Russe interdit : en Ukraine, un projet de loi contre l’usage du russe dans le domaine public

Le parlement ukrainien examine actuellement un projet de loi assimilant le fait de vouloir une Ukraine multilingue à une tentative de coup d’État. Et ce dans un pays dont au moins un tiers des habitants déclare avoir le russe pour langue maternelle. Pourquoi Kiev s’acharne-t-elle à réduire l’emploi du russe au strict cadre familial ? Iouri Tkatchev, journaliste d’Odessa, a tenté de comprendre. On trouvera difficilement, dans la politique ukrainienne, un sujet plus scandaleux, plus douloureux et à la fois plus juteux que la célèbre question linguistique. Le thème a commencé à déchaîner les passions dès l’année 1993, quand Leonid Kravtchouk, alors seulement candidat à la présidence, a adressé son discours devenu légendaire « Aux compatriotes russes » : il y promettait qu’« une ukrainisation forcée des Russes ne sera[it] en aucun cas admise » dans la future Ukraine indépendante.À noter, c’est d’ailleurs quasiment le dernier document où les citoyens russes d’Ukraine sont appelés par leur nom. Par la suite, la rhétorique officielle a opté pour la formule « Ukrainiens russophones », proclamée plus « politiquement correcte ».

L’ukrainisation, de Kravtchouk à Ianoukovitch

Comme souvent en politique ukrainienne, ces promesses de Kravtchouk sont restées des promesses. En pratique, dès les premiers jours de son existence, le nouvel État ukrainien a entamé une politique d’éviction progressive du russe hors de la sphère publique.Les autorités ont d’abord réduit le nombre d’établissements primaires et secondaires proposant un apprentissage en langue russe, et l’ukrainien est devenu la seule langue autorisée dans le supérieur.Toutefois, la sévérité de ces lois était compensée par la lâcheté de leur application, et l’« ukrainisation rampante » n’a donc pendant longtemps soulevé quasiment aucune protestation dans la société.Ce jusqu’en 2004-2005, quand la bataille linguistique a repris avec une force nouvelle. En cause : l' élection à la présidence ukrainienne, qui voyait s’affronter le candidat « prorusse » Ianoukovitch et le « pro-occidental » Viktor Iouchtchenko. Le Parti des régions du premier a soulevé la question linguistique afin de mobiliser son électorat, en brandissant, à destination des citoyens russes d’Ukraine, la menace des persécutions qu’ils subiraient dans le cas d’une victoire de Iouchtchenko.

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Traduit par Julia Breen

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