Sud-Est de l’Ukraine : une opération antiterroriste a été lancée par Kiev

Depuis dimanche, le bilan des affrontements s’élève à 48 blessés, policiers et manifestants confondus, dont 16 pour la seule nuit de lundi à mardi


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En réponse à la prise, dimanche 6 avril, de plusieurs bâtiments officiels par des manifestants pro-russes à Kharkiv, Donetsk et Lougansk, Kiev a lancé, mardi 8 avril, une opération antiterroriste dans le Sud-Est de l’Ukraine.

Kharkiv, Donetsk. Devant l'administration régionale de Kharkiv, mardi 8 avril, surveillé par les forces spéciales ukrainiennes Crédits : friend.livejournal.com
Devant l’administration régionale de Kharkiv, mardi 8 avril, surveillé par les forces spéciales ukrainiennes Crédits : friend.livejournal.com

Kharkiv, 10h du matin, heure locale. Des bulldozers sont en train de nettoyer le parvis de l’administration régionale. Un peu plus tôt ce matin, à 6h, une opération antiterroriste a été lancée pour libérer le bâtiment occupé depuis dimanche 6 avril par des manifestants pro-russes, qui étaient allés jusqu’à créer, le lundi 7, une « république populaire autonome de Kharkiv ».

Selon le ministre de l’Intérieur par intérim Arsen Avakov, 70 personnes ont été arrêtées au cours de cette opération qui s’est déroulée « sans recours aux armes à feu », comme l’a souligné ce dernier sur son compte Facebook, mardi 8 avril. Les interpellés ont été transférés dans des centres de détention de Poltava et de Kiev, a précisé un peu plus tard le député ukrainien Mykola Kniajitsky. La mission a été menée par l’unité spéciale ouest-ukrainienne Jaguar.

Depuis dimanche, le bilan des affrontements s’élève à 48 blessés, policiers et manifestants confondus, dont 16 pour la seule nuit de lundi à mardi, a de son côté déclaré, mardi, le président de l’administration régionale de Kharkiv Sergueï Tchernov.

Plus à l’est, à Donetsk, une seconde opération des forces spéciales ukrainiennes a permis de libérer le bâtiment des forces de sécurité d’Ukraine (SBU), détenu depuis lundi matin par des manifestants pro-russes.

« Le président par intérim Olexandre Tourtchinov vient de m’informer que le bâtiment du SBU de Donetsk a été libéré par les forces spéciales ukrainiennes. Grâce à Dieu, il n’y a aucune victime à déplorer », a déclaré l’adjointe du secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense d’Ukraine (SNBO), Viktoria Sioumar, mardi 8 avril. Selon des témoignages cités par le portail d’information Vesti.ua, les activistes pro-russes auraient quitté le bâtiment du SBU de leur propre chef, avant même l’intervention des forces de l’ordre.

Aucun assaut ne devrait en revanche être lancé contre l’administration régionale de Donetsk, aux mains des manifestants pro-russes depuis dimanche, a promis mardi 8 avril le vice-Premier ministre ukrainien Vitaly Iarema, cité par l’agence de presse UNN.

Une décision qui intervient à l’issue d’une séance de négociations entre le pouvoir et un groupe de protestataires, initiée par le milliardaire ukrainien Rinat Akhmetov. « Ce sont eux [les protestataires] qui m’ont demandé de participer aux négociations. Lors des discussions, je leur ai expliqué que si leur but était de protéger la langue russe – je serais prêt à les soutenir, que s’ils étaient favorables à une décentralisation du pouvoir – j’étais encore prêt à les soutenir, mais pour moi, le Donbass doit rester l’Ukraine. Et je leur ai demandé de me soutenir sur ce point car pour moi, la question ne mérite même pas d’être discutée », a déclaré sur hromadske.tv, mardi matin, l’homme le plus riche d’Ukraine.

Ioulia Timochenko, qui a fait le déplacement jusqu’à Donetsk lundi 7 avril, a quant à elle pointé du doigt la Russie. « Je me suis rendue à proximité des bâtiments occupés à Donetsk. A 100 mètres, j’ai vu des gens se promener calmement et je n’ai relevé aucun incident inquiétant, a-t-elle confié aux journalistes, en russe. Cependant, les personnes qui se trouvent près de ces bâtiments ne ressemblent pas à des habitants locaux : la moitié était composée de militaires, l’autre de marginaux, soit 600 individus en tout environ. Il s’agit d’agents des services spéciaux russes ou de mercenaires. »

En pleine campagne pour la course à la présidentielle, l’ex-Premier ministre a également réaffirmé que Kiev avait l’intention de régler cette situation dans le calme et sans violence.

Parallèlement, le ministère ukrainien de l’Intérieur a donné l’ordre d’envoyer des unités des forces spéciales dans les villes de Donetsk, Lougansk et Kharkiv. « Ces unités sont prêtes à accomplir les missions qui leur seront confiées sans se soucier des particularités locales », a fait savoir lundi soir Arsen Avakov via la page Facebook du ministère.

Côté russe, le ministère des Affaires étrangères s’est inquiété de l’envoi de ces troupes « spéciales », parmi lesquelles pourraient se cacher des éléments extérieurs. « Selon nos informations, outre les forces d’intervention spéciale, des divisions de la garde nationale composée de combattants du groupuscule illégal Secteur droit et quelque 150 spécialistes de l’organisation militaire privée américaine GreyStone, camouflés en tenue de Sokol [forces spéciales ukrainiennes, ndlr], font également route vers l’est du pays », a communiqué, mardi, le ministère russe sur sa page Facebook.

Rappelons que l’Est de l’Ukraine est le théâtre ces dernières semaines d’une vague de mobilisation pro-russe, réclamant la tenue de référendums sur le statut de ces régions, sur le modèle de celui organisé en Crimée.