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Michael Mann : « En Ukraine, la meilleure solution serait une séparation en États distincts »

Michael Mann : « En Ukraine, la meilleure solution serait une séparation en États distincts »

Pour le sociologue américain Michael Mann, lorsqu’une société se débarrasse d’un dictateur et entame sa transition vers la démocratie, il existe un risque élevé que l’un de ses groupes ethniques ne se mette à en persécuter un autre. Il développe cette idée dans un entretien pour la revue Expert. Expert : Vous affirmez dans votre livre, The Dark Side of Democracy [Cambridge University Press, 2005], que la démocratisation d’une société peut déboucher sur des épurations ethniques. Dans quels cas ?Michael Mann : La situation peut se révéler très dangereuse quand, après l’effondrement d’un régime autoritaire, on tente d’installer la démocratie dans un état multiethnique ou pluriconfessionnel. L’Irak et la Libye sont des exemples caractéristiques : les dictateurs de ces pays n’étaient pas des individus particulièrement sympathiques, et ils usaient largement de la violence. Mais lorsque leurs régimes sont tombés, la violence s’est démultipliée. Ce que je vais dire va peut-être vous paraître étrange, mais si Saddam et Kadhafi étaient encore au pouvoir et leurs régimes encore debout, les citoyens irakiens et libyens auraient probablement une vie meilleure, plus tranquille. Parce que depuis que ces dictateurs sont tombés, les choses n’ont fait qu’empirer dans ces pays. Et la démocratie n’y est toujours pas établie.Les problèmes qui surgissent au moment de la démocratisation dans un pays multiethnique sont particulièrement visibles dans l’exemple de la Yougoslavie. Le maréchal Tito et le parti communiste savaient quels dangers pouvaient survenir d'un conflit entre les Serbes, les Croates, les musulmans et les Slovènes. Les autorités menaient donc une politique visant à créer un équilibre entre les ethnies au sein du pouvoir et à contenir les nationalistes. Le régime de Tito n’était pas démocratique, mais il a le mérite d’être parvenu à éviter les purifications ethniques. Après la mort du maréchal et la chute du régime communiste, des élections ont eu lieu dans chacune des républiques qui formaient la Yougoslavie. Formellement, ce furent des élections véritables et justes. Mais elles ont mené au pouvoir des partis nationalistes qui s’identifiaient, dans chacune des républiques, avec une ethnie : celle de la majorité. Ces partis voyaient dans les minorités ethniques une menace pour leur pouvoir, et ils se sont mis à recourir à la violence à leur égard. L’équilibre entre les ethnies, qui était caractéristique de la Yougoslavie communiste, a été brisé. En Yougoslavie, comme dans de nombreux autres cas historiques, les initiateurs des purifications ethniques ont commencé leur ascension en qualité de démocrates, pour, un peu plus tard, se mettre à employer des méthodes inconciliables, par principe, avec la notion de démocratie.Expert : Les risques de purification ethnique sont-ils propres aux périodes de démocratisation ?M.M. : Dans les temps anciens, la violence existait aussi, et elle pouvait prendre des dimensions terribles, par exemple au temps de l’Empire mongol. Mais elle avait une autre forme que dans les cas de génocide contemporain.

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Traduit par Julia Breen