Staline : de l’amour à la haine

60 ans, c’est le nombre d’années qui se sont écoulées depuis la mort de Staline le 5 mars 1953. Grand leader, dictateur, assassin, ignare ou homme cultivé, les Russes sont toujours partagés sur celui qu’ils aiment encore appeler « Grand-père Staline ». Le Courrier de Russie a réuni l’avis de plusieurs écrivains, rédacteurs et historiens russes sur leur vision actuelle de l’ancien maître du Kremlin.

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« Nous avons pardonné tout et tout le monde, il n’y a qu’à toi que nous ne pardonnons pas »

Nous nous sommes installés dans ton socialisme.

Nous nous sommes partagés ce pays que tu avais construit. Puis, nous avons vendu les navires nucléaires et les brise-glaces que nous te devions pour nous acheter des yachts. Ce n’est pas une métaphore, mais un fait historique.

C’est pourquoi ton nom nous brûle, nous démange à l’intérieur, nous voudrions que tu n’aies jamais existé.

Tu as préservé notre peuple. Mais nous ne te remercierons pas pour nos vies et la survie de notre espèce, chien moustachu. Bien que nous sachions en secret que sans toi, nous n’existerions pas.

L’être humain est ainsi fait : personne ne veut se sentir obligé envers quelqu’un d’autre très longtemps. L’activité est éreintante ! Nous acceptons d’être redevables tant que ce n’est qu’à nous-mêmes, à notre talent, notre courage, notre intellect, notre force.

Il nous arrive de dire (et ce sont les rares fois où nous disons la vérité) que tu étais sans remords et que régulièrement tu décimais le peuple russe. Toutefois, nous avons pour tradition d’exagérer le nombre de victimes, de le multiplier par dix, voire par cent. En outre, nous taisons le plus important : nous sommes, au fond, indifférents au sort de ce peuple et de son élite intellectuelle.

D’ailleurs, pour nous, l’extinction du peuple russe n’est que réalité objective. C’est sous ton règne que les gens étaient assassinés ; actuellement, ils meurent d’eux-mêmes. Tu n’as pas eu le temps d’en tuer autant que ce qu’il en meurt aujourd’hui de leur propre volonté. C’est de l’objectivité ça, non ?

Nous disons qu’à la veille de la terrible guerre, tu n’as pas voulu négocier avec les « démocrates occidentaux », pendant que certains de ces « démocrates occidentaux », comme nous le savons en secret, négociaient eux-mêmes parfaitement avec Hitler et que d’autres occidentaux, ainsi que certaines démocraties orientales, prêchaient le fascisme et bâtissaient des États fascistes.

Nous avons pardonné tout et tout le monde, il n’y a qu’à toi que nous ne pardonnons pas.

Zakhar Prilepine,

[…]

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Rusina Shikhatova

Dernières nouvelles de la Russie

Culture

Le retour du grand roman russe

En 2015, le premier roman de Gouzel Iakhina, Zouleikha ouvre les yeux, s’imposait dans la littérature russe, devenant aussitôt un best-seller national. Ce récit de la dékoulakisation, qui conduit le lecteur du Tatarstan à la Sibérie est aujourd’hui traduit en 16 langues. Le Courrier de Russie a rencontré sa traductrice française, Maud Mabillard. Le Courrier de Russie : Parlez-nous de votre première rencontre avec Zouleikha… Maud Mabillard : J’ai découvert ce texte alors que j’étais à Krasnoïarsk, en Sibérie, près du lieu de l’action du livre. On m’en avait parlé avec un enthousiasme rare, et je m’étais précipitée dans les librairies, mais elles étaient toutes en rupture de stock… J’ai fini par le trouver et appris que l’éditeur pour lequel je travaille possédait les droits de traduction. Je travaillais à l’époque sur une autre traduction, dont l’action se passait aussi en Sibérie : La zone d’inondation, de Roman Sentchine, qui parle de la destruction d’un village. Or le roman de Gouzel Iakhina parle de la construction d’un village… LCDR : Qu’est-ce qui a été le plus difficile, pour vous ? M.M. : Outre le récit extraordinaire, très cinématographique, plein d’aventures, ce roman est très beau, le style, la langue en sont très harmonieux. Et je savais que si j’échouais à rendre la force de cette écriture, la moitié du livre serait perdue. C’est sans doute ce qui a été le plus difficile : préserver la mélodie du texte, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

16 février 2018
En régions

Norilsk, une ville nickel

Située au-delà du cercle polaire, Norilsk est considérée comme la ville de plus de 150 000 habitants la plus septentrionale, la plus froide et l’une des plus polluées du monde. Le Courrier de Russie a tenté de comprendre ce qui se cachait derrière tous ces superlatifs. Reportage. Ville fermée Norilsk se situe à près de 3 000 kilomètres de Moscou, dans le nord de la région de Krasnoïarsk, à 300 km au nord du cercle polaire. Toutefois, pour vous y rendre, il vous faudra traverser près de la moitié du pays. Aucune voie ferrée ou route ne reliant la ville, le moyen le plus rapide de gagner Norilsk est l’avion (4 heures de vol). Par la mer, le trajet – en brise-glace – depuis Mourmansk prendrait une semaine. Norilsk a longtemps été une cité fermée, peuplée exclusivement des employés et ouvriers du combinat de nickel et de leurs familles. Une tendance qui perdure relativement aujourd’hui : seuls les citoyens russes peuvent entrer librement dans la ville ; les étrangers doivent obtenir une autorisation préalable. Le Saint-Pétersbourg polaire Les bâtiments du centre de Norilsk, construits à la fin des années 1940, forment un ensemble architectural unique, qui n’est pas sans rappeler Saint-Pétersbourg. Ce n’est pas un hasard : Vitold Nepokoïtchitski, l’architecte de la ville, a étudié dans la capitale du Nord et considérait l’école d’architecture de Leningrad comme la seule valable. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

21 novembre 2017
Économie

Tastin’France : des viticulteurs français à l’assaut du marché russe

Le bureau moscovite de Business France a organisé début novembre une série de dégustations de vins et spiritueux français en Russie et CEI. Baptisé Tastin’France, l’événement a démarré le 30 octobre à Almaty, au Kazakhstan, avant d’investir Moscou, puis Ekaterinbourg. Malgré la crise, 23 sociétés françaises sont venues présenter leurs produits en Russie et au Kazakhstan. « C’est un signe de l’intérêt que portent les producteurs de vin français au marché russe », a déclaré Sylvie Bermann, ambassadeur de France en Russie, face aux participants de l’événement à Moscou, le 1er novembre. La salle de conférence de l’hôtel moscovite Lotte Plaza est devenue, pour cette demi-journée, un lieu de rencontre entre viticulteurs français et distributeurs russes. Certains des présents ne cachaient pas leur enthousiasme, à l’image de Josiane Chassagnard, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

6 novembre 2017