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À quel Staline se vouer?

À quel Staline se vouer ?

Dieu sait pourquoi (mais Dieu n’a sans doute rien à y voir), il semble que, depuis quelque temps, le nom de Staline revienne de plus en plus souvent, à l’écrit comme à l’oral, en Russie.

Bien sûr, il y a le vainqueur de Stalingrad, que l’on célèbre régulièrement. Il est incontestable que, sans les Soviétiques et leurs immenses sacrifices, la Seconde Guerre mondiale aurait pris un tour différent. Il n’en demeure pas moins que Staline a commis de lourdes erreurs stratégiques, qui, non moins incontestablement, ont augmenté sensiblement le nombre des victimes.

Le plus étonnant, aujourd’hui, est que Staline ne revient pas sur le tapis uniquement pour son rôle de généralissime. Il se trouve même des chroniqueurs pour parler de la période précédant la « stagnation » brejnévienne – donc, la période stalinienne – comme d’une époque où l’on avait un « but dans la vie », une « direction à suivre », une « motivation », une « grande idée ».

Certains concèdent, malgré tout, que nombre de citoyens d’Union soviétique se sont retrouvés, durant ces années bénies, au Goulag. Mais, après tout, comme disait le génial Staline, « quand on abat la forêt, les copeaux volent », variante russe de l’expression française « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ». Mentionner le Goulag comme en passant, sans préciser que l’industrialisation (entre autres) de l’URSS s’est faite grâce au travail d’esclave des détenus du Goulag, cause d’innombrables morts, frise, au minimum, le révisionnisme.

Rien de tel, pour prendre de la hauteur, quel que soit le sujet, que de se tourner vers la littérature. S’il n’est pas question, ici, d’évoquer tous les écrivains soviétiques ou russes qui ont parlé de la période stalinienne et du Goulag, il n’est peut-être pas inutile de lire ou de relire trois auteurs majeurs, à la biographie, aux idées et au style très différents, qui ont consacré des pages à Staline.

Deux totalitarismes en miroir

Écrivain soviétique « pur et dur » jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, Vassili Grossman dresse, dans son roman Vie et Destin,

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