ai travaillé à la caserne alors que je n’avais que 14 ans. Les écoles avaient fermé pour être transformées en hôpitaux de campagne. À la caserne, je graissais les cartouches des mitrailleuses, qui étaient livrées avec de l’huile de moteur. Il fallait les essuyer et les lubrifier. J’ai travaillé comme ça jusqu’à l’arrivée des Allemands.

Ils sont arrivés en juin 1942, et ils ont commencé à envoyer les jeunes en Allemagne. Ils ont embarqué tous les jeunes, et j’ai été emmenée dans le dernier train, le 10 décembre 1942. On nous a transportés dans des wagons ouverts jusqu’en Allemagne. Dans le train, il y avait des femmes, des jeunes filles, des jeunes gars, quelques prisonniers de guerre et moi – minuscule. À un moment, j’ai mis mon doigt sous la porte et, en sortant, un Allemand me l’a cassé. Je me suis dit qu’ils allaient me renvoyer chez moi – mais non. On nous a emmenés dans une zone de transit, où nous avons été affectés à des postes. Avec une amie plus âgée, Nadia Pronkina, nous avons refusé de travailler – alors on nous a emprisonnées à Breslau, puis envoyées à Auschwitz.

Je suis arrivée dans le camp d’Auschwitz en janvier 1943. On nous y a conduits dans des convois ouverts. En arrivant, on voyait d’abord tous ces fils barbelés, probablement électrifiés. Ce que nous pensions être une ville était en réalité un camp de concentration. Dans le camp, des gens faméliques à faire peur marchaient en vêtements rayés. Nous sommes arrivés la nuit et on nous a laissées dans un baraquement de femmes, parce qu’il était tard. Nous y sommes restées jusqu’au matin. Puis des gardiennes allemandes, des fascistes, sont arrivées, elles nous ont tout pris et nous ont attribué un numéro. J’avais le 75490, et mon amie, le 75489. On nous a rasées et envoyées comme ça – pas de prénom, pas de nom de famille, rien qu’un numéro. On nous a donné des vêtements rayés, une veste rayée, des sabots et un fichu, et on nous a mis en quarantaine dans un baraquement.

On était mille par baraquement. Chaque soir et chaque matin, c’était l’« appel », la vérification. À 18h, on sortait tous devant le baraquement : ceux qui pouvaient se tenaient debout, les autres restaient allongés, on traînait aussi les morts avec nous, pour que les gardiens voient tout le monde. Les Polonais étaient gardiens de baraquement, puis les Allemands arrivaient ensuite pour nous recompter et vérifier que tout le monde était à sa place. Si, par malheur, quelqu’un s’était perdu ou noyé dans les toilettes, tout le camp restait debout jusqu’à ce qu’on le retrouve. […]

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Manon Masset

Dernières nouvelles de la Russie

International

Charles Michel à Moscou : la Belgique intermédiaire entre l’UE et la Russie ?

Le Premier ministre belge Charles Michel a clôturé mercredi 31 janvier une visite de trois jours à Moscou. L’occasion pour lui de briser la glace avec les dirigeants russes. Sept ans que cela n’était plus arrivé. Le dernier déplacement d’un Premier ministre belge en Russie remontait à 2011. Pour l’occasion, Charles Michel a été reçu en grande pompe puisqu’il a rencontré son homologue russe, Dmitri Medvedev, et le président russe Vladimir Poutine. L’objectif de ce déplacement était clair : renouer le dialogue avec Moscou. Officiellement, via l’Union européenne (UE), la Belgique soutient les sanctions économiques adoptées par l’UE et les États-Unis contre la Russie depuis le début de la crise ukrainienne en 2014. Mais l’économie du royaume – son agriculture notamment – est touchée par l’embargo russe sur les produits européens (décrété en représailles aux sanctions occidentales). […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

1 février 2018
Société

Patinage artistique : la nouvelle reine Alina Zaguitova

En remportant neuf médailles dont deux d’or, les Russes ont largement dominé les championnats d’Europe qui se déroulaient le week-end dernier à Moscou. Parmi les stars, la jeune patineuse Alina Zaguitova qui s’est illustrée en remportant, à seulement 15 ans, la médaille d’or, devant sa compatriote Evguenia Medvedeva, double tenante du titre. Une nouvelle venue dans l’arène qui ne surprend plus dans un monde où les patineuses russes de talent sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus jeunes. Il en va souvent ainsi dans le monde impitoyable du patinage artistique individuel féminin en Russie. À peine une athlète a-t-elle le temps de poser la couronne sur sa tête qu’une plus jeune, plus belle et plus forte vient lui voler la vedette. Aux Jeux olympiques de Sotchi, la championne olympique Adelina Sotnikova (21 ans) a ainsi été éclipsée par la jeune Ioulia Lipnitskaïa (19 ans), elle-même rapidement oubliée, suite à sa décision de mettre un terme à sa carrière pour raisons de santé, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

26 janvier 2018
Économie

Ces Russes qui spéculent sur les cryptomonnaies

Malgré la récente chute du bitcoin, l’engouement pour les monnaies numériques ne faiblit pas en Russie. Pour la première fois, un groupe d’investisseurs vient d’acheter une centrale électrique en Sibérie pour le minage (fabrication et sécurisation des cryptomonnaies sur réseaux*). Mais qui sont ces Russes qui osent se lancer dans l’aventure des monnaies virtuelles ? Le Courrier de Russie a identifié trois téméraires qui croient, dur comme fer, en l’avenir des cryptomonnaies. Le précurseur ‒ Mikhaïl Chliapnikov En 2014, Mikhaïl Chliapnikov avait déjà créé sa propre monnaie, le kolion. Baptisé d’après le village de Kolionovo, où se trouve sa ferme dans la région de Moscou, le kolion était imprimé sur du papier photographique en coupure de 1,3,5,10,25 et 50. La monnaie n’avait aucune valeur et était utilisée comme unité de troc avec le voisinage. À l’époque, l’initiative de ce banquier-anarchiste avait fait grand bruit en Russie. Le fermier avait été condamné par la justice russe qui l’avait obligé à détruire ses billets, estimant que Chliapnikov « menaçait l’intégrité du système monétaire national ». Cependant, l’idée d’utiliser sa monnaie comme moyen de paiement et d’investissement n’a pas quitté l’agriculteur qui, à l’arrivée du bitcoin, a suivi la tendance et transformé ses kolions en monnaie virtuelle. En avril 2017, l’agriculteur lance avec succès une ICO (levée de fond sur le marché des cryptomonnaies). Des investisseurs achètent pour 400 bitcoins à l’ICO, l’équivalent de cinq millions de dollars (au cours du 15 janvier). Aujourd’hui, un kolion vaut sept dollars et Mikhaïl Chliapnikov utilise sa cryptomonnaie comme instrument financier pour développer sa ferme. Contre des kolions, les clients de la ferme achètent déjà des produits, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

24 janvier 2018