Donbass : les hommes de l’Est

Donbass : les hommes de l’Est

Au Donbass, région du Sud-Est de l’Ukraine, manifester, on n’aime pas tellement. Les gens d’ici n’ont pas l’habitude de descendre dans la rue pour quémander aux puissants des augmentations de salaire ou des réductions de leur journée de travail. Dans les années 1990, quand le Sud-Est ukrainien vivait dans une misère noire, avec coupures régulières d’eau et d’électricité, les gens ne se sont pas révoltés – ils ont continué, avec une constance étonnante, à descendre dans la mine et à en extraire du charbon. Des mines qui pourraient aujourd’hui encore inspirer à un Zola un poignant roman sur la condition ouvrière.

En novembre 2013, quand l’Ukraine du centre et de l’Ouest a déferlé sur la place Maïdan, le Donbass a encore choisi de rester chez lui. À Lviv, les femmes ne pouvaient pas garder leurs maris à la maison – en scandale ou en cachette, ils finissaient toujours par aller manifester à Kiev ; à Donetsk, rien de tel. Au lieu d’attraper le premier train pour la capitale, les hommes de l’Est, de retour chez eux après les longues journées laborieuses, demandaient souvent à leurs épouses d’éteindre ce poste qui retransmettait les manifestations en direct. « Ça suffit. Je n’en peux plus », disaient-ils, avant de plonger dans un profond sommeil.

Les hommes de Donetsk avaient-ils moins de raisons d’être mécontents de la situation dans le pays ? Étaient-ils moins agacés par la corruption ambiante que les habitants du centre et de l’Ouest ?

Certainement pas. Étaient-ils particulièrement attachés à Ianoukovitch, le président qu’ils avaient élu en 2010 ? (Le Sud-Est du pays avait assuré à Ianoukovitch ses plus grands pourcentages). Pas beaucoup plus. Ils n’hésitent pas, aujourd’hui, à dénoncer sa politique désastreuse, son évasion honteuse et son attitude de traître.

Ne veulent-ils pas se rapprocher de l’Europe ? […]

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Inna Doulkina