Le Courrier de Russie

Jean-Pierre Arrignon sur le rôle de l’URSS dans la Seconde guerre mondiale

Nous publions ici l’article de l’historien et spécialiste de la Russie Jean-Pierre Arrignon, qui est revenu sur son blog le 7 mai sur le rôle fondamental qu’a joué l’URSS dans la Seconde guerre mondiale et qui explique pourquoi les Russes célèbrent à la date du 9 mai la Victoire de la Grande guerre patriotique de 1940-1945.

Il y a 70 ans jour pour jour, un des conflits les plus meurtriers du 20ème siècle s’achevait. Les alliés, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l’URSS, venaient d’obtenir la reddition sans condition de l’Allemagne nazie. 70 ans après, que reste-t-il de cette tragédie dont le nombre des victimes frise voire dépasse les 30 millions ? Notre propos aujourd’hui n’est pas de retracer l’histoire de cette Seconde guerre mondiale, mais seulement d’évoquer la place et le rôle d’un des alliés, l’URSS de Joseph Staline.

La période d’avant-guerre (1930-1939)

Il est intéressant de rappeler ici quelques dates. L’Histoire, comme vous le savez, repose d’abord sur la chronologie. La décennie 1930-1939 est marquée par les bouleversements majeurs des États et des sociétés suite aux conséquences du crash boursier de 1929 qui favorise la montée de l’extrémisme, exacerbe les tensions internationales et s’achève par la Seconde guerre mondiale.

1931-1933, ce sont les famines soviétiques liées à la dékoulakisation et la création des sovkhozes dont l’Holodomor ukrainien [extermination par la faim ( « holodomor ») de la population ukrainienne par le régime soviétique en 1932-33, ndlr] n’est qu’une des manifestations. Bilan : plus de six millions de morts, sans compter les six millions de morts au moins des famines chinoises.

Sur le plan politique c’est le temps de la montée des totalitarismes : le fascisme en Italie avec Mussolini, le nazisme en Allemagne avec Hitler, le franquisme en Espagne avec Franco et enfin, le stalinisme en URSS avec Joseph Djougachvili dit Staline qui élimine tous ses opposants lors des Grandes Purges.

En Occident, les démocraties sont aux prises avec des scandales, notamment en France avec l’affaire Stavitsky (1934) et les manifestations des Ligues, en plus des difficultés économiques. Le Royaume-Uni abandonne ainsi la convertibilité de la livre/or et laisse le marché fixer la valeur de sa monnaie, de même il abandonne le libre échange pour des échanges préférentiels avec le Commonwealth. Le nombre de chômeurs passe de 3 millions en 1932 à 1, 8 millions en 1938.

En France, 1936 voit l’arrivée au pouvoir du front populaire : les accords de Matignon du 7 juin 1936 accordent le samedi chômé, créent les congés payés et nationalisent quelques entreprises. La SNCF, Air France et la Banque de France passent notamment sous le contrôle de l’État.

Aux États-Unis, Franklin Delano Roosevelt lance un premier New Deal sur déficit budgétaire. En 1934, l’économiste Simon Kuznets invente le PIB et en 1935 Roosevelt lance un second New Deal plus efficace. Les États-Unis restent isolés et comptent 9 millions de chômeurs.

En Allemagne, on compte 6 millions de chômeurs en 1933… et plus aucun en 1936 !

Comme il est facile de le comprendre, la situation politique de l’Occident dans les années 30 est extrêmement tendue et cette tension rejaillit sur la politique internationale.

La peur de le montée du totalitarisme allemand pousse les États occidentaux à conclure avec l’URSS, d’abord un pacte de non agression le 16 mai 1932 et ensuite le pacte franco-soviétique d’assistance mutuelle en cas d’agression le 2 septembre 1935. Ce dernier pacte conclu entre Maxime Litvinov et Louis Barthou est signé à Paris par Pierre Laval, ministre des affaires étrangères et Vladimir Potemkine, ambassadeur d’URSS en France. Il est ratifié par les députés le 27 février 1936 puis par les sénateurs le 12 mars 1936. L’échange des ratifications a lieu à Moscou le 27 mars 1936 et l’enregistrement auprès de la SDN [la Société des Nations créée afin de préserver la paix en Europe à la fin de la Première Guerre mondiale, ndlr] le 18 avril 1936.

L’article 2 indique: « Au cas où la France ou l’URSS seraient l’objet d’une agression non provoquée de la part d’un État européen, malgré les intentions sincèrement pacifiques des deux pays, l’URSS et réciproquement la France, se prêteraient aide et assistance ».

C’était la première et la dernière fois que l’URSS entre les deux guerres mondiales accepte un engagement positif. […]