fbpx

Prazdnik, un film en état de siège

Le film Prazdnik (« La Fête »), du réalisateur Alexeï Krassovski, est sorti sur YouTube le 3 janvier 2019 et a déjà dépassé le million de vues. La polémique entourant cette « comédie » sur le blocus de Leningrad n’est toujours pas terminé.

Prazdnik est devenu en quelque sorte un film martyr bien avant sa sortie ‒ si l’on peut parler de « sortie » à propos d’une diffusion exclusivement sur internet. Deux mois avant la fin du montage, en octobre dernier, le réalisateur a eu le malheur, dans une interview, de qualifier son film de « comédie » sur le blocus de Leningrad (qui a duré 872 jours et fait plus d’un million et demi de morts civils et militaires)… Les vigilants censeurs, pourfendeurs de toutes les dérives dans l’art et au-dehors, se sont empressés de crier à l’immoralité, avant de déclencher ce qu’il faut bien appeler une chasse à l’homme contre Alexeï Krassovski, dans les médias traditionnels et sur les réseaux sociaux.

L’Histoire russe, une affaire sérieuse…

Le premier assaut est venu d’Andreï Tourtchak, ex-gouverneur de la région de Pskov et l’un des principaux dirigeants du parti au pouvoir, Russie unie. « Ce genre de film tourne en dérision l’histoire du peuple russe. Il y a des sujets dont on n’a pas le droit de rire. Transformer une tragédie humaine en farce ou en comédie, ce n’est plus de l’art, c’est un insupportable, un inconcevable sacrilège », s’est-il emporté, demandant l’interdiction du film. Un autre député de Russie unie, Sergueï Boïarski, membre du comité de la Douma en charge de l’information et des médias, a en outre qualifié Prazdnik d’« abjection » et promis de tout faire pour en empêcher la sortie. Enfin, côté show-business, l’animateur de télé et radio Sergueï Stillavine a ainsi conclu sa longue « complainte » publiée sur Facebook : « J’ai peur de cette dégradation de la conscience morale et de ce triomphe du cynisme. J’ai peur, quand une ville à l’agonie peut servir de prétexte à l’humour noir. »

En 2014, Vladimir Medinski avait déjà violemment pris à parti l’écrivain Daniil Granine pour son évocation des festins raffinés des apparatchiks pendant le siège de Leningrad.

[…]

Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou abonnez-vous !

Ekaterina Barabash

Dernières nouvelles de la Russie

Culture

Cinéma : Sobibor ou les soubresauts de la mémoire politique

Il y a 75 ans, le 14 octobre 1943, éclatait la révolte des prisonniers du camp d’extermination nazi de Sobibor, en Pologne. Seule mutinerie de déportés réussie de la Seconde Guerre mondiale, elle fut organisée par l’officier de l’Armée rouge Alexandre Petcherski. Le film Sobibor du réalisateur Konstantin Khabenski, dont la première a eu lieu en mai dernier, représentera la Russie aux Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger. À la fin du mois de janvier 1990, un vieil homme est enterré au cimetière Severny, dans la banlieue de Rostov-sur-le-Don. Plusieurs personnes jettent à la hâte de la terre gelée sur le couvercle du modeste cercueil et s’empressent de rentrer chez elles – l’hiver est rigoureux. Ainsi entame son dernier voyage un des plus célèbres héros soviétiques de la Seconde Guerre mondiale, organisateur de l’unique évasion d’un camp de concentration nazi : l’officier de l’Armée rouge Alexandre Petcherski. Les historiens russes affirment qu’Alexandre Petcherski n’a jamais été oublié : des ouvrages ont été publiés à son sujet, une plaque en son honneur a été apposée à Rostov-sur-le-Don, où il a vécu après la guerre, et personne, à l’époque soviétique, ne lui a jamais interdit de parler de Sobibor. Effectivement, trois livres traitant de la révolte ont paru il y a quelques années, une plaque commémorative a vu le jour, mais il y a dix ans – soit près de vingt ans après sa mort. Et si nul ne lui a interdit de parler de son passé, peu lui ont demandé de le raconter. Bien plus, en 1946, on ne l’a pas laissé participer au procès de Nuremberg, où il était pourtant convoqué en qualité de témoin. Notons encore que l’exploit d’Alexandre Petcherski n’a jamais été enseigné dans les écoles et que le titre de Héros de l’Union soviétique ne lui a jamais été décerné malgré l’insistance des conseils de vétérans. Enfin, il n’a pas été invité à la première du film Les Rescapés de Sobibor, du réalisateur britannique Jack Gold, en 1987. Une chance de survie Alexandre Petcherski est fait prisonnier au tout début de la guerre, à l’automne 1941, près de Viazma (région de Smolensk). Il tente de s’évader, sans succès, puis est conduit avec d’autres prisonniers dans un camp de travail de Minsk. Dès que ses geôliers découvrent qu’il est juif – ce qu’il avait réussi à cacher jusque-là –, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

19 octobre 2018
Culture

Aznavour et la Russie : une vie d’amour

La mort de Charles Aznavour laisse la Russie en deuil. Le chansonnier français d’origine arménienne a effectué sa première tournée en URSS en 1964 – à la faveur du dégel khrouchtchévien – à Leningrad (actuelle Saint-Pétersbourg) et Moscou. Il n’en est plus jamais reparti.

2 octobre 2018

Vous êtes actuellement hors ligne