La Russie pourra-t-elle contrer la menace de l’OTAN ?

L’OTAN n’a pas exclu de recourir à la force pour faire reculer la Russie en Ukraine. Dans dans quelle mesure l’OTAN représente un réel danger pour la Russie?


Le 2 mars dernier, le secrétaire d’État américain John Kerry n’a « pas exclu » la possibilité d’un recours à la force pour contraindre la Russie à reculer en Ukraine. Le chercheur russe Alexandre Khramtchikhine se demande, pour la revue Russkaïa Planeta, dans quelle mesure l’OTAN représente un réel danger pour la Russie, alors que l’Ukraine a déclaré aujourd’hui même vouloir adhérer à l’Alliance nord-atlantique.

Les soldats de l’OTAN à Odessa, en l’an 2000, en exercice militaire
Les soldats de l’OTAN à Odessa, en l’an 2000, en exercice militaire http://globalnews.ca

Si les forces armées russes se sont significativement réduites depuis la fin de la Guerre froide, les troupes de l’OTAN ont subi des processus en tous points identiques. L’Europe est depuis plus de vingt ans le théâtre d’une « course au désarmement ». De très nombreuses armées de l’OTAN se sont réduites à des dimensions purement symboliques, au point de perdre toute capacité de combat.

Les Européens réduisent en premier lieu leur quantité de chars – qui étaient, sont et resteront la principale force de frappe d’une armée. Rappelons-nous qu’au cours des deux guerres d’Irak, les États-Unis n’ont pu s’en tirer sans recourir à leurs « Abrams » par centaines.

Toutefois, début 2013, les derniers Abrams ont quitté l’Europe pour les USA, qui regroupent aujourd’hui 75 % de toute la puissance militaire de l’OTAN.

Les Européens ne sont pas prêts à la guerre

Par ailleurs, les sociétés européennes ne sont pas prêtes à mener des guerres supposant des pertes humaines et matérielles significatives. Ce rejet absolu s’est manifesté de façon criante en Afghanistan, où les États européens ont envoyé des contingents parfaitement insignifiants. Les exemples de la faiblesse de l’esprit combatif des militaires européens pourraient emplir plusieurs pages – mais on n’observe, en revanche, aucun exemple de leur héroïsme.

Beaucoup de Russes pensent que les guerres que mène l’OTAN sont une preuve de son agressivité. Mais un regard objectif révèle que tous les conflits récents auxquels a pris part l’Alliance nord-atlantique témoignent plutôt de son incapacité.

Lors de l’agression contre la Yougoslavie en 1999, l’OTAN possédait un écrasant avantage sur l’adversaire. Contre les moins de 100 chasseurs de l’armée yougoslave (dont 85 % de MiG-21 de deuxième génération), l’Alliance nord-atlantique a envoyé 600 avions militaires de quatrième génération. La défense aérienne terrestre yougoslave était constituée de complexes de missiles sol-air datant des années 1960-70. En face, les troupes de l’OTAN possédaient des armes de haute précision et les supports de combat les plus contemporains. Pour autant, même en dévastant l’infrastructure de la Serbie, l’aviation de l’OTAN n’a infligé pratiquement aucune perte à ses troupes terrestres. Milosevic aurait pu poursuivre la guerre, et sa capitulation ne peut pas être interprétée autrement qu’un acte de trahison.

En outre, il faut souligner ici un aspect essentiel. L’OTAN surpassait de très loin la Serbie sur les plans économique autant que militaire. Et l’Alliance n’a accusé presque aucune perte au combat. Et pourtant, le coût de cette guerre pour l’OTAN s’est avéré presque aussi élevé que le dommage infligé par l’Alliance à la Serbie.

Un autre épisode, situé à la fin de la guerre, est aussi d’une importance cruciale. Il s’agit de l’occupation, par un bataillon de parachutistes de la Fédération de Russie d’un site stratégique clé du Kosovo : la base aérienne de Slatina, sur l’aéroport de Pristina. Il est évident que si les membres de l’OTAN avaient voulu alors employer la force, les parachutistes n’auraient pas eu la moindre chance, vu le déséquilibre criant entre les potentiels militaires des parties. Mais employer la force contre des ressortissants de la Fédération de Russie était impossible – précisément parce que c’étaient des ressortissants de la Fédération de Russie. Cela constitue probablement la conclusion la plus importante à tirer, pour nous, de la guerre de Yougoslavie et de notre participation au conflit.

Les forces géorgiennes - Mzia Saganelidze
Les forces géorgiennes – Mzia Saganelidze

Comment l’OTAN a « balancé » la Géorgie

Non moins significative fut la non-participation de l’OTAN à la géorgienne de 2008. On sait que les dirigeants géorgiens faisaient preuve d’un activisme exceptionnel en matière d’intégration à l’OTAN, l’organisation fournissant en retour à l’armée du pays un soutien organisationnel, consultatif et matériel.

Entre 2004 et 2008, il aurait été difficile de trouver, hors des limites de l’Alliance, un État plus loyal à l’OTAN que la Géorgie. Lors du référendum de janvier 2008, les trois quarts de la population géorgienne ont voté pour l’entrée de leur pays dans l’OTAN. Ce à quoi Bruxelles et Washington ont répondu de concert que la Géorgie rejoindrait immanquablement l’organisation, et ce dans les plus brefs délais.

Toutefois, lors de la guerre elle-même, et tout en soutenant totalement la Géorgie en paroles, l’OTAN n’a pas fourni au pays le plus infime soutien pratique. Et après le conflit, l’Alliance non seulement n’a pas accueilli la Géorgie en son sein, mais elle a encore introduit un embargo, tacite mais très strict, sur la livraison à la Géorgie d’armements défensifs autant qu’offensifs.

Après les événements de Géorgie, tout le monde a pris clairement conscience de la façon dont l’Alliance traite ses alliés : elle les « balance » dès que ceux-ci se retrouvent dans une situation critique.

En Libye. Au final, ils ont pour leur majorité carrément ils avaient épuisé leurs munitions.

Deux ou trois mois de plus, et il serait arrivé exactement la même chose à la Grande-Bretagne et à la France (ça a été admis ouvertement après la fin de la guerre). Raison pour laquelle Paris et Londres ont dû se lancer d’urgence dans une opération spéciale de rachat d’un certain nombre de chefs de tribus qui combattaient dans le camp de Kadhafi. On a le droit de considérer que ces méthodes sont efficaces, mais elles ne peuvent en aucun cas témoigner de la force militaire de l’OTAN.

La confirmation suivante de l’affaiblissement de l’Alliance fut la Syrie. Comprenant parfaitement que le potentiel de l’armée syrienne était bien supérieur à celui de Kadhafi, l’OTAN, en réalité, n’a même jamais envisagé la possibilité d’une invasion de ce pays, malgré l’existence de motifs formels. Raison pour laquelle les USA se sont accrochés avec une telle joie à l’initiative de la Fédération de Russie et ont « déguerpi » avec un tel empressement d’une éventuelle opération. La France et la Turquie ont annoncé qu’elles ne combattraient qu’aux côtés des USA, pendant que les 25 autres membres de l’Alliance renonçaient à se battre sans la moindre réserve (leur soutien politique aux agissements de Washington n’a pas de signification militaire).

On ne frappe que les faibles

On comprend sans mal que, en cas d’agression contre la Russie, les pertes de l’OTAN autant en hommes qu’en matériel seraient de très loin bien plus élevées que dans n’importe laquelle des guerres récentes. Quelque « rapiécée » que puisse être l’armée actuelle de la Russie, elle reste incomparablement plus puissante que les forces armées yougoslaves, irakiennes, libyennes et syriennes réunies. Et même les pilotes américains –sans parler des européens– ne se sont jamais retrouvés nez à nez avec les S-300P et V, les S-400, les Buk, les Tor, les Pantsir, les Su-27 ni les MiG-31. D’autant qu’on ne peut pas exclure l’éventualité d’une frappe nucléaire russe.

Finalement, l’OTAN, qui est formellement la plus importante force militaire au monde, ne l’est en aucun cas dans la réalité. On peut dès à présent affirmer avec certitude que la principale puissance militaire dans le monde est concentrée en Asie.

En outre, comme l’a montré l’expérience de la Yougoslavie et de la Libye d’un côté, et de la Syrie de l’autre, l’OTAN frappe ceux qui n’ont rien pour lui répondre et craint ceux qui disposent, dans leurs arsenaux, d’au moins quelque chose.