Manifestation anti-OGM le 13 mai 2008 à Paris devant l’Assemblée nationale. Crédits : flickr.com

Vu de Russie : « Pourquoi suis-je contre les OGM ? »

Lundi 4 juillet, le président Vladimir Poutine a ratifié un projet de loi interdisant la culture et l’élevage de végétaux et animaux génétiquement modifiés (OGM) en Russie. Boris Akimov, fervent protecteur du manger bio et créateur de la chaîne de magasins de produits fermiers LavkaLavka, a expliqué en quoi les OGM sont un danger pour la civilisation, lors d’une conférence dans une de ses épiceries. Compte rendu à la première personne.

Le débat actuel sur les OGM repose sur une mauvaise base. Alors que certains estiment que toute la production liée aux OGM est dangereuse pour la santé, d’autres traitent les partisans de cette position d’obscurantistes et d’ennemis du progrès. Et, d’ordinaire, le débat s’arrête là.

J’ai donc décidé, dans cette intervention, de placer la question de la santé entre parenthèses. Aucune de mes conclusions contre les OGM n’a le moindre lien avec le mal que peut faire un épi concret de maïs transgénique à celui qui le mange.

Quelques faits sur les OGM

Il y a beaucoup de discussions sur les OGM. Mais beaucoup moins de fruits et légumes transgéniques qui se retrouvent, au final, dans les rayons des magasins. On y trouve aujourd’hui facilement du soja, du maïs, des pommes de terre, de la betterave à sucre et du riz. Mais c’est le plus souvent sous forme d’ingrédients, dans la nourriture, que l’on trouve des OGM. C’est d’ailleurs leur source principale. Sucre issu de betteraves transgéniques, chocolat à base de soja génétiquement modifié, etc. Enfin, l’autre canal important par lequel nous arrivent les OGM est la nourriture destinée au bétail. Le maïs et le soja transgéniques sont aujourd’hui une base essentielle pour le complexe agro-industriel mondial. Dans certains pays, jusqu’à 96 % de la viande disponible sur le marché provient d’animaux nourris avec des aliments transgéniques.

En 2013, les plantations d’OGM occupaient 175 millions d’hectares de l’ensemble des terres cultivées dans le monde (soit plus de 11 %). Ces végétaux sont cultivés dans 27 pays, et tout particulièrement aux États-Unis, au Brésil, en Argentine, au Canada, en Inde et en Chine.

Sur les 18 millions de propriétés agricoles cultivant des OGM dans le monde, on retrouve plus de 90 % de petites fermes situées dans des pays en voie de développement.

La Russie a interdit la culture des OGM sur son territoire. Pourtant, l’Union céréalière russe y recense 400 000 hectares de plantations d’OGM non contrôlées, dont près de 200 000 de semences de maïs. Selon Dmitri Rylko, directeur général de l’Institut de conjoncture du marché agraire, près de 5 % de l’ensemble du maïs et du soja cultivés en Russie sont transgéniques.

C’est une situation typique pour notre pays – la sévérité de la loi est compensée par le caractère facultatif de son application. Autre illustration remarquable de ce constat : selon la loi russe, on ne devrait pouvoir importer que de la viande d’animaux n’ayant pas été nourris avec des aliments contenant des matières premières génétiquement modifiées. Mais en pratique, le pays ne possède pas de mécanismes de contrôle réel de la viande importée – et on peut faire entrer ce que l’on veut.

Mais passons maintenant au plus important. Pourquoi donc suis-je contre les OGM ? En fait, je considère que toute cette affaire des OGM est un immense scandale. Une vaste campagne de marketing – et parfaitement inutile.

Le monde entier dans tes mains

Les OGM sont un instrument remarquable pour que le marché mondial de la production de fruits et légumes soit repartagé et passe sous le contrôle de grandes corporations. Et principalement d’une seule : le groupe Monsanto.

Voici les trois grands facteurs contribuant à la conquête du monde par les OGM :

  • Les semences génétiquement modifiées perdent leurs caractéristiques dès la deuxième génération. Les replanter n’a aucun sens.
  • Les producteurs de ces semences brevettent leurs inventions et interdisent l’utilisation de leurs graines dans des conditions différentes de celles stipulées aux contrats les unissant aux fermiers. Notamment, le fermier ne peut pas conserver les graines pour l’année suivante ni,

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Julia Breen