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Le président du Sénat Gérard Larcher à Moscou en soutien aux accords de Minsk

Le président du Sénat Gérard Larcher à Moscou en soutien aux accords de Minsk

Les 25 et 26 février, le président du Sénat français Gérard Larcher (UMP), accompagné d’une délégation de parlementaires français, a rencontré à Moscou les dirigeants russes, dont Vladimir Poutine. Dans ses valises, une offre : le soutien des parlementaires européens pour la mise en place des accords de Minsk.

La démarche du président du Sénat, accompagné des deux autres sénateurs français Gérard Longuet (UMP), élu récemment à la tête du groupe d’amitié franco-russe, et Jean-Yves Leconte (PS), sénateur représentant des Français établis hors de France, s’inscrit dans une volonté d’aider les deux parties à mettre en place une « décentralisation approfondie » du Sud-Est de l’Ukraine, clause intégrante des accords de Minsk signés le 12 février dans la capitale biélorusse pour régler le conflit en Ukraine.

Lors de la signature du document par les leaders russe, ukrainien, français et allemand, Moscou avait ainsi concédé à abandonner l’exigence de « fédéralisation » du territoire ukrainien en échange d’un certain degré d’influence dans le Sud-Est du pays. De son côté, Kiev s’engageait à réformer sa constitution en vue d’accorder plus d’autonomie à la région du Donbass. « C’est dans le texte de Minsk, et le président Poutine me l’a confirmé : il s’est rangé à la proposition de Mme Merkel et de M. Hollande », a assuré M. Larcher à l’issue de sa rencontre avec le président, lors d’un point presse à la résidence de France à Moscou, le 26 février.

Pour le président du Sénat, les parlementaires français sont particulièrement légitimes dans ce rôle « d’accompagnement », du fait de leur expertise en termes de décentralisation. « La France dispose en son sein de communautés territoriales, qui ne remettent pas en cause l’unité de la république » a-t-il expliqué, ajoutant qu’il n’excluait pas la participation d’autres parlements, notamment de pays de l’UE, au processus de paix.

Le responsable français a ainsi prévu de rencontrer à ce propos son homologue allemand, dès jeudi prochain, à Berlin. « Mon sentiment est qu’il ne faut pas tarder », a martelé M. Larcher, qui souhaite mettre rapidement sur pied une commission d’experts pour accompagner le processus de paix.

Lors de son entretien avec le ministre russe des affaires étrangère Sergueï Lavrov, le président du Sénat français a insisté sur le déploiement de forces de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) en Ukraine dans le cadre du cessez-le-feu entré en vigueur le 15 février. Il souhaite à ce propos réunir « dès la semaine prochaine » l’assemblée parlementaire de l’OSCE, composée de 320 représentants issus de 56 pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord.

M. Larcher a également abordé la question de la libération de la pilote ukrainienne Nadejda Savtchenko au cours de son tête-à-tête avec le chef de la diplomatie russe, mais n’a obtenu aucune garantie quant au sort de la jeune femme. Détenue depuis le mois de juillet en Russie, Nadejda Savtchenko est accusée par Moscou d’avoir tué deux journalistes russes dans le Sud-Est de l’Ukraine. À l’issue des accords de Minsk, Petro Porochenko avait obtenu la libération de la pilote, en grève de la faim depuis plus de deux mois. Mardi 25 février, le Tribunal de Moscou a pourtant prolongé sa détention jusqu’au 13 mai. Le président du Sénat français a par ailleurs fait savoir qu’à aucun moment, il n’avait abordé avec les dirigeants russes la question des Mistral, ces deux navires de guerre dont la France a momentanément suspendu la livraison à la Russie à cause du conflit dans le Sud-Est de l’Ukraine.

Le président du Sénat a enfin longuement rencontré la communauté d’affaires française. Conscient de l’importance des investissements français en Russie, Gérard Larcher s’est dit ravi de constater que les Français établis en Russie n’étaient pas « dans une dynamique de fuite ». « Au contraire, des projets sont en cours, à l’image de l’agrandissement du lycée français de Moscou » s’est-il réjoui.

M. Larcher a été invité par la présidente du Conseil de la fédération Valentina Matvienko et avait ainsi choisi Moscou, il y a déjà plusieurs mois, comme première destination hors Union européenne depuis son élection en octobre 2014.

« J’ai été accueilli de façon très agréable, sans aucune agressivité » a constaté le responsable français cette fois-ci, soulignant qu’il était resté tout à fait en phase avec les accords de Minsk. « Ma voix ne discorde en rien d’avec la position de la France » a-t-il précisé, alors que le voyage d’une délégation de quatre parlementaires français à Damas pour rencontrer le président syrien Bachar-al-Assad a récemment fâché l’Élysée. Une initiative que M. Larcher a cependant refusé de condamner : « Cela relève de la liberté des parlementaires » a-t-il déclaré.

La visite du président du Sénat français intervient dans le contexte d’une accalmie des combats dans le Sud-Est de l’Ukraine, où les insurgés et l’armée ukrainienne ont commencé à retirer leurs armes lourdes. M. Larcher s’est réjoui de ces avancées, mettant tout de même en garde contre l’ouverture d’un nouveau front vers Marioupol, grande ville portuaire sur les bords de la mer d’Azov. « Tout mouvement des insurgés vers le port de Marioupol constituerait une ligne rouge et engendrerait la rupture immédiate des accords » a-t-il prévenu.