Le Courrier de Russie

Régiment immortel : le poème est devenu réalité

« Nos morts ne nous laisseront pas dans le malheur. Nos déchus sont nos sentinelles », chantait Vladimir Vyssotski. En l’écoutant chanter la guerre, les gens ne doutaient pas qu’il l’avait faite, lui aussi. Certains disaient même l’avoir rencontré au front.

En réalité, Vyssotski avait trois ans en 1941 – mais les paroles de ses chansons sonnaient tellement juste que les gens en oubliaient de calculer l’âge de leur auteur.

Le 9 mai 2015, 12 millions de Russes sont descendus dans la rue pour se souvenir des morts, des membres de leurs familles ayant participé à la guerre. Car il n’y a pas une famille, en Russie, qui y ait échappé, qui n’ait pas été touchée par ses ailes. L’un de mes grands-pères a formé des aviateurs au Kazakhstan et reçu une médaille pour la prise de Königsberg ; l’autre, infirme, a construit des fortifications à Moscou pour barrer la route à l’ennemi. Quand il était sur le chantier, ses deux fils, mon père et mon oncle, jeunes enfants à l’époque, mangeaient un bout de pain par jour et suçaient la glace qui se formait sur les fenêtres. […]