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Syrie Russie. Moscou et Washington frappent ensemble l’État islamique

Moscou et Washington frappent ensemble l’État islamique

Le 22 janvier, la Russie et la coalition internationale, menée par Washington, ont décidé d’unir leurs forces dans leur combat contre l’État islamique à Al-Bab, au nord de la Syrie. Serait-ce un premier pas vers l’alliance russo-américaine dans la lutte contre Daech, tant désirée par Moscou ? Décryptage de Kommersant.

Syrie guerre russes
Appareil Ka-29 de l’armée russe. Crédits : Ministère de la défense de Russie

Le 22 janvier, l’état-major de la coalition internationale, basé à Amman, a envoyé par ligne téléphonique directe au commandement aérien russe de la base d’Hmeimim, en Syrie, des coordonnées de cibles à Al-Bab. Après avoir revérifié et confirmé ces coordonnées par satellite, un détachement de deux avions de la coalition internationale (appartenant, selon les informations de Kommersant, à la Belgique, pays européen membre de l’OTAN) et de deux avions russes a bombardé conjointement les cibles.

Il s’agit d’une nouveauté et, pour la partie russe, d’une véritable surprise : jusqu’alors, le Pentagone et l’OTAN avaient toujours refusé les propositions de Moscou de coordonner des actions conjointes en Syrie. Viktor Mourakhovski, colonel de réserve, indique que la coordination entre Moscou et Washington s’est effectivement largement intensifiée au cours de ces dernières semaines. L’expert cite l’exemple de frappes aériennes conjointes des forces russes et de la coalition, récemment, contre les combattants islamistes dans la province de Homs. « La province de Raqqa est la cible principale de ces frappes conjointes. Dans cette zone, la coordination se poursuit », explique le colonel de réserve.

Selon les sources militaires de Kommersant, le ministre russe de la défense, au nom d’une résolution politique du conflit, serait prêt à établir avec le Pentagone une coopération sans précédent : échange direct de renseignements, coordination des cibles, vols aériens conjoints et même, si nécessaire, interaction sur terre lors de la conduite d’opérations spéciales. « Mais il nous faut, pour cela, des garanties au plus haut niveau », indiquent les représentants de la défense.

De telles garanties ne pourraient être obtenues qu’à l’issue de pourparlers entre les présidents Vladimir Poutine et Donald Trump. Mais alors, il faudra que soit résolue la question de l’Iran, allié de la Russie en Syrie mais vis-à-vis duquel la nouvelle administration américaine est extrêmement sceptique.

Pour Robert Olson, professeur à l’université du Kentucky, il est toutefois peu probable que des changements significatifs aient lieu en Syrie au cours des premiers mois de la présidence de Trump. Une opinion que partagent les représentants de la diplomatie russe, qui confient ne pas se faire d’illusions sur la collaboration avec la nouvelle équipe de la Maison-Blanche : « Nous sommes en train d’établir des contacts avec nos collègues sur diverses orientations, explique Sergueï Ryabkov, adjoint du ministre russe des affaires étrangères. Et nous poursuivrons ce travail après que les collaborateurs auront été remplacés aux postes inférieurs de la hiérarchie américaine. Les choses n’en sont pas encore là, mais nous avons en tout cas pris, avec la nouvelle équipe, un nouveau départ. »

À en croire M. Ryabkov, « trop de difficultés se sont accumulées, trop de blocages se sont installés sur la voie du développement de nos relations, provoqués consciemment par les membres de la précédente administration. Il y a toujours des tentatives, de la part de certaines forces destructrices, en substance, de lier les mains de la nouvelle administration américaine, de l’empêcher d’agir, afin qu’elle ne puisse absolument pas progresser sur la voie de l’amélioration des relations avec la Russie. Nous voyons cela. »

Des relations au point mort

démineurs russes Alep Syrie
Equipe de démineurs russes à Alep, en Syrie. Crédits : ministère de la défense de Russie

Sous la présidence de Barack Obama, toutes les tentatives de Moscou et Washington pour coordonner leurs agissements en Syrie se sont révélées infructueuses.

Les efforts colossaux du ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov et du secrétaire d’État américain John Kerry pour introduire sur le territoire syrien un « régime de tranquillité » se sont soldés par des échecs successifs. Le Pentagone a rejeté toutes les propositions du ministère russe de la défense de coordonner les cibles afin d’effectuer des frappes conjointes, et le ministre américain de la défense Ashton Carter a accusé la Russie d’ignorer les demandes de Washington de ne pas bombarder les détachements de l’opposition syrienne soutenus par les Américains dans le sud de la Syrie.

Malgré leurs promesses répétées, les dirigeants américains n’ont jamais établi de distinction entre « opposition modérée » et combattants terroristes. Les sources de Kommersant à la Défense russe indiquent que, si Moscou n’était pas satisfaite de cet état de choses, « on en avait aussi assez, au Kremlin, de passer son temps à se taper la tête contre des portes fermées ».

En octobre 2016, trois mois avant la fin du mandat d’Obama, tous les contacts bilatéraux liés à la Défense ont été rompus : depuis lors, les commandements militaires respectifs en Syrie travaillaient de façon isolée, en ignorant mutuellement les accusations portées par l’autre côté.

Retour à la case départ

À ce jour, la Russie possède en Syrie une puissance militaire importante. Malgré deux retraits successifs de ses forces de base en 2015 et 2016, le contingent russe y recense plusieurs dizaines d’avions bombardiers et de chasseurs (respectivement des Su-25SM3 et des Su-24М/Su-34), huit chasseurs Su-30SM et Su-35, un puissant complexe de lutte antiaérienne (systèmes de défense antimissile S-400 et S-300V4, systèmes Buk-M2, ainsi qu’un système antiaérien de courte à moyenne portée Pantsir-S1), des hélicoptères (Mi-35, MI-28N, Ka-52), des dizaines de chars T-90C et des véhicules de transport blindés BTR-82A, des obusiers Msta-B et des systèmes de lance-roquettes multiples lourds TOS-1A. Ces équipements étaient aussi soutenus par l’aviation stratégique et, jusque récemment, par un groupe aéronaval.

Sans coordination avec les États-Unis, les forces de la Fédération, avec les troupes gouvernementales syriennes, sont parvenues à libérer Alep, aujourd’hui protégée par des détachements de la police militaire russe. Ces derniers ont été appelés en renfort pour protéger les territoires pris aux combattants après que Palmyre a été reprise par l’État islamique : du fait de sa situation géographique incommode et de la faiblesse manifeste des troupes gouvernementales syriennes, la ville est tombée pratiquement sans combat, et demeure jusqu’à présent sous le contrôle des terroristes. Selon Kommersant, la question de lancer une opération visant à la reconquérir reste ouverte : le commandement russe serait prêt à fournir à l’armée d’Assad un soutien dans la mesure de ses forces, en assurant une couverture depuis les airs (avec son aviation) et sur terre (en faisant intervenir les forces spéciales). Toutefois, les forces armées syriennes ont besoin de temps pour former des groupes de frappe capables de mener des attaques terrestres.

Au ministère russe de la défense, on estime qu’une interaction avec le Pentagone pourrait contribuer à la libération de sites stratégiques syriens : « Aujourd’hui, le choix est entre leurs mains : tout dépend de leur volonté. Mais nous aimerions être tenus rapidement au courant de leurs intentions. »

Vidéo publiée par la Défense russe montrant Palmyre le 6 juin 2016 et le 5 février 2017

Traduit par Julia Breen

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