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Bachar el-Assad aux médias russes : « L’Occident pleure les réfugiés tout en soutenant les terroristes »

Le 15 septembre, le président syrien Bachar el-Assad a accordé une interview aux médias russes. Le Courrier de Russie en traduit les passages les plus marquants.

Bachar al-Assad, président de la République arabe syrienne depuis le 20 juin 2000. Crédits : WikiCommon
Bachar el-Assad, président de la République arabe syrienne depuis le 20 juin 2000. Crédits : WikiCommon

Que pensez-vous de l’idée de partager votre pouvoir et de travailler avec les groupes d’opposition, qui affirment que la situation en Syrie n’a pas d’autre issue politique que votre départ immédiat ? Au début de la crise, beaucoup de ces groupes exigeaient de vous des réformes politiques. Est-il possible de conduire ces réformes aujourd’hui, sur fond de guerre qui se poursuit et de propagation du terrorisme en Syrie ?

Bachar el-Assad : Depuis le tout début de la crise, nous appelons au dialogue. Plusieurs séries de négociations entre Syriens se sont tenus en Syrie même, à Moscou, à Genève… Et en pratique, la seule voie sur laquelle nous ayons obtenu des succès a été celle des pourparlers de Moscou-2. Ni Genève et ni Moscou-1. Pourtant, même ces avancées n’ont été que partielles. Ce qui n’est pas étonnant, vu l’ampleur de la crise. On ne peut pas y trouver une solution en quelques heures ni quelques jours. Mais Moscou-2 a indéniablement représenté un pas en avant, et nous attendons aujourd’hui Moscou-3. Je considère indispensable, parallèlement à la lutte contre le terrorisme, de poursuivre le dialogue entre partis et formations politiques syriens, pour parvenir à une opinion unanime quant à l’avenir de notre pays.

Nous devons poursuivre le dialogue pour obtenir un consensus. Pourtant, nous n’obtiendrons pas de succès réels tant qu’il y aura des morts, tant que le sang coulera et tant que les gens ne se sentiront pas totalement en sécurité. Supposons que nous nous entendions avec les partis et forces politiques ayant de l’influence sur les questions politiques, économiques, scientifiques et de santé. Mais comment pourrions-nous mettre en œuvre ces accords, alors que l’interrogation principale du citoyen syrien, aujourd’hui, demeure la question de sa sécurité ?

Nous pouvons obtenir un consensus, mais nous ne pourrons rien mettre en place tant que nous n’aurons pas vaincu le terrorisme en Syrie. Et c’est tout le terrorisme que nous devons vaincre – pas seulement l’État islamique (EI).

Nous partageons déjà le pouvoir avec une partie de l’opposition. Il y a quelques années, leurs représentants sont entrés au gouvernement. Malgré le fait que le partage du pouvoir doit se faire en accord avec la Constitution et par le biais d’élections, nous avons décidé, face à la crise, de le partager immédiatement, sans attendre la conduite d’un vote.

L’Occident mène une campagne médiatique pour affirmer que les réfugiés syriens fuient leur gouvernement. Mais les pays occidentaux ne pleurent les réfugiés que d’un œil – le second est fixé sur le viseur d’un fusil. En réalité, ces gens quittent leur pays parce qu’ils ont peur de mourir à cause du terrorisme et de ses conséquences. Et l’Occident pleure les réfugiés tout en soutenant les terroristes depuis le début de la crise.

Au départ, l’Occident disait qu’il n’y avait en Syrie que des protestations pacifiques, ensuite, ils ont affirmé que c’étaient des manifestations de l’opposition modérée. Et c’est seulement maintenant que l’Occident parle de la présence des groupes terroristes de l’EI et Jabhat al-Nosra [Le « Front pour la victoire des Gens du Sham » est un groupe armé salafiste djihadiste affilié à Al-Qaïda, apparu dans le contexte de la guerre civile syrienne, ndlr], mais en m’accusant moi, le président syrien, d’être responsable de leur apparition. Tant que l’Occident continuera de véhiculer cette propagande, il devra accueillir de plus en plus de réfugiés. La question n’est pas de savoir si l’Europe doit ou non accueillir des réfugiés ; le problème, c’est qu’il faut mettre fin aux raisons premières de ces mouvements de population. Si les Européens s’inquiètent vraiment du sort des réfugiés, qu’ils arrêtent de soutenir les terroristes.

Que doit faire l’opposition intérieure syrienne, selon vous ?

Bachar el-Assad : Nous sommes en guerre. Une guerre contre un terrorisme qui bénéficie de soutiens extérieurs, et une guerre totale. Je suppose que, dans de telles situations, dans n’importe quelle société, tous les patriotes, tous les partis réellement populaires doivent s’unir contre l’ennemi commun, que celui-ci soit extérieur ou intérieur. Demandez à n’importe quel Syrien ce qu’il veut aujourd’hui : la première réponse sera la sécurité et la stabilité pour tous et pour chacun. Ainsi, toutes les forces politiques, autant à l’intérieur du gouvernement qu’à l’extérieur du pouvoir, ont le devoir de se consolider autour des exigences du peuple syrien. Nous devons nous unir contre le terrorisme. Les forces politiques, le gouvernement et les formations armées illégales qui ont combattu le gouvernement doivent s’unir au nom de la lutte contre le terrorisme. Et ça a déjà commencé : certains groupes qui combattaient autrefois le gouvernement syrien luttent aujourd’hui contre la terreur, de notre côté.

Il est évident qu’une fois réglé le problème de l’énergie nucléaire iranienne, Téhéran jouera un rôle de plus en plus actif au Proche-Orient. Que pensez-vous des récentes initiatives iraniennes visant à réguler la situation en Syrie ? Téhéran fournit-elle une aide militaire à la Syrie ?

Bachar el-Assad : Les relations entre l’Iran et la Syrie sont de longue date, de plus de 35 ans. Nous sommes des alliés, et nous sommes unis par une grande confiance mutuelle. L’Iran prend le parti de la Syrie et de son peuple. Ce pays soutient le gouvernement syrien sur le plan politique, économique et dans la sphère militaire. Mais quand je parle de soutien militaire, il ne s’agit pas de ce que certains médias occidentaux voudraient faire croire, comme l’envoi de détachements militaires iraniens en Syrie – ça, ce n’est pas vrai. Téhéran nous fournit de l’équipement militaire. Naturellement, cela implique aussi l’échange de spécialistes militaires entre l’Iran et la Syrie, mais ces échanges ont toujours existé. Et évidemment, ce genre de coopération bilatérale s’intensifie en temps de guerre. L’aide de Téhéran est un des éléments principaux qui contribuent à ce que la Syrie reste stable dans cette guerre barbare.

Tank détruit devant la mosquée d'Azaz, en Syrie, en 2012. Crédits : Christiaan Triebert/WikiCommon
Tank détruit devant la mosquée d’Azaz, en Syrie, en 2012. Crédits : Christiaan Triebert/WikiCommon

Vous avez parlé récemment d’une coordination avec Le Caire dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. Quelles sont aujourd’hui vos relations avec la capitale égyptienne, qui accueille, par ailleurs, des rencontres entre certains représentants de l’opposition syrienne ?

Bachar el-Assad : Les relations entre l’Égypte et la Syrie ne se sont jamais interrompues au cours des dernières années, même sous la présidence de Mohamed  Morsi, qui appartient à l’organisation terroriste des Frères musulmans. Même sous sa présidence, plusieurs ministères égyptiens ont insisté pour que soient maintenues les relations avec la Syrie, au moins à un niveau minimum. Les Égyptiens savent ce qui se passe en Syrie et s’y intéressent. La lutte que nous menons actuellement est une lutte contre un ennemi commun. Et c’est aujourd’hui devenu clair pour tout le monde, étant donné que le terrorisme s’est étendu en Libye, en Égypte, au Yémen, en Syrie, en Irak, en Afghanistan et au Pakistan. Nous avons avec l’Égypte des problèmes communs. Pourtant, à l’heure actuelle, les relations entre nos deux pays n’existent qu’au niveau des forces de sécurité. Il n’y a pas de contact politique : par exemple, il n’y a aucune communication entre nos ministres des affaires étrangères. Sachant que certains ont tout intérêt à faire pression pour empêcher que nous ne bâtissions avec l’Égypte des liens solides.

Que pensez-vous de l’idée proposée par Ankara et Washington de créer une « zone de sécurité » en éradiquant les terroristes de l’EI dans le nord de la Syrie, à la frontière avec la Turquie ? Et pouvez-vous commenter les relations indirectes entre l’Occident et des organisations terroristes du type du Jabhat al-Nosra ?

Bachar el-Assad : Si l’on dit qu’il n’y aura plus de terroristes à la frontière turque, ça signifie qu’ils resteront dans les autres régions. Le terrorisme doit être anéanti partout. Voilà plus de trente ans que nous appelons à la création d’une alliance internationale pour lutter contre le terrorisme. Quant à la collaboration entre l’Occident et le Jabhat al-Nosra, c’est un fait incontestable. Nous savons tous que le Jabhat al-Nosra et l’EI sont fournis en armes, en argent et en volontaires par la Turquie, qui entretient des liens étroits avec l’Occident. Le président et Premier ministre turques Recep Erdogan et Ahmet Davutoglu ne font pas un pas sans l’accord des USA et des autres pays occidentaux. Le Jabhat al-Nosra et l’EI doivent leur montée en puissance dans la région à la protection de l’Occident. L’Occident considère le terrorisme comme un atout, une carte qu’il peut sortir de sa manche en telle ou telle occasion. Et aujourd’hui, il veut utiliser le Jabhat al-Nosra contre l’EI, peut-être parce que l’EI a, dans une certaine mesure, échappé à son contrôle. Mais ils ne veulent pas éliminer l’EI. S’ils l’avaient voulu, ils auraient pu le faire. Alors que pour nous, ce n’est pas un jeu : pour nous, l’EI, le Jabhat al-Nosra et les autres groupes armés qui leur ressemblent sont des extrémistes qui assassinent les populations civiles.

Et là, une question très importante se pose : avec qui négocier ? Dès le départ, nous nous sommes dits prêts à tout dialogue, s’il pouvait réduire la menace terroriste et renforcer la stabilité. Nous avons même demandé un dialogue avec certains groupes armés, et nous avons conclu avec eux des accords, qui ont permis de rétablir la paix dans des zones problématiques. Dans d’autres régions, des anciens combattants de l’opposition ont été incorporés à l’armée syrienne. Ils se battent aujourd’hui à l’égal des autres soldats et donnent leur vie pour leur pays. Nous dialoguons avec absolument tous les acteurs, à l’exception de ceux que j’ai mentionnés : l’EI, le Jabhat al-Nosra et leurs semblables. Et ce, pour une raison simple : ces organisations sont fondées sur une idéologie de terreur. Ce ne sont pas simplement des organisations qui luttent contre l’État, comme certaines autres. Non, eux se nourrissent des idées du terrorisme. Pour cette raison, un dialogue avec eux ne peut conduire à aucun résultat. Avec eux, il faut se battre, il faut mener contre eux une guerre d’anéantissement. Il ne peut y avoir avec eux aucun dialogue.

Parade des combattants de l’Etat islamique à la suite de la création du califat sur les territoires irakiens et syriens fin juin 2014. Crédits : EI/Topwar.ru
Parade des combattants de l’Etat islamique à la suite de la création du califat sur les territoires irakiens et syriens fin juin 2014. Crédits : EI/Topwar.ru

Parlons de vos partenaires régionaux : avec qui êtes-vous prêt à collaborer dans la lutte contre les terroristes ?

Bachar el-Assad : Nous collaborons évidemment avec les pays amis, et avant tout avec la Russie et l’Iran. Nous collaborons avec l’Irak, qui combat comme nous le terrorisme. Nous sommes ouverts à la collaboration avec tout État manifestant une volonté sérieuse de lutter contre le terrorisme. Mais ce n’est pas l’impression que nous donne la coalition « anti-terroriste » et « anti-EI » conduite par les États-Unis. En effet, bien que cette coalition ait commencé d’agir, l’État islamique poursuit son expansion. Ils ne parviennent à rien. Cette coalition n’a pas la moindre influence « sur terre ». Parallèlement, des pays comme la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite, mais aussi la France, les États-Unis et d’autres pays occidentaux, qui protègent les terroristes, ne sont pas capables de mener le combat contre le terrorisme. On ne peut pas être à la fois contre les terroristes et avec eux. Cependant, si ces pays se décident à changer de politique – et il faut qu’ils réalisent que le terrorisme est tel un scorpion : mets-le dans ta poche, il te piquera sans faute –, nous ne nous opposerons pas à une collaboration avec eux ; à la condition qu’il s’agisse d’une coalition anti-terroriste réelle, et non fictive.

On entend de plus en plus parler, depuis le début de la crise syrienne, du problème kurde. Votre politique à l’égard de la minorité kurde en Syrie a été fortement critiquée. Mais aujourd’hui, dans certaines zones du pays, les formations kurdes sont vos alliées, en pratique, dans le combat contre l’EI. Vous êtes-vous fait une idée précise de qui sont les Kurdes pour vous, et de qui vous êtes pour eux ?

Bachar el-Assad : Il est faux de dire que l’État syrien a mené une politique spécifique à l’égard des Kurdes : l’État ne peut pas faire de distinction parmi ses ressortissants – le risque de division serait trop grand pour le pays. Si nous avions effectivement mené une politique discriminatoire dans la société, la majorité des citoyens ne prendraient pas aujourd’hui le parti de l’État. Les Kurdes sont pour nous une partie de la société, ce ne sont pas des étrangers, ils vivent sur cette terre au même titre que les Arabes, les Tcherkesses, les Arméniens et les nombreuses autres nations et confessions présentes en Syrie depuis la nuit des temps. Les Kurdes sont-ils nos alliés ? Non, ce sont des patriotes. Et puis, on ne peut pas généraliser : comme n’importe quel autre élément de la société syrienne, les Kurdes sont représentés par diverses tendances, appartiennent à divers partis et tribus. Il n’est pas objectif de parler des Kurdes comme d’un tout uni. Certains partis kurdes ont des exigences spécifiques, mais ils ne représentent pas l’ensemble des Kurdes. Il existe des Kurdes totalement adaptés à la société, et ceux-là ne sont pas seulement nos alliés : on trouve dans l’armée syrienne de nombreux héros tombés au combat issus des Kurdes. Ils vivent en harmonie au sein de la société syrienne. D’un autre côté, il existe des partis kurdes qui ont exprimé diverses exigences, et nous en avons d’ailleurs satisfait certaines au début de la crise. Mais ils ont aussi d’autres demandes qui ne s’adressent pas à l’État, et que l’État ne peut donc pas satisfaire. Ces questions relèvent de la compétence du peuple et de la Constitution. Il faut l’accord du peuple avant que l’État ne puisse décider de satisfaire ces exigences. Et dans tous les cas, toute demande doit s’inscrire dans le cadre de la nation. Après que nous en aurons terminé avec l’EI, le Jabhat al-Nosra et leurs semblables, on pourra débattre des exigences des Kurdes et de certains partis kurdes au sein du format national. Il n’y a aucune question taboue, tant que les questions restent dans le cadre de l’État syrien uni, du peuple et des frontières de la Syrie, et tant qu’elles respectent l’esprit de la lutte contre le terrorisme ainsi que la liberté et la diversité ethnique, nationale, religieuse et confessionnelle de notre pays.

Voilà plus d’un an que la coalition internationale dirigée par les États-Unis lance des frappes aériennes sur le territoire syrien. Sachant qu’ils agissent dans les mêmes zones que l’armée de l’air syrienne, qui, elle aussi, bombarde les positions de l’EI. Pourtant, les deux armées ne se sont jamais heurtées. Y a-t-il une coordination, directe ou indirecte, entre votre gouvernement et les forces de la coalition dans la lutte contre l’EI ?

Bachar el-Assad : Je vais vous étonner, mais non. Je comprends que ce soit difficile à croire : nous combattons le même ennemi, nous frappons les mêmes cibles dans les mêmes lieux sans la moindre coordination – et il n’y a jamais eu de collision. Cela peut sembler étrange, mais c’est la vérité. Il n’y a pas la moindre coordination ni même le moindre contact entre les forces gouvernementales et militaires syriennes et les États-Unis. Ils refusent de reconnaître et d’admettre le fait que nous sommes la seule force à combattre l’EI « sur terre ». De leur point de vue, le fait de collaborer avec l’armée syrienne reviendrait peut-être à reconnaître notre efficacité dans le combat contre l’État islamique. Ce qui reflète, malheureusement, la courte vue et l’entêtement de l’administration américaine.

Aujourd’hui, les réfugiés – majoritairement syriens – affluent en masse vers l’Europe. D’aucuns disent que ces gens sont définitivement perdus pour la Syrie, car ils sont profondément offensés que leur pays n’ait pas été en mesure de les protéger. Que pensez-vous de ceux qui ont quitté la Syrie, et les considérez-vous toujours comme une partie de l’électorat syrien dans l’avenir ? Et l’Europe, est-elle responsable de cet exode massif de réfugiés ?

Bachar el-Assad : Toute personne qui quitte la Syrie, quelles que soient sa position ou ses possibilités, représente indubitablement une perte pour le pays. Bon, à part les terroristes. Cette émigration est donc une grande perte pour nous. L’année dernière, la Syrie a élu son président. Beaucoup de réfugiés se trouvaient déjà à l’étranger, en premier lieu au Liban. La propagande des médias occidentaux racontait alors que ces gens avaient fui l’État syrien, qui, prétendument, les persécutait et les assassinait. Quel n’a pas été l’étonnement de ces médias quand la majorité de ces citoyens syriens à l’étranger se sont rendus aux urnes pour donner leur voix à ce président même qui était censé les assassiner ! Ça a été un sérieux coup pour les faiseurs de propagande.

Quant à l’Europe, évidemment qu’elle est coupable. Aujourd’hui, l’Europe essaie de faire croire que sa faute consiste seulement à ne pas avoir accordé de moyens, ou à avoir échoué à organiser correctement les migrations vers son territoire. À cause de quoi, les réfugiés se noient en tentant de franchir la mer Méditerranée. Toute victime innocente nous afflige, mais en quoi la vie de quelqu’un qui se noie serait-elle plus chère que celle de quelqu’un qui est mort sur le territoire syrien ? En quoi serait-elle plus précieuse que la vie d’un innocent décapité par les terroristes ? Comment peut-on déplorer la mort d’un enfant en mer et ignorer les milliers d’enfants, de vieillards, de femmes et d’hommes qui sont victimes des terroristes en Syrie même ? Ces doubles standards honteux des Européens ne sont plus admissibles. Comment peut-on pleurer les uns et ne même pas remarquer les autres ? Cela ne suit aucune logique. Il n’y a aucune différence de principe entre les uns et les autres. L’Europe est responsable d’avoir soutenu et de continuer à soutenir et protéger le terrorisme. Elle qualifie les terroristes de « modérés » et les divise en groupes distincts, mais en réalité, ce sont tous des extrémistes.

Petite fille dans les rues de Damas. Crédits : ktrk.kg/wikimedia
Petite fille dans les rues de Damas, en 2012. Crédits : ktrk.kg/wikimedia

Vos adversaires continuent d’affirmer qu’une des principales conditions au retour de la paix en Syrie est votre départ immédiat de la présidence. Seriez-vous prêt à partir, si vous sentiez que cela est nécessaire ?

Bachar el-Assad : Depuis le début, la campagne médiatique occidentale s’est concentrée sur l’affirmation que tout le problème en Syrie ne venait que du président. Ils ont voulu créer l’impression que le problème syrien se résumait à une seule personnalité. Et la réaction naturelle des gens à cette propagande a été de se dire que si, effectivement, toute la question se résumait à un homme, alors cet homme devait partir, et tout s’arrangerait. C’est comme ça que l’Occident simplifie toute chose. Mais en réalité, ce qui se passe en Syrie ressemble à ce qui se passe chez vous en régions. Regardez ce qu’ont fait les médias occidentaux au moment du coup d’État en Ukraine : pour eux, le président Poutine, d’ami de l’Occident, est devenu son ennemi, il s’est transformé en un dictateur qui écrase l’opposition russe et est arrivé au pouvoir par une voie non-démocratique, bien qu’il ait été élu à l’issue d’élections démocratiques reconnues en Occident. C’est ça, la campagne médiatique occidentale. Ils disent que les choses iront mieux si le président s’en va, mais qu’est-ce que ça signifie, en réalité ? Pour l’Occident, ça signifie que tant que je serai président, ils continueront de soutenir le terrorisme. Parce qu’ils ont coutume de renverser les dirigeants, ce qu’ils appellent les « régimes » – que ce soit en Syrie, en Russie ou dans d’autres pays du monde. Pourquoi ? Parce que l’Occident ne veut pas de partenaires égaux ni d’États souverains. Et que reprochent-ils à la Russie ? À la Syrie ? À l’Iran ? Simplement d’être des États souverains. Ils voudraient pouvoir remplacer les dirigeants, à leur guise, par des individus qui agiraient dans leurs intérêts, et non dans ceux de leur pays. Le président arrive au pouvoir avec l’accord du peuple, par le biais des élections ; et s’il s’en va, ce doit être par la volonté du peuple et non sur décision des États-Unis, du Conseil de sécurité de l’ONU, de la conférence de Genève ou d’un quelconque communiqué de Genève ! Si le peuple veut que le président reste, il restera ; dans le cas contraire, il doit s’en aller sans tarder. Voilà ma position de principe quant à cette question.

Les affrontements armés durent depuis plus de quatre ans. Y a–t-il eu un moment critique où ou avez compris que la guerre serait inévitable ? Et qui a lancé ce mécanisme de guerre ? Avez-vous des regrets, et y a-t-il des choses que vous changeriez si vous pouviez revenir en arrière ?

Bachar el-Assad : Je vais probablement vous étonner en vous disant que le moment critique qui a précédé la crise syrienne a été la guerre de 2003 en Irak, quand les États-Unis ont envahi ce pays. Nous étions catégoriquement contre cette agression, parce que nous comprenions qu’elle provoquerait une scission au sein de la société. Nous comprenions qu’il résulterait de cette guerre un schisme de la société irakienne sur une base confessionnelle. Nous avons à notre frontière occidentale un autre pays qui se divise selon des lignes confessionnelles : le Liban. Et nous ne comprenions que trop bien quelle influence tout cela aurait sur nous. Ainsi, les sources de cette crise sont à rechercher dans la guerre qui a conduit au schisme de l’Irak sur une base confessionnelle, schisme qui s’est répercuté sur la situation en Syrie et a simplifié la tâche à ceux qui voulaient attiser les affrontements interconfessionnels dans notre pays.

Avant cela, il y avait eu un autre moment critique, un peu moins important : il s’agit du soutien que l’Occident a fourni officiellement aux terroristes en Afghanistan au début des années 1980, en qualifiant ces derniers de « combattants pour la liberté ». Plus tard, en 2006, on a vu apparaître en Irak, sous la protection des États-Unis, l’EI – et Washington n’a rien fait pour combattre ce groupuscule. Tous ces facteurs conjugués ont créé les conditions pour le début des troubles en Syrie – troubles soutenus par l’Occident, financés par les États du Golfe persique, Qatar et Arabie saoudite en tête, avec le concours logistique de la Turquie. Surtout quand on sait qu’Erdogan appartient idéologiquement à l’organisation des Frères musulmans et qu’il croit, par conséquent, que le changement de la situation en Syrie, en Égypte et en Irak va signifier la création d’un nouveau sultanat – pas ottoman, mais appartenant aux Frères musulmans, et qui s’étendra, sous l’autorité d’Erdogan, de l’océan Atlantique à la mer Méditerranée. Tous ces facteurs ont conduit à la situation que nous connaissons aujourd’hui. Bien sûr, nous avons accompli des erreurs et des échecs, mais ils ne justifient rien. Sinon, pourquoi n’assiste-t-on pas à des révolutions dans les pays du Golfe persique, surtout en Arabie saoudite, qui n’a pas la moindre idée de ce qu’est la démocratie ?

L’interview complète du président syrien Bachar el-Assad à la chaîne de télévision Russie 24 :

Julia Breen

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