|  
37K Abonnés
  |   |  

Mistral : une histoire de confiance

À la déclaration retentissante de l’Élysée sur le fait que les conditions pour la livraison des Mistral à la Russie n’étaient « pas réunies », les élites russes ont réagi avec une étonnante tranquillité.

Des pilotes de l'escadron Normandie prennent une pose sur le front, en 1943.  Sergueï Loskoutov/Itar-Tass
Des pilotes de l’escadron Normandie prennent une pose sur le front, en 1943.
Sergueï Loskoutov/Itar-Tass

« Pour nous, ce ne sera pas une tragédie », a déclaré Iouri Borissov, le vice-ministre de la défense, soulignant que ce contrat était « avantageux en premier lieu pour les Français ».

« Le refus de la France de livrer les Mistral à la Russie créera plus de problèmes chez eux que chez nous », a confirmé le directeur adjoint de la Commission militaire et industrielle auprès du gouvernement, Oleg Botchkarev. « La Russie n’avait pas réellement besoin de ces navires, a noté pour sa part le conseiller auprès de l’administration présidentielle pour la politique étrangère Sergueï Karaganov. Cette commande passée à la France était avant tout un geste politique visant à consolider les relations franco-russes. »

La tentative aurait-elle échoué ? Pas encore : de nombreux experts et politiciens, côté français, assurent que la livraison aura lieu : la France tient à sa signature et a la ferme intention d’honorer ses engagements. Pourquoi cette déclaration, alors ? Pour faire preuve de solidarité avec les alliés européens et américains : la France partage leurs inquiétudes quant à l’issue de la crise ukrainienne et souhaite que sa voix soit entendue.

Alors que pro- et anti-Mistral se crêpent le chignon dans la presse française, les Russes gardent un calme olympien. Il est difficile d’en trouver un seul que semblerait inquiéter cette suspension de la livraison ; tout au contraire, les analyses se multiplient pour expliquer pourquoi la Russie n’a pas besoin de ce bijou coûteux. Et parmi les raisons invoquées, il en est une qui interpelle particulièrement : « Malgré toutes les assurances des Français, on ne peut absolument pas être certain, au vu de la situation politique actuelle, qu’ils ne vont pas munir les navires d’équipements espions », alerte, dans un communiqué, le Centre d’analyse du commerce mondial des armes, un think tank russe spécialisé dans l’étude des marchés de l’armement.

Cette précision est parlante en ce qu’elle témoigne de la méfiance profonde que les spécialistes russes de la Défense éprouvent à l’égard des Français. Ces derniers sont perçus non plus comme des partenaires mais comme des adversaires potentiels : ils jouent non plus avec la Russie, mais contre elle.

Et les pages glorieuses de l’histoire franco-russe, telle celle de l’escadrille Normandie-Niemen, semblent oubliées. Les Français ne sont plus considérés comme des alliés de longue date, comme cette nation unie à la Russie par une longue histoire d’amitié. Aux yeux de beaucoup de Russes, les Français sont désormais perdus dans le camp « occidental », fondus dans la masse des Britanniques, des Allemands, des Polonais et de toutes les autres nations qui forment l’OTAN – cette structure qui a passé les vingt dernières années à tenter d’établir toujours plus de nouvelles bases militaires, toujours plus près des frontières russes.

Si la livraison des Mistral n’a pas lieu, ce n’est pas le complexe militaire russe qui y sera le principal perdant – c’est toute l’histoire de l’amitié franco-russe qui en prendra un sacré coup. La méfiance que ressent actuellement la communauté militaire va s’étendre et pénétrer les esprits du plus grand nombre. Les Russes vont – encore – se dire qu’ils auraient mieux fait de ne pas coopérer avec les étrangers, et que l’Occident les aurait bernés de toute façon. Ils auront envie de couper les ponts, de rompre les liens existants et de ne pas en créer de nouveaux. L’isolationnisme est une vieille tentation de la Russie : depuis leurs grands espaces et à la tête de toutes les ressources nécessaires à la survie, représentant une civilisation à part entière, les Russes se demandent de temps en temps, généralement lors de crises graves, s’ils ne feraient pas mieux de « quitter le grand monde » et, tels des moines, de se retirer dans leur « cloître » de 17 millions de kilomètres carrés. Ils y pensent d’autant plus fortement lorsqu’ils se sentent incompris, incapables de faire entendre leur point de vue à ceux, en face, qui semblent intimement convaincus de détenir la vérité suprême.

La Russie a déjà cédé à cette tentation par le passé, en abaissant un rideau de fer entre elle et l’étranger après 1917, en transformant ses territoires en un vaste monastère sans Dieu, où le travail était ardu et le plaisir terrestre sévèrement condamné. Si ce mode de vie en autarcie complète possède d’indéniables atouts et trouve toujours beaucoup de nostalgiques, il empêche les « frères » de se faire une idée juste du monde qui s’étend au-delà du refuge béni. Des millions de Russes ont vécu soixante-dix ans durant dans une idolâtrie absolue de l’Occident – et leur déception fut immense quand ils ont découvert que la vie pouvait y être tout aussi dure que chez eux, que l’Ouest n’avait rien du paradis qu’ils s’étaient figuré.

Aujourd’hui, la Russie est désenchantée : malgré ses efforts, dans le monde des « Grands », on ne l’écoute pas, et son avis ne compte que très peu (Vladimir Poutine l’a constaté à plusieurs reprises récemment, avec un brin d’étonnement, à propos de ses partenaires occidentaux : « On ne veut pas nous parler », « On nous dit que cela ne nous concerne pas »). Tout ce qu’on demande à la Russie, c’est d’écouter, de suivre les conseils avisés des « aînés », d’accepter son rôle de perdante dans la grande bataille géopolitique du XXème siècle et de regarder, résignée, ses anciens satellites peuplés de millions de Russes rejoindre un bloc qui ne cache même plus que sa mission première est de « contrer la menace russe ».

La Russie est lasse, son peuple est désabusé, et le vieux rêve de l’isolement retrouve, pour certains, son attrait. La Russie, aujourd’hui, n’est pas loin de tomber dans le piège – et la moindre des choses serait de ne pas l’y pousser, car si le plus grand pays du monde tourne le dos à ce monde, personne n’en sortira gagnant.

L’histoire des Mistral, c’est avant tout une histoire de confiance : ébranlée, mais pas totalement perdue. Espérons que ce navire sera le symbole d’un renouveau des relations franco-russes plutôt que de leur fatale dégradation.

Inna Doulkina

Dernières nouvelles de la Russie

Économie

La Russie bat le record de récolte céréalière de l’URSS

130 millions de tonnes de céréales : c’est ce que la Russie a récolté sur ses champs cette année, dépassant le record de l’URSS en 1978.

19 octobre 2017
Politique

Dans la tête du gouverneur de Saint-Pétersbourg

Si Gueorgui Poltavtchenko gouverne la deuxième ville de Russie depuis six ans, les Pétersbourgeois en savent assez peu sur lui.

16 octobre 2017
International

Ce qu’il faut retenir de la visite du roi d’Arabie saoudite à Moscou

"Dans le règlement politique de la crise syrienne, il est important pour les Saoudiens d’avoir voix au chapitre, et la meilleure façon d’y parvenir, c’est de discuter avec les Russes à Moscou."

10 octobre 2017
  1. Chère madame Doulkina,

    Croyez-bien que certains Français n’oublient pas le sang versé en commun par les hommes (Russes et Français) du « Normandie-Niemen » sur le sol de la belle et grande Russie ! Puisse l’amitié franco-russe ne pas souffrir du contexte géopolitique actuel ; c’est mon vœux le plus cher.
    Veuillez croire en mes sentiments les plus cordiaux.

    Yves Donjon
    Documentaliste du « Mémorial Normandie-Niemen »

  2. L’Europe et, malheureusement, la France sont en train de glisser vers un atlantisme outrancier que l’on avait pas connu depuis des décennies. Croyez bien que nombre de Français, de gauche comme de droite, ne sont pas montés dans le bateau du « Russian Bashing » effréné et quotidien que nous déversent les médias aux ordres. La pensée critique et l’indépendance d’esprit sont les caractéristiques principales du peuple français. On ne nous fera pas gober n’importe quoi pour servir les intérêts immédiats de l’oncle Sam. Nos deux pays ont une position stratégique en Europe; ils se trouvent aux deux extrémités du continent. L’ histoire et la culture respective de ces deux grands peuples sont des socles solides sur lesquels nous pouvons prendre appui pour résister à l’entreprise de déstabilisation en cours. Les européens doivent comprendre que s’embarquer dans l’aventurisme US n’a pas pour unique but d’affaiblir la Russie mais aussi, en cas de conflit, une Europe vassalisée qui ne pourrait plus prétendre au rang de concurrent industriel et commercial. Les USA, comme toujours, espèrent tirer les marrons du feu à moindre coût.
    En conclusion, je citerai cette phrase que le Général de Gaulle a prononcé lors de son entrevue au Kremlin avec Staline, le dirigeant de l’URSS encore en guerre alors que le territoire français venait d’être entièrement libéré de l’occupation nazie : « Les Français savent ce qu’a fait pour eux la Russie soviétique et ils savent que c’est elle qui a joué le rôle principal dans leur libération. Cependant, cela ne signifie pas que les Français ne veulent pas compter sur leurs propres forces et préfèrent compter sur les forces des autres, sur les forces de leurs amis. »

    René Barchi
    ami de longue date de la Russie

    1. tout a fait d accord avec votre point de vue . avec le teinturé de l Elysée , on devient une poupée des américains . Quand on regarde ce qui se passe dans le monde , partout ou les américains vont c est la merd………………. l Amérique à bien changée , ce n est plus celle que l on a aimé il y a quelques années .

  3. Foutaises, pardonnez-moi:

    – la tranquillité des réactions russes ne doit pas avoir grand-chose de spontané. Quand on s’achète des joujoux pour un milliard de dollars on tient en général à être livré. La presse française ne se crêpe pas le chignon sur le Mistral, ça ne fait pas la une des journaux non plus, faut pas exagérer la portée de la nouvelle;

    – les Français sont du coup responsable de la méfiance russe: mais vous êtes sérieuse en écrivant ça? Mettre des micros sur un navire de guerre n’a je suppose aucun intérêt: pour savoir où le navire est il y a des satellites et des avions, quant à exploiter sérieusement en situation de conflit les conversations à bord, non franchement je vois mal l’officier de quart avec son dico franco-russe à côté essayer de deviner les actions de l’adversaire…. non, les gouvernants russes sont paranoïaques naturellement, y’aurait pas 200 000 personne dans les organes ( chez nous c’est pas plus de 10 000 et je compte larges) sinon, aucune menace ne justifie un tel nombres d’agents de police spéciale. Ne rendez pas je vous prie le gouvernement français responsable de cette méfiance.

    – On veut pas vous écouter: bin c’est sûr que quand on entend Lavrov et Poutine parler, voir de quelle manière brutale ils peuvent répondre ( je e souviens de cette inoubliable conférence de presse où il a invité un journaliste français à venir se faire circoncire à Moscou, même Sarkozy n’a jamais osé!), on n’est pas très bien disposé. Et puis que propose la Russie concrètement sur les grands enjeux mondiaux? Que pense la Russie du réchauffement climatique, par exemple? Rien, elle veut juste récupérer autant d’Arctique que possible pour avoir encore plus de gaz et de pétrole.Pour enfoncer le clou, les chefs d’Etats élus de façon un peu irrégulière ne sont pas très bien perçus chez nous, désolés on est comme ça, nous les démocrates occidentaux méchants.

    Dans ces conditions, si la Russie a la tentation de l’isolement, grand bien lui fasse. Je sais que ce n’est pas ce que souhaitent les Russes, la question est de savoir ce qu’ils feront si leur Etat choisit finalement cette option. La question est de savoir si vous êtes prêts à sacrifier les libertés et la prospérité chèrement acquises ces 25 dernières années, et qui sont encore fragiles, pour cette aventure ukrainienne incertaine qui ne fait que traduire la fuite en avant d’un leadership de l’Etat usé par quinze ans de pouvoir. Visiblement oui, on verra dans un an ce qu’il en sera….

    1. Il est envisageable, que la France place des dispositifs espions a bord des Mistrals. Les services de renseignement Français sont au niveau mondial placé dans les meilleurs, et il est difficilement envisageable que ce soit simplement en aillant recourt aux satellites. Sans compté que cela m’étonnerait fortement qu’il use de dictionnaires alors qu’ils ont a des traducteurs.

      Il faut ouvrir d’avantage nos esprits, et ne pas ce fier a ce que la presse Français laisse apparaître, ils sont experts dans le domaine de la dissimulation d’information, la désinformation, et la manipulation des masse, et les déclarations sans fondements.

      En outre, il serait préférable que nos dirigeants, ce préoccupent de l’état désastreux de leur pays, plutôt que de faire la moral, et de donnais des conseils au niveau international.

      Si ces Mistral se sont pas livrés en temps et heures, c’est simple notre cher président nous tire une balle dans le pieds, comme il en a coutume.
      Des Mistral totalement russe ( équipement…) par conséquent invendable, des représailles financière, la dégradation des relations franco-russe qui n’ont pas besoin de ça, puis je pose la questions  » Qui nous achètera de l’armement ou quoique ce soit d’autre, en voyant ce que la parole française faut a présent?  »

      Sans oublier que compte tenu de leurs l’absence total de résultats au niveau national ils est plus qu’insensée de ce permettent de prendre de haut ou de tenter de dictée ça politique a un Pays comme la Russie qui n’as en aucun cas besoin nous, et qui assure sont indépendance, contrairement a la France sous tutelle.

      Cela dit, ça n’empêche pas ce cher François Hollande d’accordé a son Premier Ministre d’une compétence a toute épreuve, la médaille du Mérite, ainsi que la rente a vie qui vas avec! C’est un véritable scandale!

  4. Les français aiment les russes et la Russie, nos amis Russes ne doivent pas en douter ! ce n’est pas parce qu’un président stupide lèche les bottes à obama que les Français renient leur amitié et leur affection !!! Honte à hollande le déshonneur
    de la France !

    1. oui , tout a fait d accord . ce n est un président que nous avons , c est un guignol des Américains et de la finance . il n a pas compris que la guerre était fini depuis 65 ans que l OTAN ( américains ) n avait plus rien à faire en Europe. De Gaule doit se retourner dans sa tombe .

  5. Je doute que les pilotes du Normandie- Niemen auraient rejoins les forces militaire russes pour une action politique et militaire agressive contre un pays qui ne menace personne. Si a l’Époque ils avaient fermer les yeux ou ne connaissait pas toute la politique de Staline et surtout il y avait un mal encore plus important face à eux aujourd’hui aujourd’hui le contexte n’est pas le même.
    Si le gouvernement russe décide de suivre une telle politique, oui c’est de le devoir du gouvernement français, comme pays ami de tirer la sirène d alarme et de faire comprendre à la Russie qu’il y a des limites et que la pente est glissante.Ce n est pas parce que l’on a les moyens de faire qqchose qu’il faut le faire. Le gouvernement russe voudrait avoir une politique aussi désinvolte que celle que les Etats Unis a suivi les dernières années comme un enfant qui aurait été vexé d avoir perdu, et qui aujourd’hui veut se venger.
    Oui le gouvernement français aurait du et doit être plus sévère contre les actions agressives des Etats Unis, non elle ne devrait pas être plus intransigeante avec la politique du gvt russe actuel.
    De nombreux russes sont galvanisés pas la propagande mais une partie comprends très bien ce qu’il se passe.

    « Des millions de Russes ont vécu soixante-dix ans durant dans une idolâtrie absolue de l’Occident – et leur déception fut immense quand ils ont découvert que la vie pouvait y être tout aussi dure que chez eux, que l’Ouest n’avait rien du paradis qu’ils s’étaient figuré. »
    Les russes ou plutôt les soviétiques n’idolateraient pas pour la majorité l’Occident car il y avait un contrôle stricte de l information et une vive propagande (cela vous rapelle qq chose?). Comment il y aurait pu avoir une idolaterie absolue?
    C’est bien un poignée de personnes qui s échangeaient des cassettes venus de l occident sous le manteau et qui fantasmaient sur l’occident.
    Contrairement a ce que veux nous faire croire l auteur de l’artcile, je pense e pour beaucoup la surprise a ete grande avec la chute du mer et l afflux de produits de qualité en Russie.
    Eh non le paradis n existe pas, même en occident mais ce n est pas pour cela qu il faut chercher la confrontation et essayer par tous les moyens d etendre son influence.

  6. Je suis comme les russes je n’est aucune confiance dans les français, ils n’ont aucune parole c’est un peuple qui jappe surtout quand il se sent soutenu par son maitre américain, il est comme les british et les allemands.

    1. non , ce que vous dites est archi faux . notre culture est plus prête de la Russie que des amerloc . chez eux c est le fric qui domine , c est tout , d ailleurs on peut le voir , partout ou ces gens la vont c est pour l’argent et la finance . de plus ils foutent la merde partout ou ils s’implantent . Nos politiciens en France sont complètement décalés avec le peuple ( surtout les socialiste , qui n ont que le nom , mais qui ne le sont pas ) ce sont des importunistes qui profitent du système. il n’y a qu’a voir les sondages en France , cela parle d eux même . Ce qui manque en France , c’est un De Gaulle qui avait bien compris la mentalité des anglo-xaxons . D’ailleurs , ce sont les socialistes qui on contrains notre pays à rejoindre l OTAN . Mais cela va changer bientôt .

  7. Oui le peuple russe on aimes votre culture, votre litérature et bien d’autre chose chez vous mais aujourd’hui votre chef que vous avez élus ait un goujat à la solde de l’amérique et de la revancharde allemande et d’un débil de Kiev qui veut récrir l’histoire de sa façon. Heureusement que maintenant le peuple juive va avoir une fête en reconnaissance de la libération des camps de concentrations faîte par de braves soldats Russes qui auraient préfèrer être aujourd’hui avec nous, si je parle de ceci c’est à cause de ces parasites Binder ex nazis qui avec des troupes comme la brigade Charlemagne pensent refaire une troisième guerre quand à votre president lui il n’a pas digéré la perte de la Crimée c’est pour cela qu’il fait un cacou nerveut avec les Mistral cela va couter énormément à la france et surtout au peuple d’autre part la crébilitée d’honneur de la france est a tout jamais soullié comment pourra-t’on faire confiance à un pays qui ne respecte pas ces engagement? Les mistral et les mensonges de votre ministre mr Fabuis qui est le créateur de ce qui ce passe en Ukraine. Bon courage pour la suite de notre amitié.

Les commentaires sont fermés.