Le Courrier de Russie

Nous retournons en Russie

Ça fera bientôt un an que la Russie vit sous les sanctions, et que son économie en subit pleinement les conséquences. Son PIB dégringole, sa production industrielle est en baisse, les revenus de ses citoyens diminuent mais, paradoxalement, 86 % des Russes font toujours confiance à leur président et estiment qu’il fait bien son travail. Selon le dernier sondage du centre Levada, ils sont 78 % à se dire « fiers de leur pays ». Certains estiment que ces chiffres cachent une image peu reluisante : les Russes seraient victimes d’une propagande massive, qui entretient en eux un sentiment de nationalisme exacerbé et les pousse vers l’isolement et l’autarcie.

L’analyse est simpliste. Si aujourd’hui, malgré les difficultés économiques, les Russes restent confiants en eux et optimistes quant à l’avenir, c’est parce qu’ils ont enfin le sentiment d’être sur la bonne voie. Et tant pis si la route est semée d’embûches et promet d’être longue : tant que l’on sait qu’on rentre à la maison, on avance sans peur. Après des années d’errances, on a enfin retrouvé le chemin de chez soi, et l’on est heureux. On a le sentiment que le chaos qui nous entoure a enfin commencé de s’organiser, et que les absurdités les plus flagrantes de notre vie commencent à s’estomper.

Peu à peu, les Russes retournent à la terre.

En guise d’exemple, on voit enfin de plus en plus, dans les magasins, du lait qui vient de Kalouga et des patates qui ont poussé dans la région de Toula. Et alors ?, me direz-vous. Eh bien, jusqu’à l’introduction de l’embargo alimentaire, nos supermarchés proposaient principalement des patates de Pologne et des carottes des Pays-Bas. Et on était bien obligé de les acheter : il n’y avait pas d’alternative. On nous a aussi expliqué, 20 ans durant, que nous faisions partie du marché global et qu’il fallait nous faire à l’idée de manger des pommes polonaises plutôt que celles du Kouban : car si l’on trouve principalement des pommes polonaises sur les comptoirs de Russie, […]