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L’achèvement du roman moderne

Fiodor Dostoïevski
lu par René Girard

Par Alexis Feertchak, journaliste au Figaro et créateur d’iPhilo

Se sentant infiniment coupable d’avoir frappé son ordonnance, un jeune officier reçoit du ciel un mystérieux appel à devenir moine, alors qu’il devait se battre en duel le lendemain. Le duel a lieu, mais l’officier ne réplique pas à la balle qui le frôle. Ses camarades s’offusquent d’une telle faiblesse, puis s’inclinent quand il leur annonce sa soudaine vocation monastique. Ces péripéties qui marquent la vie du starets Zénob dans Les Frères Karamazov reflètent le caractère excessif des héros dostoïevskiens, un excès déroutant qui plonge le lecteur dans un univers sombre et agité, empreint de mystique et de métaphysique.

Voici qu’un « mystérieux personnage » rend visite à l’officier devenu moine et lui parle du paradis, dont les hommes seraient encore loin d’être dignes. « Personne ne s’estimera satisfait, et tous murmureront, s’envieront, s’extermineront les uns les autres », annonce-t-il, avant d’ajouter : « Chacun aspire à séparer sa personnalité des autres, chacun veut goûter lui-même la plénitude de la vie (…) Tous se sont fractionnés en unités, chacun s’isole dans son trou. » Ces deux sentences prophétiques résument, y compris dans leur contradiction apparente, le discours de Dostoïevski sur l’individualisme des modernes.

« Chez Dostoïevski, l’enfer naît de la distance angoissante à l’intérieur même de l’individu, entre l’impression grisante d’être singulier et celle dégradante de n’être qu’un parmi tant d’autres. »

L’officier fougueux et amoureux,

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