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Vladimir Sorokine

« En Russie, les gens achètent des livres pour se réchauffer »

Dans Manaraga, qui paraît en français à l’occasion du Salon du Livre de Paris, Vladimir Sorokine se penche, pour la deuxième fois après Telluria, sur ce qui peut être l’avenir proche du continent européen. Il en ressort une humanité déshumanisée, un univers sans livres, une absence consentie de pensée. Le Courrier de Russie a rencontré l’écrivain lors de son dernier passage à Moscou.

Propos recueillis par Jean-Claude Galli

Le Courrier de Russie : Sommes-nous voués à vivre dans un monde sans livres ?

Vladimir Sorokine : Je pense que l’espace du livre se réduit comme une peau de chagrin, et qu’il y aura inévitablement de moins en moins de livres papier. Ce qui les attend, ce sont les musées et des éditions spéciales à des prix exorbitants. J’ai vu une marque, dont je ne donnerai pas le nom pour ne pas lui faire de publicité, qui fabrique des chaussures dans le style du XVIIIe siècle. Ce sont des chaussures façon « faites main », stylisées, mais ce n’est pas du travail manuel. Je pense qu’il y aura des livres rétro, c’est-à-dire des éditions réalisées de la même façon que ces chaussures : avec un papier vieilli, ancien, une pseudo-odeur de vieux livre, peut-être même des taches de vin par exemple. Ce sera un des moyens de conserver le livre comme objet. Je ne crois pas que le livre papier disparaîtra complètement, parce qu’on a l’habitude du contact tactile avec lui. Mais il y en aura beaucoup moins, c’est certain.

LCDR : Un monde sans livres,

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