La Russie mène en Syrie une guerre électronique

A défaut d’une réelle offensive terrestre, c’est pour l’instant une guerre électronique qui semble se mettre en place.


La Russie prépare une opération terrestre à grande échelle en Syrie, a déclaré mardi 6 octobre la chaîne de télévision CNN se référant à ses sources dans l’armée américaine. Cette opération serait dirigée contre l’opposition syrienne, qui combat le régime du président syrien Bachar el-Assad, et non contre le groupe terroriste État islamique, assurent les informateurs.

Appareil SU-30M. Crédits : Ilya Kin/Flickr. La Russie mène en Syrie une guerre électronique
Appareil SU-30M. Crédits : Ilya Kin/Flickr

Moscou continue néanmoins de réfuter une telle éventualité, et ce depuis les premières frappes, le 30 septembre. Le représentant du président russe pour le Moyen-Orient et les pays africains, Mikhaïl Bogdanov, a une nouvelle fois balayé cette hypothèse d’un revers de main, mardi. « Le président russe a été très clair : niet, niet, niet », a-t-il répété à l’agence de presse russe Interfax.

Même réaction au ministère des affaires étrangères russe, où Maria Zakharova, porte-parole, a souligné que les allégations sur une possible opération russe au sol dans la presse proviennent uniquement de « sources anonymes du Pentagone ». « C’est une nouvelle rumeur, du type de celles que l’on entend ces derniers jours. D’autant que faire le lien avec la guerre [soviétique] d’Afghanistan est déplacé. Tout le monde sait à quel point il s’agit d’une page difficile de notre histoire et personne ne veut que cela se reproduise », a-t-elle déclaré, citée par Tass.

Un nouvel Afghanistan ?

Efim Rezvan, docteur en sciences historiques, spécialiste du monde arabe et de l’islamisme, partage la position officielle de Moscou et est persuadé que « la Russie ne passera pas le pas ».

« Les Russes n’ont pas besoin d’intervenir : les raids aériens suffisent à détruire les centres de commandement et les entrepôts des islamistes », a-t-il assuré au Courrier de Russie.

Pour l’expert, les Russes ont tiré les leçons du passé et savent qu’ils ne peuvent pas être les seuls à intervenir au sol. « Il sera alors nécessaire que les pays de la région se joignent à eux, notamment l’Afghanistan, l’Ouzbékistan, le Liban avec le Hezbollah et l’Iran avec ses milices chiites des Gardiens de la Révolution. Pour l’instant, c’est l’armée syrienne qui se contente de récupérer les positions détruites par l’aviation », a-t-il ajouté.

Guerre électronique

Krasukha. La Russie mène en Syrie une guerre électronique
Cadre de Zvezda.

A défaut d’une réelle offensive terrestre, c’est pour l’instant une guerre électronique qui semble se mettre en place. A en croire une vidéo diffusée récemment par la chaîne de télévision russe Zvezda, la Russie déploierait en Syrie des complexes mobiles de guerre électronique Krassoukha-4. Le système, qui permet de brouiller les radars des avions ennemis ainsi que de créer une bulle électronique imperméable aux fréquences GPS et aux équipements de détection adverses, a été aperçu à l’arrière-plan d’un appareil en phase d’atterrissage, assure-t-on à l’antenne.

Novosti Damask affirme également que des Krassoukha-4 sont arrivés en Syrie

En ce qui concerne la composition de la marine russe, la flotte déployée dans la mer Noire s’est dotée de trois avions de chasse Su-30CM supplémentaires, ce qui porte à huit le total de ce type de chasseurs en Syrie, a expliqué mardi à Interfax-AVN, le chef du département de la communication de la flotte de la mer Noire, le capitaine de 1er Rang Vyacheslav Trukhachev.

La nuit dernière, la Russie a en outre mené plusieurs frappes aériennes et détruit environ 30 pièces d’artillerie de combattants islamistes, dont des tanks, a annoncé mardi 6 octobre le ministère russe de la défense dans un communiqué accompagné d’une vidéo réalisée par l’armée russe.

Survol de la Turquie

Enfin, le débat sur les intrusions russes dans le ciel turc battait, mardi, toujours son plein. La Turquie a exigé des explications de la Fédération de Russie en raison d’une seconde violation de son espace aérien par l’aviation russe, le 4 octobre, dans la zone frontalière avec la Syrie. La veille, le 3 octobre, un incident du même ordre avait déjà exacerbé les tensions. L’ambassadeur russe a donc de nouveau été convoqué au ministère des affaires étrangères turc, lundi, où le premier adjoint du ministre des affaires étrangères, Ahmet Muhtar Gun, a exprimé sa vive protestation et a demandé de prendre des mesures pour prévenir des incidents similaires à l’avenir », rapporte RIA Novosti.

Moscou a une nouvelle fois reconnu cet écart de trajectoire, imputant la faute aux mauvaises conditions météorologiques. « A l’issue d’un raid, un Su-30 russe a fait une brève intrusion de quelques secondes dans l’espace aérien turc en rentrant à l’aérodrome de Lattaquié », a expliqué lundi matin, le porte-parole du ministère de la défense russe, le Major-général Igor Konashenkov.

Le président turc, Erdogan a de son côté appelé à créer des « zones tampons de sécurité et d’exclusion aérienne » à proximité des frontières de la Turquie, pour résoudre les problèmes des réfugiés, rapporte Kommersant. La Russie a toujours était opposée à ces propositions, affirmant respecter la souveraineté de la Syrie.

La Russie a mené ses premiers raids aériens en Syrie mercredi 30 septembre, quelques heures après avoir reçu le feu vert unanime du Conseil de la Fédération. D’après le président de la Commission des affaires étrangères de la Douma, Alexeï Pouchkov, la campagne de frappes aériennes russes en Syrie devrait durer de trois à quatre mois.

La guerre civile syrienne est un conflit armé qui fait rage depuis mars 2011. Au départ, il opposait le gouvernement aux rebelles, qui exigeaient le départ de l’actuel président, Bachar el-Assad. Depuis 2014, plusieurs autres factions ont rejoint les combats pour le contrôle du territoire, dont l’État islamique, qui contrôle tout l’Est du pays, le Jabhat al-Nosra et d’autres groupuscules de plus petite taille. Le Nord du pays est contrôlé par le Parti de l’Union démocratique kurde, qui se bat également contre l’EI.

Le régime syrien bénéficie des renforts du Hezbollah, de groupes armés irréguliers et de brigades chiites irakiennes et étrangères, ainsi que du soutien de l’Iran et de la Russie. Téhéran a déjà envoyé de nombreux conseillers militaires à Damas et promis de soutenir le gouvernement syrien jusqu’au bout.

Toutes formations militaires confondues, Bachar el-Assad disposerait d’environ 140 000 soldats, estime l’expert militaire russe Vladimir Evseev, cité par RBK.

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Crédits : Le Figaro.