Je suis Uber, je suis taxi : je suis Yandex Taxi ?

L’avenir du taxi russe passe dorénavant par Yandex Taxi. Et si celui du taxi français passait par Uber ?


Près d’un mois après la grève des taxis français contre UberPop, le 25 juin, le mot-dièse #JesuisUber ne cesse de revenir régulièrement dans les fils d’actualité.

Belaïa plochad (place Blanche), Moscou. Crédits : Galina Kouznetsova
Taxi moscovites sur Belaïa plochtchad à Moscou. Crédits : Galina Kouznetsova

Les Français auraient ainsi adopté ce service de taxi, ou VTC – pour être plus correct en France –, à en croire les chiffres. Plus de 200 000 citoyens de l’Hexagone auraient commandé en mai un UberPop dans l’une des dix villes françaises où la compagnie est présente, et ils sont près de 120 000 à avoir signé la pétition en faveur de la légalisation de l’application au pays du taxi maudit.

Car oui – le taxi est malaimé en France. La preuve : 58 % des Français ont reconnu avoir une mauvaise opinion de cette profession, selon un sondage Odoxa publié le 28 juin. Pire, les taxis sont boudés, montrés du doigt, critiqués, salis. Et beaucoup de Français avouent sans honte n’avoir jamais fait appel à leurs services.

C’est-à-dire que le taxi demeure, dans la pensée des Français, ce chauffeur mi-grande gueule mi-fayot, malpoli sur les bords et ronchon quand la course n’est pas assez longue. Un service onéreux au compteur assassin à chaque passage à la décimale supérieure.

On comprend dès lors l’étonnement – et le soulagement – avec lesquels la France a accueilli ces fameux « gentils » chauffeurs de chez Uber, qui proposent la course moins chère et vous ouvrent la porte bonbons à la main, dit-on.

L’arrivée de ce service de VTC a bien évidemment bousculé les 55 000 chauffeurs de taxis français, et on ne peut leur reprocher de vouloir protéger leurs positions. Mais n’était-il pas sincèrement temps de donner un grand coup de pied dans la taxilière ?

La Russie n’a pas eu peur de le faire. Les Russes sont de grands consommateurs de taxi. Ils y font tous appel, que le chauffeur soit légal ou clandestin. Habitude qui a créé un véritable marché « parallèle » dans la grande majorité des villes russes.

Le taxi clandestin a, il faut le reconnaître, un côté romantique et aventurier : lever le bras au bord de la chaussée, négocier avec chacune des voitures qui s’arrêtent jusqu’à obtenir le tarif de votre choix, discuter de tout et de rien – car il faut le savoir, le chauffeur clandestin est très bavard –, et promettre enfin de visiter l’été prochain Bichkek ou Douchanbé avant de dire au revoir. Cette pratique, entrée dans les mœurs des Russes comme des étrangers, n’est pourtant pas sans risque, et les récits ne manquent pas d’individus « drogués », qui se sont réveillés « dépouillés » au fin fond de Moscou.

Une situation qui n’arrangeait ni les taxis professionnels, souvent plus chers, ni les autorités nationales, qui ont, depuis le début des années 2000, lancé divers programmes de lutte contre cette pratique. Mais rien n’y faisait. Les bombilo, comme on les surnomme, continuaient à sillonner les rues – et les citoyens à faire appel à eux.

Or, voilà qu’il y a deux-trois ans, le géant russe de l’informatique, Yandex, décide de sortir son propre service de recherche de taxis, en réglant un par un les problèmes du secteur. Les taxis officiels sont trop chers ? Fixons un tarif à la minute capable de rivaliser autant avec les légaux que les illégaux. Les gens veulent une voiture rapidement ? Scannons les alentours à la recherche du véhicule le plus proche et affichons sa progression en temps réel pour les plus impatients. Résultat : en trois ans, le nombre de taxis illégaux a diminué de 70 % dans la capitale russe, selon les données officielles. De nombreux « clandestins » ont été engagés dans les compagnies qui travaillent avec le moteur de recherche, en échange du versement d’une commission de 10 % à Yandex, et font désormais la chasse au bon rating, afin d’obtenir davantage de courses et d’être recrutés par les meilleures sociétés du marché.

Parallèlement, les autorités moscovites ont délivré davantage de licences. Rien qu’en 2014, ce sont 13 000 nouveaux taxis qui ont rejoint les rues encombrées de la capitale, qui possède désormais près de 45 000 chauffeurs, pour une population oscillant autour des 12 millions d’habitants.

Tout comme Uber, débarqué en Russie en 2014, Yandex Taxi ne fait toutefois pas le bonheur de tous. Certains chauffeurs de taxi de Saint-Pétersbourg ont notamment, début juillet, appelé le gouverneur de la région, Gueorgui Poltavtchenko, à interdire les services Uber, GetTaxi et Yandex Taxi, soulignant que le tarif minimal établi par ce « trio » était comparable au prix d’un trajet en transports en commun, soit 49-50 roubles (0,80 euro).

Mais leur demande n’a pour le moment pas abouti. Il faut reconnaître qu’aussi anticoncurrentiel qu’il soit, Yandex Taxi a réussi, en l’espace de deux ou trois ans, là où les pouvoirs publics avaient échoué pendant une décennie. L’avenir du taxi russe passe dorénavant par Yandex Taxi. Et si celui du taxi français passait par Uber ?