Des Iraniens célébrant les 35 de la révolution islamique. Crédits : Wikimedia

Iran : la diabolisation en marche

Docteur en Science politique, Caroline Galactéros est la présidente du think tank Géopragma. Elle dirige également le cabinet d’intelligence stratégique «Planeting». Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a publié Manières du monde. Manières de guerre (Nuvis, 2013) et Guerre, Technologie et société (Nuvis, 2014).

La déstabilisation politique et sociale de la République islamique n’a pas eu lieu. Jusqu’à présent, le pouvoir iranien ‒ toutes tendances confondues ‒ a su très habilement réagir et déminer le terrain. Les responsables politiques et religieux, qui ont en mémoire ce qu’il en a coûté à Bachar el-Assad de répondre impulsivement aux soulèvements de 2011, ne se sont pas laissé prendre.

Il reste difficile d’estimer la part de spontanéité et celle de la récupération dans la séquence de troubles inaugurée voici quelques semaines. Qu’il y ait eu « manip » américaine ou non, l’on peut toutefois craindre que cette salve de protestations, courte mais synchronisée, ne soit qu’une répétition générale servant à tester les capacités de réaction et de résistance du régime avant une nouvelle et décisive tentative, l’Iran étant devenu la cible officielle première des faucons américains qui tiennent chaque jour davantage Donald Trump « rênes courtes ».

Les imprécations américaines ont commencé à miner le terrain des représentations mentales

Pour l’heure, le président Rohani en a profité pour limiter sa responsabilité sociale et politique intérieure, rappelant que l’essentiel du pouvoir et notamment de l’allocation des ressources financières de l’État étaient sous le contrôle du Guide suprême Khamenei. Ce dernier a incriminé Washington, Tel-Aviv et Ryad. Quant au Procureur général Montazeri, il a ouvertement et de façon argumentée dénoncé la CIA pour avoir fomenté et exploité les revendications populaires.

Il ne nous appartient pas ici de leur donner raison ou tort, mais de poser l’inévitable et toujours féconde question : à qui profite le crime ? Et là, certains liens sont indiscutables. L’Iran ne s’est certes pas embrasé comme la Syrie ou l’Ukraine, mais les imprécations américaines de tous niveaux qui ont accompagné la crise depuis le premier jour, ont commencé de miner le terrain des représentations mentales. La diabolisation est en marche. En témoigne le chantage assumé du Président Trump faisant dépendre sa prochaine « certification » trimestrielle de l’Accord sur le nucléaire à son extension aux capacités militaires balistiques iraniennes, pour l’instant encore contre l’avis de l’Europe et de la France. Paris a fort justement mis en garde ceux qui entendent détruire l’accord signé avec l’Iran sur son programme nucléaire contre la charge explosive contenue dans cette approche léonine. […]

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Caroline Galacteros