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Pouvoir, société, médias : Ce que révèle l’affaire Golounov

Pouvoir, société, médias



Ce que révèle l’affaire Golounov

Moscou, début juin 2019. La police arrête le journaliste d'investigation Ivan Golounov pour « trafic de stupéfiants ». Aussitôt, le média en ligne pour lequel il travaille, Meduza (basé en Lettonie) dénonce une détention politique, liée au travail de Golounov – et, concrètement, à un article en cours d'écriture sur le partage mafieux du « business des pompes funèbres » dans la capitale russe. La rédaction du site en appelle à la solidarité de tous les confrères du journaliste pour poursuivre son enquête et promet qu’elle sera menée à terme.

Rapidement, les soupçons de Meduza se confirment : l' « affaire Golounov » a effectivement été montée de toutes pièces – et mal. Ceux qui l’ont arrêté sont pris en flagrant délit de mensonge, et les Moscovites font la queue, en masse, devant le quartier général de la police, 38 rue Petrovka, pour prendre leur tour de piquet individuel de soutien au journaliste (la loi russe interdit les « rassemblements non autorisés »).

La Une de RBC, Kommersant et Vedomosti le mardi 9 juin. Crédit : thefloridapost

Les trois plus grands quotidiens du pays – RBC, Vedomosti et Kommersant – publient une Une identique, qui proclame : Je/Nous sommes Ivan Golounov, et des éditos exigeant la libération de leur confrère. Ce battage médiatique éclipse presque totalement la couverture du Forum économique international de Saint-Pétersbourg et le discours du président Poutine à cette occasion.

« Toute cette affaire en dit long sur la façon dont s’organisent, chez nous, les rapports entre la société, les médias et le pouvoir. »

Face à cette pression sans précédent de l’opinion publique, la justice commence par assigner Ivan Golounov à résidence (ce qui, en Russie, constitue en soi une victoire majeure), puis le libère, abandonnant toutes les charges contre lui.

De son côté, Meduza tient parole : l’enquête est achevée par quinze journalistes de huit rédactions différentes – une collaboration inédite dans l’histoire de la presse russe. Le reportage, intitulé : « Qui possède les cimetières moscovites ? », est publié par le journal digital le 1er juillet. Aussitôt, des dizaines d’autres médias, russes mais aussi étrangers – dont The Times, The Independent, BuzzFeed News, Libération, Der Spiegel, Suddeutsche Zeitung, Delfi... – soit le relaient, soit publient un article qui reprend le sujet. Le texte est partagé près de 10 000 fois sur Facebook, et lu, en une seule journée, par un million et demi de personnes.

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