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Le métro de Moscou, station Kievskaia. Crédits : Alexey Zaxaroff - Flickr

Brèves de métro moscovites

La plupart des guides de Moscou recommandent d’aller visiter les stations de métro. Considérées comme les plus belles du monde, elles arborent des fresques, souvent des statues et même des vitraux, d’immenses lustres en cristal, des balustrades et autres merveilles que l’on découvre derrière de longues colonnades de marbre.

Mais le métro permet aussi de se livrer à une petite escapade touristique dans l’âme russe. Nombre de scènes souterraines m’ont éclairée sur cette nation énigmatique. Une chose saute d’abord aux yeux : les Moscovites évitent soigneusement de croiser le regard de qui que ce soit et affichent tous un air d’empereur sévère et lointain. Ils repèrent d’ailleurs instantanément les étrangers dans le métro, notamment les Français, caractérisés par leur « air bonhomme et ahuri ».

Après plusieurs tours de Moscou en métro, j’ai compris : les Russes ont le regard fixe. Ça semble tout bête, et pourtant il n’est pas si facile de se forcer à contempler un bouton de veste pendant vingt minutes. Il est donc très important pour ne pas se faire remarquer de demeurer immobile, le corps comme le regard. Si vous commencez à regarder autour de vous, vous faites la démonstration d’une agitation désagréable pour les autres usagers; on craint que vous ne soyez susceptible de vous adonner à quelque activité embarrassante : sourire ou parler à quelqu’un. Il faut donner l’impression que personne n’existe (vous y compris).

Pour autant, les Russes ne sont pas aussi inattentifs qu’ils en ont l’air. Je pris un jour le métro un dimanche matin très tôt, à l’heure où les stations ressemblent à de grands palais déserts. Assise dans une longue rame avec trois vieilles dames et un jeune homme endormi sous sa capuche, je regardais défiler les stations en bâillant.

Un groupe de garçons monta et agita longtemps la rame d’un tapage adolescent, faisant des tractions, riant et parlant fort en vidant des bouteilles. Alors que le métro commençait à ralentir, ils m’avisèrent et remontèrent la rame dans ma direction. Le métro s’arrêta alors que l’un d’eux se campait devant moi : « Voulez-vous m’épouser ? »

Jusque là, ça restait vaguement sympathique, et je me contentai d’esquisser un sourire un peu crispé. Un de ses acolytes le bouscula et, après m’avoir considérée avec un petit sourire, me donna une claque. Pas très forte, mais suffisamment. Une bonne tape sur la joue, qui fit un bruit sec et humiliant.

C’est alors que le jeune homme à la capuche assis en face de moi, que je croyais endormi, se leva d’un bon et rattrapa l’agresseur en une enjambée. Celui-ci eut juste le temps de sauter du train, évitant ainsi de se faire projeter au sol par mon mystérieux défenseur, et le métro redémarra. Le jeune homme se rassit, rabattit sa capuche sur son visage et replongea dans son immobilité initiale que j’avais prise pour un profond sommeil.

Il ne me demanda pas si j’allais bien ou si je les connaissais. Il se serait battu au besoin, mais qui j’étais ou comment je me sentais lui importait peu. Tandis que le métro roulait dans un fracas que je n’entendais plus, je contemplai avec une curiosité attendrie mon sauveur à capuche qui, le menton reposant sur sa poitrine, ne releva pas la tête jusqu’à mon départ.

Oui, le métro russe nous en apprend beaucoup, surtout sur cette froideur apparente tant décriée par les visiteurs occidentaux, qui masque de laquelle bien souvent une étonnante générosité brute.

Marguerite Sacco

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