Bachar el-Assad aux médias russes : « L’Occident pleure les réfugiés tout en soutenant les terroristes »

Le 15 septembre, le président syrien Bachar el-Assad a accordé une interview aux médias russes. Le Courrier de Russie en traduit les passages les plus marquants. Que pensez-vous de l'idée de partager votre pouvoir et de travailler avec les groupes d'opposition, qui affirment que la situation en Syrie n'a pas d'autre issue politique que votre départ immédiat ? Au début de la crise, beaucoup de ces groupes exigeaient de vous des réformes politiques. Est-il possible de conduire ces réformes aujourd’hui, sur fond de guerre qui se poursuit et de propagation du terrorisme en Syrie ?Bachar el-Assad : Depuis le tout début de la crise, nous appelons au dialogue. Plusieurs séries de négociations entre Syriens se sont tenus en Syrie même, à Moscou, à Genève… Et en pratique, la seule voie sur laquelle nous ayons obtenu des succès a été celle des pourparlers de Moscou-2. Ni Genève et ni Moscou-1. Pourtant, même ces avancées n’ont été que partielles. Ce qui n’est pas étonnant, vu l’ampleur de la crise. On ne peut pas y trouver une solution en quelques heures ni quelques jours. Mais Moscou-2 a indéniablement représenté un pas en avant, et nous attendons aujourd’hui Moscou-3. Je considère indispensable, parallèlement à la lutte contre le terrorisme, de poursuivre le dialogue entre partis et formations politiques syriens, pour parvenir à une opinion unanime quant à l’avenir de notre pays.Nous devons poursuivre le dialogue pour obtenir un consensus. Pourtant, nous n’obtiendrons pas de succès réels tant qu’il y aura des morts, tant que le sang coulera et tant que les gens ne se sentiront pas totalement en sécurité. Supposons que nous nous entendions avec les partis et forces politiques ayant de l’influence sur les questions politiques, économiques, scientifiques et de santé. Mais comment pourrions-nous mettre en œuvre ces accords, alors que l’interrogation principale du citoyen syrien, aujourd’hui, demeure la question de sa sécurité ?Nous pouvons obtenir un consensus, mais nous ne pourrons rien mettre en place tant que nous n’aurons pas vaincu le terrorisme en Syrie. Et c’est tout le terrorisme que nous devons vaincre – pas seulement l’État islamique (EI).Nous partageons déjà le pouvoir avec une partie de l’opposition. Il y a quelques années, leurs représentants sont entrés au gouvernement. Malgré le fait que le partage du pouvoir doit se faire en accord avec la Constitution et par le biais d’élections, nous avons décidé, face à la crise, de le partager immédiatement, sans attendre la conduite d’un vote.L’Occident mène une campagne médiatique pour affirmer que les réfugiés syriens fuient leur gouvernement. Mais les pays occidentaux ne pleurent les réfugiés que d’un œil – le second est fixé sur le viseur d’un fusil. En réalité, ces gens quittent leur pays parce qu’ils ont peur de mourir à cause du terrorisme et de ses conséquences. Et l’Occident pleure les réfugiés tout en soutenant les terroristes depuis le début de la crise.Au départ, l’Occident disait qu’il n’y avait en Syrie que des protestations pacifiques, ensuite, ils ont affirmé que c’étaient des manifestations de l’opposition modérée. Et c’est seulement maintenant que l’Occident parle de la présence des groupes terroristes de l'EI et Jabhat al-Nosra [Le « Front pour la victoire des Gens du Sham » est un groupe armé salafiste djihadiste affilié à Al-Qaïda, apparu dans le contexte de la guerre civile syrienne, ndlr], mais en m’accusant moi, le président syrien, d’être responsable de leur apparition. Tant que l’Occident continuera de véhiculer cette propagande, il devra accueillir de plus en plus de réfugiés. La question n’est pas de savoir si l’Europe doit ou non accueillir des réfugiés ; le problème, c’est qu’il faut mettre fin aux raisons premières de ces mouvements de population. Si les Européens s’inquiètent vraiment du sort des réfugiés, qu’ils arrêtent de soutenir les terroristes.Que doit faire l’opposition intérieure syrienne, selon vous ?Bachar el-Assad : Nous sommes en guerre. Une guerre contre un terrorisme qui bénéficie de soutiens extérieurs, et une guerre totale. Je suppose que, dans de telles situations, dans n’importe quelle société, tous les patriotes, tous les partis réellement populaires doivent s’unir contre l’ennemi commun, que celui-ci soit extérieur ou intérieur. Demandez à n’importe quel Syrien ce qu’il veut aujourd’hui : la première réponse sera la sécurité et la stabilité pour tous et pour chacun. Ainsi, toutes les forces politiques, autant à l’intérieur du gouvernement qu’à l’extérieur du pouvoir, ont le devoir de se consolider autour des exigences du peuple syrien. Nous devons nous unir contre le terrorisme. Les forces politiques, le gouvernement et les formations armées illégales qui ont combattu le gouvernement doivent s’unir au nom de la lutte contre le terrorisme. Et ça a déjà commencé : certains groupes qui combattaient autrefois le gouvernement syrien luttent aujourd’hui contre la terreur, de notre côté.Il est évident qu’une fois réglé le problème de l’énergie nucléaire iranienne, Téhéran jouera un rôle de plus en plus actif au Proche-Orient. Que pensez-vous des récentes initiatives iraniennes visant à réguler la situation en Syrie ?

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Julia Breen

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