Témoignage d’une survivante russe d’Auschwitz

À l’occasion du 70ème anniversaire de la libération des camps d’Auschwitz-Birkenau, les 27 et 28 janvier, la parole est à ceux qui ont vécu l’enfer. Maria Semenovna a passé deux ans à Auschwitz et fait partie des survivants. Récit à la première personne.

Je suis née en région de Koursk, dans le village de Tchernianka. Papa travaillait à la crémerie comme opérateur de presse, maman faisait plusieurs petits boulots. J’allais à l’école, nous étions pauvres, nous étions cinq enfants mais deux sont morts de faim. Nous sommes trois à avoir survécu : mon frère, ma sœur cadette et moi. Quand la guerre a éclaté, papa a été appelé au front et maman est restée seule avec nous trois. Les forces allemandes sont arrivées dans la région de Koursk en 1942. Les Allemands étaient déjà à Belgorod et marchaient sur Korotcha. Les troupes stationnaient à Tchernianka, nous envoyions des soldats au front, des munitions. J’ai travaillé à la caserne alors que je n’avais que 14 ans. Les écoles avaient fermé pour être transformées en hôpitaux de campagne. À la caserne, je graissais les cartouches des mitrailleuses, qui étaient livrées avec de l’huile de moteur. Il fallait les essuyer et les lubrifier. J’ai travaillé comme ça jusqu’à l’arrivée des Allemands.

Ils sont arrivés en juin 1942, et ils ont commencé à envoyer les jeunes en Allemagne. Ils ont embarqué tous les jeunes, et j’ai été emmenée dans le dernier train, le 10 décembre 1942. On nous a transportés dans des wagons ouverts jusqu’en Allemagne. Dans le train, il y avait des femmes, des jeunes filles, des jeunes gars, quelques prisonniers de guerre et moi – minuscule. À un moment, j’ai mis mon doigt sous la porte et, en sortant, un Allemand me l’a cassé. Je me suis dit qu’ils allaient me renvoyer chez moi – mais non. On nous a emmenés dans une zone de transit, où nous avons été affectés à des postes. Avec une amie plus âgée, Nadia Pronkina, nous avons refusé de travailler – alors on nous a emprisonnées à Breslau, puis envoyées à Auschwitz.

Je suis arrivée dans le camp d’Auschwitz en janvier 1943. On nous y a conduits dans des convois ouverts. En arrivant, on voyait d’abord tous ces fils barbelés, probablement électrifiés. Ce que nous pensions être une ville était en réalité un camp de concentration. Dans le camp, des gens faméliques à faire peur marchaient en vêtements rayés. Nous sommes arrivés la nuit et on nous a laissées dans un baraquement de femmes, parce qu’il était tard. Nous y sommes restées jusqu’au matin. Puis des gardiennes allemandes, des fascistes, sont arrivées, elles nous ont tout pris et nous ont attribué un numéro. J’avais le 75490, et mon amie, le 75489. On nous a rasées et envoyées comme ça – pas de prénom, pas de nom de famille, rien qu’un numéro. On nous a donné des vêtements rayés, une veste rayée, des sabots et un fichu, et on nous a mis en quarantaine dans un baraquement.

On était mille par baraquement. Chaque soir et chaque matin, c’était l’« appel », la vérification. À 18h, on sortait tous devant le baraquement : ceux qui pouvaient se tenaient debout, les autres restaient allongés, on traînait aussi les morts avec nous, pour que les gardiens voient tout le monde. Les Polonais étaient gardiens de baraquement, puis les Allemands arrivaient ensuite pour nous recompter et vérifier que tout le monde était à sa place. Si, par malheur, quelqu’un s’était perdu ou noyé dans les toilettes, tout le camp restait debout jusqu’à ce qu’on le retrouve. […]

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Manon Masset

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