Le Courrier de Russie

La Russie qui ne pleure pas Nemtsov

En 1997, Boris Nemtsov comptait parmi les hommes politiques les plus populaires de Russie. 29% des Russes étaient prêts à l’élire à la présidence de leur pays.

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Nemtsov battait dans les sondages tous ses concurrents potentiels, à savoir l’éternel leader du parti communiste Guennadiï Ziouganov et le très charismatique général Alexandre Lebed. Le vice-Premier ministre Boris Nemtsov était jeune et beau, et avait beaucoup de bonnes idées. C’est lui, notamment, qui avait proposé que les fonctionnaires n’aient plus le droit de se déplacer dans des voitures de marques étrangères et optent pour des Volga. Si l’initiative n’a jamais été suivie d’effet, elle avait néanmoins marqué les esprits.

Le 17 août 1998, la Russie a connu sa plus grande crise financière depuis la chute de l’URSS. La cote de Nemtsov a dégringolé à 1 %. Il a donné sa démission et quitté le gouvernement pour, un an plus tard, fonder son parti, l’Union des forces de droite, qui a recueilli 8,2 % des voix aux législatives de 1999. Nemtsov a obtenu un siège à la Douma. Mais au bout de quatre ans déjà, aux législatives de 2003, l’Union des forces de droite ne recueillait plus que 4 % des voix et échouait à franchir le seuil électoral. Boris Nemtsov est entré dans l’opposition. Il a soutenu la « Révolution orange » en Ukraine et a été un des conseillers de Viktor Iouchtchenko. Il a tenté de se faire élire à la mairie de Sotchi, mais en vain. Son dernier succès électoral date de 2013 : il s’est fait élire député de la Douma de Iaroslavl.

Boris Nemtsov a été assassiné dans la soirée du 27 au 28 février, à proximité du Kremlin, par des inconnus.

La presse occidentale, à l’unisson, a immédiatement qualifié Nemtsov de « principal opposant à Poutine ». Or, les chiffres disent le contraire. Sur le plan électoral, Nemtsov aurait difficilement pu faire concurrence au président russe. En effet, selon la dernière enquête du centre Levada, seuls 15 % des Russes déclaraient, en février 2015, éprouver de la sympathie pour Boris Nemtsov et les autres membres de l’opposition libérale, tels Mikhaïl Kassianov ou Alexeï Navalny. Ils étaient 68 %, à l’inverse, à assurer n’avoir aucune sympathie pour ces hommes politiques. 18 % des personnes interrogées se sont déclarées sans opinion.

Ces 15 % de sympathisants, on les a vus défiler, le dimanche 1er mars. Environ 50 000 personnes, […]