Le Donbass vécu et raconté par l’écrivain Zakhar Prilepine

Zakhar Prilepine a passé quelques jours dans le Donbass, au mois de septembre dernier. L’auteur russe, connu notamment pour ses écrits sur le mouvement des Nazbols en Russie et sur son expérience de la guerre en Tchétchénie, a livré chaque jour ses impressions à chaud sur sa page Facebook. Le Courrier de Russie en a réuni les passages les plus marquants.

20 septembre

Hier soir, je suis sorti de voiture dans le centre de Donetsk, près d’un café se tenaient trois miliciens tchétchènes.Je les ai salués de la main.Je porte un jean noir, un bonnet torsadé noir, un blouson noir.J’ai traversé la rue en fumant. À peine une minute après, mes amis tchétchènes accourent – fusils automatiques plus qu’il n’en faut, l’un a dans les mains un Makarov [pistolet semi-automatique, ndlr], ils les brandissent.Je me suis approché d’eux, j’ai donné mes papiers. Ils étaient d’une humeur extrêmement suspicieuse, pour ne pas dire pire. « Viens avec nous. » J’ai eu envie de dire : « Allez, les gars, ça va, moi aussi, j’étais à Grozny ». Et puis, j’ai pensé : …peut-être qu’il ne vaut mieux pas ? [L’auteur, ancien commandant dans le service des OMON, a pris part à des combats en Tchétchénie entre 1996 et 1999 et en a tiré un livre, Pathologies, ndlr].Dans le café sont installés six journalistes, l’un m’a reconnu, ils se lèvent tous : « Oh, Zakhar ! » - bref, un enthousiasme retentissant.Le Tchétchène : Quoi - vous le connaissez ?Eux : Mais oui, nous le connaissons tous.Ils m'ont rendu mon passeport, et une minute plus tard, le plus âgé revient, très amical : « Et laissez-nous votre numéro, on voudrait être amis avec vous. »***Les Tchétchènes, ici, ont pour habitude, la nuit, de s’en aller quelque part avec seulement des couteaux. Au matin, ils reviennent avec des fusils.***Mais, remarque importante : ici, les gens confondent parfois les Tchétchènes et les Ossètes – il y en a beaucoup.Hier, je demande à un Ossète :- Pourquoi vous êtes là ?- Comment ça pour quoi ? Il se passera la même chose chez nous, si on n’arrête pas ça ici.

21 septembre

On me demande souvent d’écrire sur les habitants locaux.J'écris.À Donetsk, à la place de « avant » ou de « l’année dernière », on dit désormais : « avant la guerre ». Le monde avant, et le monde après.Sur le marché, une grand-mère raconte, comme une chose déjà habituelle, qu’avant-hier, il y a eu des bombardements et qu’une Alevtina Petrovna a été tuée, et quelqu'un encore a été blessé. On s’échange les nouvelles.Dans les magasins, les prix sont très bas. Un taxi en ville coûte 60 roubles. Le transport en commun fonctionne dans la ville.Aujourd’hui, Donetsk a été très durement bombardée. Mais dans le centre, les tramways roulent – à demi vides.Les chauffeurs de taxi portent souvent le ruban de Saint-Georges (et personne ne les a obligés à accrocher des rubans quand même, si ?)Le rapport aux Russes, dans l’ensemble, est cordial. Aucun signe d’admiration – simplement de l’amitié et de l’espoir.Je n’ai pas vu une seule fois de miliciens ivres,

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Julia Breen

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