Odessa-mama, Rostov-papa

Indéniablement, il y a, comme l’écrit Ivan Davydov, une « poésie véritable »1 dans les chansons et, plus généralement, dans le langage des truands. Une poésie un peu surannée, du moins si l’on en considère les formes les plus anciennes, bien antérieures à l’Union soviétique et au Goulag : les trouvailles linguistiques ‒ servant aussi de code pour n’être pas compris des « caves » ‒ des habitants de ces hauts lieux de la mafia qu’étaient, notamment, les villes d’Odessa ( « Odessa-mama » pour les truands) et de Rostov-sur-le-Don ( « Rostov-papa »). Il y a des noms de spécialités, très imagés, qui permettent de reconstituer tout « l’artisanat » des voleurs. De nombreuses chansons sont à la fois dures et violentes (après tout, elles mettent en scène « Messieurs les hommes ») et « fleur bleue », à la limite, parfois, de la sensiblerie (ah, […]

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Anne Coldefy-Faucard

Dernières nouvelles de la Russie

Opinions

Steinbeck et Capa chez les Soviets

En juillet 1947, l’écrivain John Steinbeck et le photographe Robert Capa prennent l’avion à Paris pour se rendre en URSS, où ils ont été autorisés à réaliser un reportage. En 1940, le premier a reçu le prix Pulitzer pour Les raisins de la colère, et le second vient de créer avec d’autres, dont Henri Cartier-Bresson, l’agence Magnum. Leur voyage est financé par le New York Herald Tribune, qui en publie dans ses colonnes le compte rendu et les clichés durant la seconde quinzaine de janvier 1948. La même année, l’écrivain tire un livre de ce séjour, qui paraît – avec les photos de Capa – sous le titre : A Russian Journal. Un an plus tard, Gallimard en édite la version française (y compris les photos), intitulée Journal russe, dans une traduction de Marcel Duhamel. D’emblée, les deux hommes annoncent la couleur : ils ne veulent pas rester dans la capitale soviétique. Ils veulent voir le pays, se faire une idée de la vie dans les campagnes. C’est là que commencent les problèmes : ils sont censés réaliser le premier reportage « libre » dans l’URSS de l’immédiat après-guerre, mais ils ne tardent pas à comprendre qu’il faut des autorisations pour tout (pour prendre des clichés, pour sortir de Moscou…) et que la bureaucratie est « aussi lente qu’à Washington ». En outre, la méfiance des autorités soviétiques est grande envers les Américains, même si les romans de Steinbeck sont appréciés. Pour finir, après quelques jours de découragement pour les deux voyageurs, les choses s’arrangent. Il va sans dire, néanmoins, qu’ils seront dûment chaperonnés partout où ils iront, notamment par un colonel répondant au nom de Dentchenko. « Le regard de plâtre, de bronze, peint ou brodé de Staline » En quarante jours, Steinbeck et Capa parcourent le pays, de Moscou en Géorgie, en passant par Kiev et Stalingrad, qui n’est pas encore devenue Volgograd. Staline est toujours aux commandes (jusqu’en mars 1953), la déstalinisation et la dénonciation du culte de la personnalité n’adviendront qu’en 1956. Staline est partout : immenses portraits à l’huile, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

19 octobre 2018
Opinions

« Je n’aurais pu imaginer pareille ville sur terre »

Il faut régulièrement ranger sa bibliothèque, ce qui n’a rien d’une tâche agréable : on mange sa ration de poussière, on attrape des courbatures en passant des rayonnages du haut à ceux du bas et retour, on gaspille un temps fou à se demander quel nouvel ordre adopter : par langues ? siècles ? alphabétique ?… Régulièrement, disions-nous… Tout dépend de l’ampleur de la bibliothèque, ainsi que des loisirs et du courage dont on dispose. Il y a, toutefois, un signe qui ne trompe pas : le moment où on ne trouve pas un livre dont on a un besoin urgent et où, de désespoir, on en vient à envisager d’en acheter un nouvel exemplaire. Là, des mesures d’urgence s’imposent. L’avantage majeur du rangement de bibliothèque (il faut bien qu’il y ait quelques bons côtés) est la redécouverte de perles rares qu’on avait complètement oubliées. Cette chronique a pour objet d’en présenter quelques-unes. « Je n’aurais pu imaginer pareille ville sur terre » Chacun a entendu parler de l’écrivain norvégien Knut Hamsun (1859-1952), prix Nobel de littérature 1920, auteur adulé dans son pays jusqu’à son soutien au nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale, qui lui vaut de sérieux ennuis à la fin du conflit et une mise à l’index partout en Europe. À partir des années 1970, les éditions Calmann-Lévy, à Paris, entreprennent, en dépit de virulentes protestations, d’éditer ou de rééditer la quasi-totalité de son œuvre, estimant, à juste titre, que Hamsun est, malgré tout, un très grand écrivain. Tout cela est bien connu. Ce qui l’est moins, c’est le voyage effectué en 1899 par le même Knut Hamsun à travers la Russie, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

28 septembre 2018
Culture

Tendances russes intemporelles

C’est l’été, le moment de l’année où l’on est le plus dévêtu. Raison de plus pour parler mode et garde-robe. Futile ? Voire… Cette chronique estivale, en quatre épisodes, se propose d’envisager les vêtements et la mode sous un angle historique, politique, littéraire, artistique, masculin/féminin, individuel/collectif, le tout lié, bien sûr, à la Russie. Quatrième partie : Une quête naturelle de l’élégance. Après 1991, durant la folle période eltsinienne, la libération est totale, touchant aussi la mode, et l’on peut voir, notamment dans les capitales, Moscou et Saint-Pétersbourg, les outrances les plus saugrenues, qui amusent beaucoup les étrangers. Aujourd’hui, elles se font rares. L’heure du défoulement est passée, les gens se sont assagis. On trouve, bien sûr, en plein hiver, des jeunes femmes juchées sur des talons d’une minceur et d’une hauteur à se demander non seulement comment elles tiennent debout ainsi chaussées, mais encore – et surtout – comment elles réussissent à marcher dans la neige et la glace. Élégance et pénurie Ironie mise à part, il faut bien constater que la recherche de l’élégance est une constante chez les femmes russes. C’était déjà le cas des femmes soviétiques, à une époque où s’habiller bien, voire s’habiller tout court, était un tour de force, compte tenu de la pénurie de vêtements, de tissus et de chaussures un tant soit peu mettables et qui, de toute façon, coûtaient les yeux de la tête. On se débrouillait pourtant : l’une – parmi les plus favorisées – avait un peu d’argent et une copine qui allait parfois à l’étranger et que l’on chargeait d’une impressionnante liste de choses à rapporter ; une autre avait la même copine, mais pas d’argent : dans ce cas, on procédait à un échange de services (par exemple, on lui écrivait sa thèse ou quelques devoirs pour la fac) ; une troisième connaissait une petite couturière géniale qui, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

23 août 2018