Donetsk du dedans

À Donetsk, l’incertitude règne. La ville, entièrement russophone, qui a massivement voté en 2014 son rattachement à la Russie, attend aujourd’hui patiemment son sort, qui se décide entre Moscou et Washington. La Russie, éprouvée par les sanctions et cherchant à renouer avec l’Occident, s’est dit prête à réduire son soutien à la région rebelle. Donetsk, qui continue d’être frappée par l’armée ukrainienne, n’imagine pas revenir dans le giron de Kiev. La journaliste russe Tatiana Chabaïeva s’est rendue dans la ville assiégée, à la rencontre de ses habitants. Reportage.

Il fait froid, le jour où j’arrive à Donetsk. Alors que la température oscille entre -20 et -16°C, les appuis de fenêtres sont recouverts de glace ; les chauffages ne sont pas assez chauds pour la faire fondre. À première vue, la ville a l’air tout à fait ordinaire. Les théâtres et les musées sont ouverts. Des gens se promènent, dont beaucoup de jeunes femmes avec des enfants. Les rues sont propres, la place Lénine est décorée d’un grand sapin de Noël. On n’entend aucune détonation.

Au cours des six jours que je vais passer dans la ville, je n’aurai pas beaucoup d’efforts à faire pour avoir l’impression que tout va bien. Donetsk fait tout pour reprendre son aplomb, sauver les apparences. Et elle s’en sort assez bien : les gens d’ici n’ont pas l’habitude de se plaindre.

Des gens et des livres

À la bibliothèque régionale pour enfants Kirov, un bâtiment très beau mais froid, malgré le chauffage, nous rencontrons la directrice, Valentina Viazova. Elle nous assure que l’établissement ne manque de rien en matière littéraire – si ce n’est d’ouvrages contemporains. Elle souligne qu’aucune des bibliothèques pour enfants de la république populaire de Donetsk (RPD) n’a fermé, malgré toutes les difficultés, précisant, non sans une pointe de fierté : « 60 % de nos livres sont en russe. »

Imaginez : la principale bibliothèque pour enfants d’une ville entièrement russophone, et à peine plus de la moitié des ouvrages en russe ?! Incroyable, non ? Et pourtant, cela n’a rien d’étonnant, sachant que, pendant un quart de siècle, la bibliothèque a été fournie en littérature ukrainienne uniquement. On constate la même chose à Sébastopol, aussi totalement russophone. C’est quoi, l’ukrainisation ? Eh bien, c’est précisément ça.

Au bout d’une demi-heure de discussion, plus à l’aise, Valentina Viazova se permet un regret : « Nos retraites sont d’à peine 2 100 roubles [24,5 euros au 27/01/16, ndlr] alors que les prix ont bondi. Rien que le sucre coûte trois fois plus cher… »

La directrice de la bibliothèque préfère ne pas parler de l’avenir du Donbass : « Avant, nous débattions encore de qui soutenait qui, mais, désormais, la vie se résume à essayer de ne pas se faire tirer dessus. » Le célèbre proverbe Pourvu qu’il n’y ait pas la guerre… revient sans cesse dans ses propos. Pourtant, quand j’évoque l’« option transnistrienne » [1], elle assène un : « Ce serait terrible ! »

– Pourquoi donc ?
– Parce qu’on n’y comprend rien.

J’entendrai maintes fois encore des réactions similaires, de ce serait terrible à ce serait fâcheux : l’« option transnistrienne ne séduit manifestement personne à Donetsk. « Il m’arrive d’aller à Kiev, confie la directrice. J’y ai des collègues. Avant, ils suivaient la situation de près, mais maintenant… » Maintenant, quoi ? « Ils pensent que nous sommes otages de la situation », répond-elle doucement.

« Ah, un lecteur ! », s’exclame-t-elle avec un sourire, indiquant un garçon vêtu d’un gros pull et coiffé d’un bonnet, en train de consulter un livre. A-t-il froid ? Ce beau bâtiment stalinien aux plafonds élevés – véritable palais de la lecture – est-il si mal chauffé ? « Il n’est pas très bien chauffé, […]

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Traduit par Maïlis Destrée

Dernières nouvelles de la Russie

Société

Les supporters, un défi pour les commerces et les restaurants de Moscou

Avec l’arrivée des fans de foot étrangers, les établissements du centre de Moscou sont l’objet de tournées d’inspection du Rospotrebnadzor, l’agence fédérale des services sanitaires. L’afflux extraordinaire de touristes entraîne un manque d’effectifs et des difficultés dans l’approvisionnement des restaurants, tandis que les supporters ont le plus grand mal à se faire comprendre du personnel russe. Malgré tout, restaurants, boutiques de souvenirs et magasins d’alimentation gagnent des sommes rondelettes. Nikita Kamitdinov, journaliste pour la revue d’affaires Inc., a interrogé les commerçants du centre-ville sur les difficultés occasionnées par ce déferlement de touristes. Le centre de Moscou, en particulier la rue Nikolskaïa, est saisie par la fièvre footballistique. On y entend à chaque instant des cris dans différentes langues (surtout en espagnol), de la musique et des conversations en mauvais anglais. Malgré la barrière linguistique, les supporters venus des quatre coins du monde n’hésitent pas à fraterniser et à se prendre en photo. Leurs clichés inondent les réseaux sociaux depuis plus deux semaines maintenant. Un Mexicain portant une petite queue de cheval et une épaisse barbe soigneusement entretenue tient dans sa main une bière « Tri Medvedia » [Les Trois Ours]. Il en boit une gorgée, regarde attentivement la bouteille et la photographie avec son téléphone. La bière étant le principal attribut des supporters, les patrons de tous les établissements de restauration se creusent les méninges pour en tirer le plus d’argent possible. « Dans leur enthousiasme, les supporters sont capables de causer des dégâts partout, et pas seulement dans les cafés et les restaurants. » La chaîne de restauration rapide KFC sert, par exemple, de la bière pression directement sur sa terrasse. Aujourd’hui, la queue, qui compte déjà une vingtaine de personnes, ne fait que s’allonger. Une pinte coûte 142 roubles (1,94 euro). « C’est gratuit, non ? Alors, qui en veut ? J’en achète trois ! » propose un homme portant un immense drapeau de la Russie. Des jeunes filles refusent en souriant l’offre généreuse. Les tables de la petite terrasse du restaurant Teremok sont jonchées de gobelets de bière en plastique. Pas de nourriture. Bien que les supporters aient déjà réussi à casser deux tables et à voler un pot de fleurs, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

3 juillet 2018
International

Alexandre Grouchko : « L’élargissement de l’OTAN est un conflit par procuration avec la Russie »

La Russie est prête à dialoguer avec l’Organisation de l’Alliance atlantique (OTAN) mais pas au détriment de ses intérêts nationaux, affirme Alexandre Grouchko, vice-ministre russe des Affaires étrangères, dans une interview aux Izvestia. Jusqu’au 22 janvier 2018, M. Grouchko était le représentant permanent de la Russie auprès de l’OTAN, une fonction restée vacante depuis. Manifestement, Moscou n’est pas pressée de le remplacer… La Russie est souvent accusée de violer l’espace aérien des pays baltes et des autres États membres de l’OTAN. Moscou a proposé à plusieurs reprises de réduire ce risque. Peut-on observer des avancées dans ce domaine ? Alexandre Grouchko : Oui et non. D’une part, à l’initiative de la Russie, un groupe de travail pour la sécurité aérienne au-dessus de la Baltique a été créé. Cela prouve qu’un dialogue dépolitisé, calme et professionnel, peut aider à la résolution de questions liées à la sécurité. Ce groupe a élaboré des recommandations relatives aux vols militaires et civils en fonction des normes en vigueur dans le cadre de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Un nouvel itinéraire a ainsi été établi, utilisé par l’aviation militaire russe. Pour ces vols, nous utilisons des transpondeurs [balises, ndlr] et fournissons des plans de vol. Autrement dit, nous respectons les normes de l’aviation civile puisque cet itinéraire est reconnu par l’OACI et enregistré dans tous les ordinateurs de contrôle. « Les canaux de communication militaire sont complètement coupés » Rien n’a changé, en revanche, dans le domaine de la coopération et de la prévention des incidents entre appareils militaires, qu’il s’agisse d’avions ou de navires. Nous avons formulé différentes propositions, nous sommes notamment prêts à engager des consultations avec tous les pays qui mènent des opérations dans la Baltique, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

4 juin 2018
Culture

Professeur de ballet russe au Rwanda

Larissa Tretiakova vit depuis quatorze ans au Rwanda, où elle enseigne le ballet à des enfants dans la seule école de danse classique du pays. Au Rwanda, l’art classique est parfaitement inconnu et inhabituel. Mais l’amour des pointes et de la musique de Tchaïkovski efface toutes les frontières. Reportage de Takie Dela. En 2003, le mari de Larissa, ingénieur, part travailler au Rwanda pour une grande multinationale. Larissa reste en Russie avec leur fils de trois ans, le temps de voir si une vie au Rwanda est envisageable pour la petite famille. Larissa se souvient de n’avoir eu aucune appréhension. Enfant, déjà, elle était fascinée par l’Afrique. Bientôt, elle part rejoindre son mari avec leur fils. Sur place, l’image qu’elle s’était faite du pays est comme chassée par le vent. Sa première idée est de prendre son enfant et de retourner en Russie. Le Rwanda, frappé en 1994 par une guerre civile et un génocide de cent jours durant lesquels près d’un million de civils furent massacrés, ne s’est pas encore relevé de ses ruines. Les Tretiakov décident finalement de rester au moins six mois, le temps de trouver leurs marques. Un rythme de vie aux antipodes de l’agitation moscovite La première année, ils vivent pratiquement sans électricité. Il leur est donc impossible de conserver de la nourriture chez eux. Chaque matin, Larissa va faire les courses. Quand l’électricité apparaît enfin, les problèmes d’eau commencent. Les Tretiakov collectent l’eau de pluie dans des bassines pour laver le sol et évacuer les eaux souillées. Le couple songe alors sérieusement à partir. Mais un an passe. Puis deux. Ensuite, Larissa donne naissance à une fille, et leur fils entre à l’école. Le couple vit aujourd’hui en Afrique depuis quatorze ans. Mais l’idée de rentrer en Russie « quand les enfants auront terminé leurs études » ne les a toujours pas quittés. Pendant toutes ces années, la vie au Rwanda, en particulier à Kigali, la capitale, a fortement changé. Le pays se bâtit sous leurs yeux. Des routes de qualité apparaissent, ainsi qu’une multitude de nouveaux bâtiments, des magasins, des hôpitaux… Un cinéma a récemment ouvert ses portes. Bien qu’il reste encore énormément d’habitants pauvres et de quartiers défavorisés, le Rwanda est aujourd’hui le pays le plus propre et le plus tranquille d’Afrique, affirme Larissa. Surtout si on le compare au Congo voisin, où tous les bas-côtés sont ensevelis sous les ordures. « Au Rwanda, arriver à un rendez-vous avec quinze minutes de retard, c’est se dépêcher. » Le Rwanda est un pays montagneux, à la une végétation luxuriante et au climat agréable : les températures oscillent entre +15 et +32°C. On y trouve des bosquets d’eucalyptus, des massifs montagneux recouverts de forêts et le célèbre lac Kivu. Quarante variétés de bananes poussent dans le pays et servent à fabriquer toutes sortes de choses, de l’alcool aux bijoux. La lenteur du rythme de vie se ressent particulièrement après l’agitation de Moscou et de Saint-Pétersbourg, où tout le monde court en permanence. Au Rwanda, arriver à un rendez-vous avec quinze minutes de retard, c’est se dépêcher. « Quand je vais en Russie, je fais toujours des gaffes les premiers jours, commente Larissa en riant. Pendant que je laisse passer tout le monde devant moi, le bus s’en va. Au Rwanda, on perd vite l’habitude de se bousculer et de se presser. » Les habitants sont bienveillants. Dans la rue, il arrive qu’en entendant les Tretiakov parler russe, des Rwandais ayant étudié en Union soviétique s’approchent d’eux et se présentent. De l’aneth chez le fleuriste Au début, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

18 mai 2018