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Salle d’attente

« Nous vivons dans une salle d’attente », écrit en 1963 le poète Robert Rojdestvenski. Il est alors âgé d’une trentaine d’années et occupe une place non négligeable dans la « jeune poésie » de l’après-XXe Congrès du Parti communiste d’Union soviétique (PCUS), organisé en 1956.

Au moment de l’écriture du poème, le « Dégel » poststalinien se poursuit, mais on sent déjà se dessiner l’éventualité d’un « regel ». Robert Rojdestvenski ne parle pas d’espoirs ni même d’attentes ‒ ce serait encore trop optimiste. Il ne parle que de « salle d’attente », autrement dit d’un lieu généralement peu agréable, qui peut être le prélude au pire comme au meilleur : un voyage ou l’extraction d’une dent…

1964 : Nikita Khrouchtchev est limogé. […]

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Anne Coldefy-Faucard

Dernières nouvelles de la Russie

Culture

Houellebecq / Sorokine :
Médocs et cuisine

Au moment de la parution de Soumission, il y a exactement quatre ans, il n’était pas inintéressant de se pencher sur d’éventuels points de contact entre cette œuvre de Michel Houellebecq et le roman Telluria de Vladimir Sorokine, sorti en Russie quelque deux ans plus tôt*. A priori, la tâche semblait vaine, les deux écrivains différant par leur style, leur histoire, leurs personnalités… Ils ont néanmoins plusieurs traits essentiels en commun : une vision distanciée des évolutions du monde (un monde plus français pour Houellebecq, nettement plus large pour Sorokine) et une redoutable intuition. N’est-ce pas là la marque d’une « vraie » littérature de plus en plus rare ?Aujourd’hui, Michel Houellebecq publie Sérotonine**. Deux ans auparavant, Vladimir Sorokine a publié (en russe) Manaraga***. La répétition de ce calendrier relève sans doute de la pure coïncidence. Mais pourquoi ne pas se poser, aujourd’hui, la même question que pour les précédentes parutions de ces deux écrivains majeurs ?Deux errancesDeux héros, deux errances. L’un, Florent-Claude Labrouste, quarante-cinq ans, est un ingénieur-agronome en contrat avec le ministère français de l’Agriculture. Il fonctionne aux médocs, notamment au Captorix, un antidépresseur qui « libère » la sérotonine ‒ la molécule du bonheur. Mais, du jour au lendemain, Florent-Claude Labrouste abandonne tout ce qui fait sa vie et part – cas de figure assez fréquent dans les romans de Houellebecq. Commence alors une sorte de tour de France – de la France contemporaine.L’autre héros, Gueza, trente-trois ans, est né à Budapest, d’un père juif de Biélorussie et d’une mère tatare polonaise, réfugiés en Hongrie. Nous sommes aux environs de 2050, après diverses révolutions islamiques et une guerre qui ont ravagé l’Europe. Errance, donc, dès la naissance, renforcée par l’activité professionnelle de Gueza : il est un cuisinier reconnu, tant et si bien qu’il ne travaille plus que sur demande, dans le monde entier. Un cuisinier un peu particulier, nous y reviendrons.L’errance du héros de Houellebecq lui fait parcourir une France en pleine décrépitude, paumée, comme l’est Florent-Claude, lancé dans ce qui est pour lui une équipée de la dernière chance.L’errance de Gueza lui est, outre les nécessités de sa profession, en quelque sorte consubstantielle : il est, deux générations plus tard, […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

11 janvier 2019
Société

C’est (encore) Noël !

« C’est Noël dans toute la maison. Ça sent bon le parquet ciré, l’encaustique, le sapin. On a éteint les lampes mais toutes les veilleuses [les veilleuses d’icônes] brûlent. Les poêles ronflent et crépitent. […] Les vitres sont complètement gelées. […] Dans le fond du salon, le sapin se dessine, masse sombre et mystérieuse, tout nu encore, et pourtant déjà différent de celui acheté au marché. La flamme pourpre de la veilleuse palpite à peine au travers, telle une étoile dans la forêt… Mais demain !…* »Demain, ou plutôt après-demain pour 2019, soit le 6 janvier au soir et le 7 toute la journée, c’est Noël orthodoxe en Russie, le calendrier julien – et non grégorien – rythmant la vie religieuse. Une semaine plus tard, on fêtera « l’ancien Nouvel An ».Ce « Noël russe », perdu avec la Russie de son enfance, Ivan Chmeliov (Moscou 1873-Paris 1950) le raconte à son petit neveu qui, né en émigration, ne connaît pas ce pays et semble n’avoir, à l’époque en tout cas, aucune chance de le connaître un jour.Du cerisier au sapinAvant la conversion de la Russie au christianisme (Xe siècle), […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

4 janvier 2019
Opinions

Alexandre Soljenitsyne : voyage au cœur du désordre

« Liberté de parole ! liberté de réunion ! liberté d’association ! – mais si quelqu’un vous dit qu’on peut les obtenir pacifiquement, crachez-lui à la figure ! » C’est une déclaration attrapée au vol dans la rue, au cœur des troubles de mars et avril 1917, dans une Russie en révolution. Elles figurent dans la Roue rouge d’Alexandre Soljenitsyne, dont une des multiples caractéristiques est de plonger le lecteur au cœur du tourbillon et du désordre. Les bolcheviks ne sont pas encore au pouvoir, il s’en faut de plusieurs mois. Mais Nicolas II a déjà abdiqué, la république est instaurée. Dans les villes et les campagnes, le peuple est en ébullition. L’atmosphère est à la fête… en dépit d’une inquiétude profonde. Dans les rues, sur les places, les meetings de milliers de personnes succèdent aux réunions par petits groupes. On échange des points de vue, on discute, on dispute, on en vient éventuellement aux mains. Le Gouvernement Provisoire est rapidement dépassé par les événements. Dans les scènes de rue de la Roue rouge, Alexandre Soljenitsyne semble avoir posé une caméra (et un enregistreur), saisissant un peu au hasard ce qui se voit (et s’entend) ici ou là. Il en résulte une impression de multitude et de bigarrure, d’unisson et de discordance, parfois de cacophonie. Chacun y va de son point de vue. Il y a les militants révolutionnaires, voire socialistes, qui lancent leurs slogans, appellent à ne pas se contenter d’une révolution, somme toute, « bourgeoise ». Divisés en une infinité de partis, ils sont loin d’emporter l’adhésion de la masse, qui veut simplement vivre mieux. Les monarchistes et partisans de l’ancien régime se font également entendre. Ils sont les moins nombreux : la population est lasse de la guerre, lasse aussi, et peut-être surtout, de gouvernants entièrement coupés d’elle et, en dépit des discours, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

7 décembre 2018

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