Les populistes,
ces faux amis de Moscou

Andreï Kortounov est le directeur général du Conseil russe pour les affaires internationales (Russian International Affairs Council, RIAC), l’un des plus importants think-tanks russes.

À l’approche des élections européennes de mai prochain, une opinion est de plus en plus répandue dans les cercles politiques et parmi les politologues russes : seuls les partis populistes eurosceptiques seraient en mesure de tourner la page actuelle – relativement peu réjouissante – des relations entre Moscou et Bruxelles, et d’entamer un nouveau chapitre de leur histoire commune. Il faudrait, par conséquent, que le Kremlin fasse le pari de leur victoire. Est-ce tellement certain ?

Un certain nombre de responsables politiques et personnalités publiques, en Occident, d’Emmanuel Macron à George Soros, voient dans la montée du populisme une menace mortelle pour l’Union européenne (UE). De mon point de vue, il s’agit là d’une exagération flagrante. Allons plus loin : l’Europe a besoin des populistes et des eurosceptiques.

Comme on dit, « la crainte du chasseur tient le lièvre éveillé ». Depuis quelques décennies, la classe politique européenne se laisse aller, elle s’empâte, à croire que l’inventivité et l’énergie de ses premières années sont épuisées et qu’elle s’est elle-même convaincue de son bon droit et de son infaillibilité. Un séisme politique pourrait entièrement bénéficier à Bruxelles. Les jardiniers en charge de cet arbre vieillissant qu’est l’intégration européenne ne devraient pas arracher avec trop de morgue, de condescendance et d’évident dégoût, le sauvageon populiste qui s’y est greffé. En outre, répéter à l’envi le mantra de la « menace populiste » me semble symptomatique d’un manque de foi en la vitalité du « projet européen » et ses perspectives historiques.

Je ne considère les populistes européens ni comme « les idiots utiles de Poutine » ni comme des cyniques irresponsables. Je compte, parmi mes connaissances, des partisans du Rassemblement national en France, des militants de la Ligue du Nord en Italie, des parlementaires du Parti populaire au Danemark, et d’autres représentants de l’exubérante famille populiste européenne, de gauche comme de droite.

Je ne partage pas l’enthousiasme qui a cours aujourd’hui à Moscou dès qu’il est question de la révolution – ne devrait-on pas dire la « contre-révolution » ? – européenne.

Cette foule bigarrée compte, certes, son lot de fanatiques bornés et d’irrécupérables cyniques, ainsi qu’un certain nombre de personnes aux propos assez déplaisants.

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Andreï Kortounov

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