Syrie : La loi de la jungle

 

Docteur en Science politique, Caroline Galactéros est la présidente du think tank Géopragma. Elle dirige également le cabinet d’intelligence stratégique Planeting. Auteur du blog Bouger les Lignes, elle a publié Manières du monde. Manières de guerre (Nuvis, 2013) et Guerre, technologie et société (Nuvis, 2014).

« Partibus factis, sic verba fecit Leo ». (Jean de la Fontaine, La génisse et la chèvre, la brebis et le lion) *

Le franchissement en force par la coalition occidentale des dernières palissades protégeant la possibilité d’un dialogue sérieux entre puissances dominantes de notre malheureux monde marque un tournant préoccupant dans l’évolution des relations internationales.

Les frappes effectuées sur des installations militaires syriennes dans la nuit du 13 au 14 avril ont été conçues comme un coup de semonce au régime diabolisé de Damas, mais en prudente coordination avec Moscou – dont les défenses antiaériennes sont restées silencieuses ‒ afin d’éviter tout affrontement direct américano-russe. Dans un monde rêvé, on pourrait se rassurer en déduisant de cette « retenue » que Moscou et Washington surjouent l’affrontement et sont en fait d’accord pour contraindre le président Assad, galvanisé par ses succès militaires, à montrer plus de docilité et à entrer dans une phase de négociations politiques où il lui faudra faire d’importantes concessions à ses ennemis comme à ses alliés. Mais on ne rêve plus. Washington et Moscou ne voient absolument pas la paix en Syrie de la même façon et croire à une convergence tactique relève de la méthode Coué. L’incapacité chronique du Conseil de sécurité à aboutir à une résolution efficace, concourant à l’apaisement, traduit un antagonisme radical sur la question des responsabilités imputées au gouvernement légal du pays ou au patchwork djihado-salafo-islamiste qui a la vie dure, mais bien peu à voir avec la modération politique ou la démocratie. Ce serait plutôt un signe de bonne santé des mécanismes résiduels de la gouvernance mondiale si certains ne passaient pas outre.

« Le dévoiement de la notion de  morale  à l’interventionnisme occidental moderne est à son comble »

L’Amérique et la France se sont sciemment mises en situation de devoir tenir leur « ligne rouge » pour ne pas perdre la face. […]

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Caroline Galacteros