Embargo, je t’aime

On s’en souvient comme si c’était hier : le 6 août 2014, Vladimir Poutine a décrété un embargo alimentaire sur les produits européens et américains. Peu de temps après, le rouble commençait de chuter. Les chaînes de télévision ont montré des rayons de supermarchés à moitié vides, et les Russes ont paniqué. Ils ont lancé une razzia sur le sarrasin dans tout le pays et fait leurs courses « pour se préparer à la famine ».

Pourtant, la tempête s’est calmée aussi rapidement qu’elle s’était levée. Le sarrasin victime des spéculations financières est revenu sur les étals. Les Russes, une fois leurs placards remplis de sel et de farine, ont repris leur mode de vie habituel. À l’époque, le psychiatre français Christophe Bagot s’était rendu à Saint-Pétersbourg : « J’y étais, ils se débrouillent très bien sans notre camembert, avait-il écrit, à son retour, dans les pages de L’Obs. Alors que fruits et légumes pourrissent dans des hangars de l’Union européenne, le consommateur pétersbourgeois fait ses emplettes avec sérénité dans des magasins approvisionnés. »

C’est un fait : les Russes ne paniquent plus. Certains se réjouissent, même, comme cet éleveur de chèvres de la région moscovite, Sergueï Balaïev, qui témoignait récemment : « Cette année, j’ai reçu huit millions de roubles de subventions étatiques pour ma ferme, alors qu’avant, […]

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Rusina Shikhatova