Le Courrier de Russie

Le 9 mai : la fête nationale des Russes

Les Russes feraient « un culte de leur victoire sur Hitler » : c’est un reproche qu’aujourd’hui, on entend souvent. Un peu trop souvent. 70 ans ont passé, de l’eau a coulé sous les ponts et ils semblent ne pas s’en rendre compte : au lieu de baisser le rideau et de passer à autre chose, ils s’y accrochent, à leur victoire, et la célèbrent en grande pompe, comme s’ils l’avaient remportée hier. Ils s’obstinent, tous les 9 mai, à organiser des défilés militaires, à brandir les armes comme on dit, à dévoiler, aux yeux du monde interloqué, leurs missiles et leurs chars dernière génération.

Ils abordent de façon ostentatoire des rubans de Saint-Georges, écoutent à fond des marches militaires, regardent des films de guerre à longueur de journée et, comme si ceux qui existent ne suffisaient pas, en tournent de nouveaux chaque année. Pourquoi s’obstiner à fêter avec une telle envergure un événement, certes glorieux, mais aussi ancien ?, demandent certains. Ce à quoi des sociologues savants répondent que les Russes le font par désespoir : voilà des années qu’ils ne peuvent plus s’enorgueillir de réalisations remarquables, et tout ce qui leur reste, c’est de s’accrocher pitoyablement à leurs anciennes victoires. Ils le feraient avec autant de ténacité, aussi, parce que la victoire leur servirait d’excellent écran de fumée : elle cacherait leurs crimes et ceux de leurs dirigeants (à titre d’exemple, le massacre de masse d’officiers polonais à Katyn, en 1940, par le NKVD). La victoire leur permettrait de justifier, au lieu de se repentir, toutes les atrocités du régime stalinien, puis leur occupation de l’Europe de l’Est. Parce que les Russes osent encore se vanter d’avoir libéré Vienne et Budapest !, s’offense-t-on dans les salons. Cette lecture de l’histoire et de l’actualité domine aujourd’hui chez les chercheurs et les journalistes occidentaux. […]