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MacBlinis pour une gente dame

J’ai croisé récemment une petite brève dans la presse en ligne russe dont le titre m’a interpellée : « Le Parlement russe propose de rétablir les formules de politesse de l’Ancien Régime ».

L’article, qui faisait tout au plus une dizaine de lignes, détaillait une proposition du député russe Vladimir Syssoïev (LDPR, Parti libéral-démocrate de Russie de Vladimir Jirinovski) à Olga Golodets, vice-présidente du gouvernement russe, chargée des Affaires sociales : revenir à un parler plus ancien, antérieur à la révolution de 1917, pour relever le niveau de bienséance des Russes. Vladimir Syssoïev soulignait avant tout l’importance des manières de s’excuser et de se saluer.

Il faut dire qu’en russe, dire simplement bonjour à quelqu’un est un vrai problème. Il n’y a pas d’équivalent de Monsieur ou Madame, et l’on est toujours contraint d’emprunter des voies détournées pour parler à des inconnus. Les gens que l’on connaît sont appelés par leurs prénom et patronyme (formé sur le prénom de leur père) : Alexandre Sergueïevitch, Elizaveta Petrovna… mais ceux que l’on rencontre pour la première fois ? Les choses étaient plus faciles sous l’Ancien Régime : on s’adressait à quelqu’un en l’appelant soudar/gospodine, ou soudarinia/gospoja s’il s’agissait d’une femme. À l’époque soviétique, on est passé à tovarichtch, le célèbre « camarade », pour les membres du parti communiste, les non-communistes ayant droit à grajdanine/grajdanka (citoyen/ne/). Gospodine et gospoja ont subsisté, réservés aux seuls étrangers, de préférence occidentaux, et laissant filtrer une note de dédain dans le style : « vous n’êtes pas des nôtres ».

Et depuis la chute du communisme ? Camarade est devenu un symbole historique bien trop fort, gospodine et gospoja sonnent par trop officiels. Quant à soudar et soudarinia, inusités depuis soixante-dix ans, ils sont aujourd’hui, en forçant légèrement le trait, presque l’équivalent de « sire » et « gente dame ». Bizarrement, il subsiste encore un lieu en Russie où l’on continue à les employer envers et contre tout. L’aristocratie ? Une société monarchiste secrète ? L’intérieur du Kremlin ? Le Bochoï ? Non, il s’agit de Térémok, sorte de MacDo russe où les burgers sont remplacés par des blinis. Térémok est ainsi le seul endroit où, aussi incongru que cela puisse paraître, vous pouvez encore vous faire appeler « gente dame ».

Le résultat est qu’on ne s’appelle pas vraiment. À une dame jusque vers quarante ans, il est permis de dire diévouchka, littéralement « jeune fille » ; de même, un homme ayant jusqu’à une trentaine d’années peut être hélé par un « jeune homme ! », sur un marché ou dans un restaurant par exemple. Pour les générations suivantes, il arrive qu’on entende un jenchtchina (femme !) ou un moujtchina (homme !) mais, le plus souvent, on n’a d’autre moyen d’appeler les gens que par un « Excusez-moi » devenu, de fait, le second prénom de tout le monde.

Excusez-moirguerite Sacco

Retrouvez Margueritte Sacco sur twitter @MargueriteScc

Marguerite Sacco

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  1. Effectivement compliqué de s’y retrouver en tant que non russophone ! Je n’avais par contre, lors de mes voyages, jamais remarqué que les Teremok, pourtant l’une de mes enseignes favorites, faisaient encore usage de cette formule archaïque ! J’y prêterai une oreille attentive la prochaine fois 😉 merci pour l’article !

  2. Regrettable de qualifier Teremok de  » sorte de MC Do Russe » » .

    Je trouve cette comparaison un peu insultante pour la chaîne Teremok qui n’a absolument rien à voir avec ce fast food americain meme avec beaucoup d’imagination.

  3. Très intéressant .Bien qu ´ expat et russophone , je n’ai pas l’occasion de connaître ce genre de détails .Bravo pour votre article , dans l’attente des suivants.

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