Le Courrier de Russie

La république de Donetsk propose de créer un nouvel Etat : Malorossiya

Mardi 18 juillet, le dirigeant de la république autoproclamée de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko, a annoncé la création d’un nouvel Etat, Malorossiya, « héritier de l’Ukraine », afin de mettre fin à la guerre.

Alexandre Zakhartchenko lors d’une cérémonie en hommage aux soldats de Donetsk qui ont péri durant la Seconde Guerre mondiale à Donetsk. Crédits : Marko Djurica/Reuters

« Nous estimons que l’Etat d’Ukraine, dans la forme qu’il était [avant Maïdan], ne permet pas le rétablissement du pays. Nous, représentants des régions de l’ancienne Ukraine, à l’exception de la Crimée, annonçons la constitution d’un nouvel Etat qui deviendra l’héritier de l’Ukraine. Nous nous sommes mis d’accord sur son nom, Malorossiya (« Petite Russie »), dans la mesure où le nom d’Ukraine s’est discrédité », a déclaré Alexandre Zakhartchenko, devant les journalistes.

La capitale de ce « nouvel Etat » sera Donetsk, a précisé le dirigeant, alors que Kiev « restera le centre culturo-historique » du pays. « Le drapeau de la Malorossiya sera celui de Bogdan Khmelnitsky [chef militaire des Cosaques qui a rattaché le territoire ukrainien à la Russie au XVIIe siècle]. Nous estimons que la république populaire de Donetsk, avec la république populaire de Lougansk, sans compter la Crimée, sont les uniques territoires d’Ukraine, où un pouvoir légitime a été conservé », a-t-il dit, soulignant que les autorités des régions séparatistes du Donbass ne reconnaissaient pas le « coup d’Etat » de février 2014 à Kiev.

Drapeau de Bogdan Khmelnitsky. Crédits : Wikimedia

Selon Alexandre Zakhartchenko, la formation de ce nouvel Etat permettra de mettre fin à une guerre qui dure depuis 2014. « Nous proposons un nouveau plan, un plan de réintégration du pays. Nous proposons à tous les habitants d’Ukraine de sortir de la guerre à travers un processus de reconstitution de l’Etat. C’est une sortie de crise pacifique », est-il persuadé.

La mise en place de ce nouvel Etat devra remplir un certain nombre de conditions, a expliqué l’homme, sans trop aller dans les détails. Il a notamment parlé de l’instauration d’un état d’urgence de trois ans dans le pays afin d’éviter que le « chaos ne s’installe ». Pendant cette période, l’activité des partis politiques sera interdite et des enquêtes devront être ouvertes sur « les crimes commis à Odessa, sur la place Maïdan et au Donbass ». Autre grande condition, la réalisation de ce projet ne pourra se faire qu’avec le soutien des habitants d’Ukraine et de la communauté internationale. Zakhartchenko a pour sa part assuré avoir reçu le soutien des représentants du pouvoir et du monde des affaires de 19 régions.

« C’est notre première et dernière proposition », a conclu le dirigeant, laissant entendre que les accords de Minsk piétinent et qu’aucun projet de rattachement de la région séparatiste à la Russie n’est envisagé dans les hautes sphères.

La constitution, en cours de préparation, sera enfin soumise à un référendum public, a indiqué pour sa part Alexandre Timofeev, ministre des revenus et des impôts de la république de Donetsk. La rédaction du texte devra toutefois s’appuyer sur certains grands principes, tels que la « reconnaissance du choix de la Crimée », le « maintien des valeurs traditionnelles de nos peuples basées sur l’orthodoxie », l' »adhésion à l’association des Etats de Russie et Biélorussie », la « conservation du régime sans-visa avec l’Union européenne » (si Bruxelles le veut), l’interdiction « des OGM« , le « refus d’augmenter l’âge de départ à la retraite », la « garantie du premier travail pour les jeunes diplômés », l’autorisation du port d’arme », la « pénalisation de la promotion des idées néonazies », la « réhabilitation de l’héritage soviétique » et l’instauration de « la Victoire du 9 mai comme fête nationale ».

L’attaché de presse du président ukrainien, Sviatoslav Tsegolko, a réagi à l’annonce de la création de la Malorossiya, en rappelant que le projet précédent, Novorossiya, « avait déjà été enterré » et répétant que la politique de Kiev vise à « rétablir la souveraineté nationale au Donbass ».

Pus tard dans la matinée, le président du Conseil populaire de la république voisine de Lougansk, Vladimir Degtiarenko, a quant à lui paru surpris d’entendre cette annonce, assurant que les députés de cette région séparatiste n’avaient pas pris part au projet de la Malorossiya.

Malorossiya, littéralement la Petite Russie, est le nom historique en usage sous l’Empire russe d’une partie de l’actuelle Ukraine jusqu’à la fin du XVIIe siècle.