Postface au 70e anniversaire de l’OTAN

Dans une tribune pour Rossiïskaïa Gazeta, Sergueï Karaganov, président honoraire du Conseil de politique extérieure et de défense, influent think-tank russe de relations internationales, explique qu'il est temps que l'OTAN trouve une raison d'exister autre que la menace, selon lui fabriquée, que ferait peser la Russie sur la sécurité du continent européen.

Sergueï Karaganov, président honoraire du Conseil de politique extérieure et de défense. Crédit : Primamedia

On est surpris, à la lecture de l’ensemble des articles et interventions consacrés aux soixante-dix ans de la création de l’OTAN, par leur caractère profondément idéologique. Ce déluge de louanges côté occidental et cette avalanche de critiques russes correspondent trop à la « mythologie » de l’Alliance et n’ont que très peu à voir avec la réalité.

Depuis plus de quarante ans que j’étudie l’OTAN, j’ai souvent eu l’occasion de consulter ses archives. Et je l’affirme sans hésiter : quoi qu’en disent ses admirateurs, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord n’est pas l’alliance militaire la plus heureuse de l’Histoire. En revanche, elle est, à n’en pas douter, l’une des machines de propagande les plus efficaces jamais conçues.

Mythique solidarité

Le mythe de l’OTAN repose sur le postulat selon lequel les « garanties mutuelles de sécurité » qu’elle établit entre les États permettent de préserver la paix en Europe. En réalité, on doit la paix sur ce continent à de tout autres raisons, notamment au fait que, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et l’apparition de l’arme nucléaire, qui menace de transformer le moindre conflit local en catastrophe planétaire, personne n’a plus réellement envie d’attaquer son voisin.

Les prétendues « garanties » offertes par l’OTAN ne sont pas fiables. On a coutume d’évoquer l’article 5 du Traité, qui affirme que toute attaque militaire contre un ou plusieurs États membres « sera considérée comme une attaque contre l’Alliance dans son ensemble ». Mais cette citation est toujours tronquée : le même article précise en effet que, dans ce cas de figure, chaque État membre prendra les mesures individuelles et collectives « qu’il jugera nécessaires, y compris l’emploi de la force ». En d’autres termes, il n’est nullement question d’une riposte systématique.

« Le principe otanien du “Un pour tous, tous pour un” relève du bluff. »

Cette ambiguïté – loin d’être la seule que comporte la Charte de l’Alliance – est due à l’opposition acharnée, lors de l’adoption du texte par le Congrès américain, des isolationnistes, dirigés par l’ancien sénateur Robert Taft. Pour rien au monde, ils n’auraient admis le moindre engagement automatique des États-Unis. Dieu merci, toutefois, les États-membres n’ont jamais eu à tester en pratique la fiabilité de ce fameux article 5…

En outre – et certains documents secrets le prouvent –, aucun président américain n’a jamais eu l’intention d’utiliser l’arme atomique pour protéger un pays allié contre une puissance susceptible de lancer des frappes nucléaires sur le territoire des États-Unis. Pour mémoire, Washington en estime l’URSS capable depuis 1950.

Sommet de l'OTAN à Paris en 1957 où les représentants de tous les pays membres étaient réunis pour la première fois. Crédit : OTAN

Certes,

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Traduit par Julia Breen et Julien Braun

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