Kiev planifie une « réintégration pacifique » du Donbass

Le plan de réintégration des territoires des républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk, rédigé par l’administration du président Petro Porochenko, comporte deux grands volets.


Kiev envisage de mettre fin à son « opération antiterroriste » dans le sud-est de l’Ukraine, au profit d’une « réintégration pacifique » du Donbass, indique le quotidien Kommersant, lundi 19 juin, citant des sources haut placées.

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Le président ukrainien Petro Porochenko lors d’une visite de travail dans le Donbass, le 14 juin dernier. Crédits : president.gov.ua

Le plan de réintégration des territoires des républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk (DNR-LNR), rédigé par l’administration du président Petro Porochenko, comporte deux grands volets.

Le premier, à en croire les informateurs de Kommersant au Parlement ukrainien (Rada), vise à rétablir le contact avec les régions rebelles afin d’amorcer leur retour dans le giron de Kiev. Pour ce faire, le gouvernement aurait mis en place une série d’« aides et préférences étatiques » spécifiques. La source du quotidien russe cite notamment la simplification de l’obtention des retraites pour les habitants de DNR et LNR et le rétablissement des échanges commerciaux entre ces régions et le reste de l’Ukraine.

« Le président veut ainsi prouver à l’Occident et aux habitants des régions rebelles la bonne volonté de Kiev, commente, sous couvert de l’anonymat, un député du parti Bloc de Petro Porochenko. Il ne perd pas espoir de rendre l’Ukraine attractive aux yeux des habitants du Donbass et veut montrer que son passeport, qui permet de se rendre en Europe sans visa [depuis dimanche 11 juin 2017, ndlr], vaut mieux que celui de la DNR. »

Loi martiale

Le deuxième volet du plan prévoit la fin de l’opération antiterroriste (ATO), en vigueur depuis avril 2014 dans tout le Sud-Est ukrainien, au profit de la mise en place de la loi martiale seulement le long de la ligne de front. Si la liste des villes concernées n’a pas encore été établie, indique un informateur de Kommersant proche de l’administration présidentielle, elle devrait comprendre des localités, telles Marioupol, Kramatorsk, Slaviansk, Avdiïvka et Marïnka.

Ce dernier précise que la mesure ne contredit en rien ni la volonté de réintégrer ces régions, ni les accords de Minsk. « La mise en place de la loi martiale ne signifie absolument pas que l’Ukraine penche pour le scénario militaire. Le but est simplement de faire passer de la Sécurité intérieure à l’armée la gestion des villes situées sur le front, afin, s’il le fallait, de pouvoir réagir plus efficacement en matière de défense et d’évacuation », insiste la source du quotidien russe.

Kiev – Washington – Hambourg

Selon les informateurs de Kommersant, ce projet de loi de réintégration pourrait être proposé au parlement dans le courant de la semaine du 19 au 23 juin, alors que le président Porochenko s’est envolé lundi 19 pour les États-Unis.

Selon les mêmes sources haut placées, ce regain d’intérêt de Kiev pour le Donbass s’explique d’ailleurs, avant tout, par la conjoncture internationale. Suite à la visite de Petro Porochenko à Washington, le président américain Donald Trump doit rencontrer Vladimir Poutine en juillet, lors du sommet du G20 à Hambourg. Et Kiev tient à « montrer qu’il est un acteur clé, intéressé à une résolution rapide des problèmes », cite Kommersant.

Or, prévient avec certitude Leonid Kojara, ex-ministre des affaires étrangères ukrainien, la politique de Kiev, ici, n’est pas d’entreprendre de « réelles tentatives de réintégrer pacifiquement le Donbass » mais de faire « semblant ».