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Le livre pour ne pas céder

Par Jean-Claude Galli, Directeur de la rédaction du Courrier de Russie

Durant ses seize ans d’existence, Le Courrier de Russie a ouvert régulièrement – et généreusement – ses pages à la littérature russe sans pour autant lui consacrer un supplément à part entière. Alors pourquoi sauter le pas à présent ? La réponse est simple : l’urgence.

Aujourd’hui, la Russie apparaît comme l’homme malade d’une Europe au moins aussi malade qu’elle, et ses relations avec l’Occident sont comparées à celles de la « guerre froide ». Les conflits en Ukraine, en Syrie, et un nouvel appétit de puissance, sont souvent avancés comme étant les causes de cette situation. Mais peu importe les véritables raisons de la crise actuelle, nous ne sommes pas là pour en juger. Ce qui importe, dans ces moments difficiles, c’est de ne pas confondre les dirigeants avec les peuples, l’intérêt du pouvoir avec les âmes.

Il y a un an de cela, à Paris, ici même, au Salon du Livre, un chef d’État décidait d’ignorer le stand de la Russie – pourtant invitée d’honneur de l’événement – pour protester contre une tentative d’assassinat, attribuée aux services de renseignement de ce pays. Ce faisant, il jetait, dans un même sac d’opprobre, responsables politiques, écrivains et lecteurs.

La mise au ban d’une nation induit inévitablement l’anonymisation des individus. En retour, sous prétexte de se défendre, celle-ci enrégimente, gomme les différences, éteint les lumières qui, çà et là, maintiennent les consciences en éveil. Processus diabolique dont la littérature est, universellement et de tous temps, la victime désignée.

Pourquoi un Courrier de Russie littéraire ? Parce que les écrivains, tout en nous permettant de comprendre les ressorts les plus intimes d’un pays et du monde, nous aident à ne pas oublier, à ne jamais céder sur l’essentiel : l’homme.

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