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Russie-Estonie : 40 ans de mariage forcé

Zinaïda. Quand une douanière estonienne l’apostrophe, je me dis que c’est bien le nom qu’elle doit porter, cette petite babouchka aux cheveux frisés qui voyage dans le train Tallinn-Moscou, fière de brandir son passeport russe. Elle est née en Estonie et y a passé toute sa vie. Mais elle n’a pas voulu pour autant, au moment où l’Estonie a retrouvé son indépendance en 1991, obtenir la nationalité estonienne, préférant solliciter à Moscou le livret rouge à l’aigle bicéphale.

Zinaïda, cela fait suranné, un peu comme Suzanne en français. C’est très russe également. Je partage le compartiment de Zinaïda, et deviens immédiatement l’objet de ses soucis grand-maternels. Durant les douze heures que dure le trajet, elle me régale avec insistance de ses tartines maison, me suggère d’aller régulièrement aux toilettes et me reproche de ne pas avoir pris mes petits chaussons pour le train.

Zinaïda s’introduit dans l’espace personnel de son interlocuteur – le mien, en l’occurrence – avec un naturel désarmant. Elle n’y voit aucun mal. Elle se contente, à la mesure de ses forces, d’œuvrer à améliorer ce monde. Elle sait s’y prendre, et elle est prête à partager ses connaissances avec l’humanité entière. Tant pis pour l’humanité si celle-ci refuse de l’écouter. Zinaïda la persuadera. La forcera. Certaine – on ne peut pas être plus sincère – d’être sur le bon chemin, elle frappera la première sa tête contre le mur quand sa voie la mènera, pour la énième fois, dans l’impasse.

Zinaïda me fait penser à la Russie. La Russie qui s’est assise, en 1940, sur le territoire de trois états indépendants (Estonie, Lettonie, Lituanie) pour les mener, si nécessaire à coups de trique, vers ce qu’elle imaginait être un « avenir heureux ». La Russie, qui s’est brisé le front en 1991 et reconnaît, bon gré mal gré, avoir pris la mauvaise direction. Mais qui refuse, paradoxalement, de présenter ses excuses à ses compagnons de route involontaires.

Entre deux maux

« Quand j’entends Poutine proclamer qu’il ira « buter les Tchétchènes jusque dans les chiottes », je me souviens que les petits voyous russes avec lesquels je me battais quand j’étais gamin avaient à peu près la même manière de s’exprimer. » Rein Ruutsoo rit aux éclats. D’ailleurs, il rit aux éclats à chaque fois que notre conversation touche à un sujet sensible. Professeur de sciences politiques à l’Université de Tallinn et co-auteur de la constitution estonienne, Rein avoue qu’il ne pouvait pas imaginer, dans son enfance, se lier d’amitié avec des petits Russes : « Ils nous traitaient de sales fascistes, nous les traitions de sales occupants. »

C’était la fin des années 1950, et l’Estonie n’avait encore pansé aucune de ses plaies. La toute première blessure, la plus douloureuse, datait de l’été 1940 quand, conformément aux protocoles secrets du pacte germano-soviétique, l’URSS avait introduit ses troupes dans les pays baltes et renversé leurs gouvernements. Tous les mécontents avaient dû prendre le train pour le Grand Nord. Au petit matin du 14 juin 1941, 10 000 Estoniens ont été tirés de leurs lits et nenvoyés, dans des wagons à bestiaux, sur la grande route des chantiers du Goulag (pour les hommes) ou en exil sibérien (pour les femmes et les enfants).

La deuxième vague de déportation se préparait à Moscou, mais l’invasion allemande, en juillet 1941, vint empêcher sa réalisation. « L’arrivée des Allemands en Estonie a été perçue par la population comme une sorte de libération », affirme Marek Tamm, historien estonien et rédacteur dans la maison d’édition Varrak. « Paradoxalement, avant 1940, l’Estonie, qui avait subi la domination allemande pendant plus de 700 ans, considérait l’Allemagne comme son plus grand ennemi. Mais l’invasion soviétique a changé la donne. Les Estoniens ont oublié les ennuis causés par les Allemands et ont réalisé que le mal venait de l’Est ».

L’occupation allemande a duré quatre ans et n’a pas laissé de souvenirs particulièrement douloureux dans la mémoire estonienne. Les Allemands ont massacré tous les Juifs du pays (1000 personnes environ) mais n’ont pas fait réellement souffrir les Estoniens. Probablement parce que, dans l’échelle des races, les Estoniens n’étaient pas très loin derrière les Allemands. Ou bien parce que les pays baltes avaient longtemps été la station balnéaire favorite des nobles allemands – la brise légère de la baie de Finlande avait dû replonger les troupes SS dans l’ambiance des vacances.

« Le bruit des bottes allemandes sur le pavé de Tallinn rassurait immédiatement ma mère », rapporte Rein Ruutsoo. « Les Allemands se sont comportés avec nous en gentlemen, fait écho Maria Hansar, comissaire d’expositions. Quant aux Soviétiques, ils ont agi comme des ploucs ». « Le soldat allemand a effectivement été plus civilisé que le soldat russe », ajoute Marek Tamm. « Ce qui ne justifie pas pour autant l’occupation nazie, s’empresse-t-il de préciser. Les Estoniens ont rapidement compris que les Allemands ne leur apportaient pas la liberté. Néanmoins, l’occupation allemande a été moins sévère et surtout moins longue que l’occupation soviétique, qui n’a pris fin qu’en 1991. C’est cette année-là que la Deuxième guerre mondiale s’est terminée pour l’Estonie. »

Quand, en 1944, l’Armée rouge s’approche des frontières des pays baltes, 40 000 Estoniens s’engagent sous les drapeaux allemands pour empêcher la nouvelle invasion soviétique. « Les Estoniens étaient pris entre deux maux, commente Marek Tamm. Certains d’entre eux ont décidé d’expulser un mal par l’autre. Pour cela, ils ont eu recours aux armes et aux uniformes allemands. »

En vain. Les Soviétiques avancent et gagnent. Le 22 septembre 1944, ils prennent Tallinn et remplacent le drapeau tricolore estonien, au sommet de la Grande Tour Hermann, par l’étendard rouge. Ainsi commence la période que la majorité de la population estonienne nomme « la deuxième occupation soviétique ».

Le 25 mars 1949, Moscou procède à une deuxième déportation de masse de la population estonienne. Cette fois, 20 000 personnes sont envoyées en Sibérie, dont un quart dans la région d’Omsk, à proximité du polygone nucléaire de Semipalatinsk, où sont organisées régulièrement des explosions de bombe atomique ; la population, qui montre pourtant des symptômes d’irradiation aiguë, ne reçoit aucun traitement. Les médecins expliquent aux gens qu’ils sont atteints de brucellose.

« Nous n’oublierons jamais cela, m’assure Rein Ruutsoo. De quelles relations entre les Russes et les Estoniens peut-on dès lors parler ? Ces Russes, je les vois entrer dans mon jardin et voler mes pommes. Quand je leur exprimais ma colère, ils répliquaient que je n’avais qu’à partir en Sibérie comme les autres, et qu’ils trouvaient d’ailleurs étrange que je sois toujours là. Quand j’ai entouré ma pallissade de barbelés, la police m’a fait payer une amende ! »

Cohabitation forcée

Avec le temps, les passions s’apaisent, mais les offenses ne s’oublient pas. Sous le régime soviétique, les Russes et les Estoniens vivent dans deux mondes à part, ne rentrant en contact qu’en cas de stricte nécessité. L’arrivée massive de Russes en Estonie débute juste après la guerre. En quelques décennies, le taux de russophones atteint 40% de la population du pays. « Sachant qu’en 1940, les Russes en Estonie constituaient 5% de la population », précise Marek Tamm. Les gens ne viennent pas sur un coup de cœur – ils sont envoyés par l’administration de leurs facultés ou des lycées professionnels, qui décidaient à l’époque du lieu du travail de chaque diplômé. Ainsi, des milliers d’ouvriers, d’ingénieurs, de médecins et d’enseignants s’installent en Estonie. Ils sont logés dans quelques villes industrialisées comme Narva ou Kokhtla Yarve, travaillant majoritairement dans les usines. Les nouveaux arrivants bénéficient de leurs propres hôpitaux. Les enfants vont dans des écoles russes. Ils y apprennent l’estonien, mais de façon peu systématique, et ils ne le parlent pratiquement pas.

Les Estoniens ne se précipitent pas non plus à la rencontre de leurs nouveaux voisins. Ils envoient leurs enfants dans des écoles estoniennes, où l’ensemble des matières est enseigné dans leur langue maternelle. Contraints d’apprendre le russe, ils le font sans enthousiasme ni efforts particuliers. Pourtant, vers la fin de Perestroïka, 70% des Estoniens parlent russe, tandis que seuls 15% des Russes d’Estonie communiquent en estonien.

Tout au long de la période soviétique, les Estoniens de l’ancienne génération, n’ayant pas appris le russe, se retrouvent dans des situations embarrassantes dès qu’ils tombent sur un vendeur ou sur un médecin russophones. « Une fois par mois, ma mère faisait un scandale : il y avait toujours un vendeur qui refusait de la servir sous prétexte qu’elle ne parlait pas russe », témoigne Rein Ruutsoo. « Moi qui n’ai pas beaucoup appris le russe à l’école, j’avais parfois des problèmes quand je voulais m’acheter une glace ou un jus d’orange », précise Marek Tamm.

La langue estonienne subit sa plus grande offensive en 1978, quand Moscou oblige les chercheurs estoniens à publier en russe. Le sujet de leurs thèses pouvait porter sur les conjugaisons historiques des verbes estoniens, cela ne changeait rien. La mesure soulève une profonde indignation dans les milieux universitaires et intellectuels. « Si nous avions arrêté d’écrire en estonien, cela aurait mis fin à notre culture, explique Rein Ruutsoo. Nous aurions fini par ne parler estonien que chez nous, comme les Caréliens¹ ». Les chercheurs décident de résister et écrivent au gouvernement soviétique une lettre où ils demandent l’arrêt du processus de russification de l’Estonie. Signée par 40 personnes – dont 25 siègent aujourd’hui au Parlement estonien –, la lettre restera dans l’histoire sous le nom de « Lettre des quarante ».

Le gouvernement russe ne s’empresse pas d’exaucer leur prière. Au contraire, il se hâte d’éloigner les signataires des postes dirigeants et tente de diminuer leur influence dans la société. Rein Ruutsoo, un des auteurs de la lettre, se voit refuser une place de chercheur au sein de l’Institut d’Histoire de Tallinn. Le seul endroit où il parvient à trouver du travail est la bibliothèque municipale. Il y passera huit ans, avant que l’Estonie ne redevienne un état indépendant.

Une vie sans passeport

L’année de la déclaration d’indépendance, la population de l’Estonie compte 1 565 000 personnes, dont 61,5 % d’Estoniens « ethniques » et 38,5% de russophones, issus de Russie, mais aussi d’Ukraine, de Biélorussie et de Moldavie. Seuls les Estoniens de souche acquièrent le droit d’échanger leurs passeports soviétiques pour des passeports du nouvel État estonien. Les russophones doivent passer un examen « de naturalisation » – s’ils souhaitent rester en Estonie – ou demander la citoyenneté de leur pays d’origine. « Vous imaginez notre humiliation quand, un beau jour, on nous a annoncé que nous devions prouver notre loyauté à l’État estonien ! », s’indigne Valeria Sedler, enseignante en lettres, d’origine russe, née en Estonie. « Et pourtant, au référendum qui a précédé le démantèlement de l’URSS, j’ai voté pour l’Estonie indépendante !, poursuit-elle. Et voilà que le lendemain, moi et toute ma famille, nous devons faire des kilomètres de queue pour réunir tous les papiers nécessaires, avant de nous présenter à un examen d’estonien. Nous l’avons tous passé, même ma mère de 60 ans, et nous avons eu nos passeports bleus. Mais, par ailleurs, je comprends parfaitement les gens qui ont refusé de subir cette procédure. ».

Dans l’Estonie actuelle, ils sont 7,9% (107 937 personnes) à n’avoir toujours pas choisi leur nationalité. Leur pièce d’identité est un passeport gris, au statut d’« étranger », qui permet de se déplacer à l’intérieur du pays mais ne donne pas le droit de vote. « Un nombre aussi important de non-citoyens vivant en Estonie va à l’encontre des intérêts nationaux », commente Raivo Vetik, professeur de politique comparée et spécialiste des relations interethniques à l’Université de Tallinn. À l’en croire, la responsabilité de cette situation en incombe au parti de la Réforme, actuellement au pouvoir en Estonie. « La majorité des russophones votent pour le parti estonien du centre, principal rival du parti de la Réforme, explique le chercheur. Les réformistes n’ont pas intérêt à ce que les russophones « non citoyens » se fassent naturaliser. Dans ce cas, ils auraient eux aussi le droit de voter et les chances du parti de la Réforme aux prochaines législatives seraient compromises ».

Soldat de bronze : qui prod est ?

C’est d’ailleurs le parti de la Réforme qui avait initié, en avril 2007, le transfert du monument aux libérateurs de Tallinn, depuis la place centrale de la capitale vers un cimetière éloigné. L’événement avait suscité l’indignation des Russes d’Estonie et avait provoqué de violentes émeutes à Tallinn. Ses habitants s’en souviennent aujourd’hui avec douleur, tentant de masquer leur émotion.

« Je ne peux pas en parler, c’est trop difficile. » Valeria Sedler se tait pendant quelques secondes. « Récemment, j’ai vu une grand-mère estonienne avec son petit-fils, qui apportaient des fleurs au monument. Heureusement qu’on trouve encore des Estoniens qui ne justifient pas les fascistes. Vous n’allez quand même pas les justifier, vous ? », me demande-t-elle avec espoir.

Les Estoniens que je rencontre n’apportent pas de fleurs au Soldat de bronze, mais n’ont jamais revendiqué son transfert non plus. « On aurait pu le laisser où il était, commente Maria Hansar. Le monument a une forte valeur symbolique pour les russophones, et le gouvernement aurait dû prendre ce facteur en considération. Le plus révoltant, c’est que les autorités n’ont même pas jugé nécessaire d’expliquer leur décision. Beaucoup de Russes n’ont toujours pas compris que ce monument avait une signification différente pour les Estoniens. » « La meilleure solution aurait été de laisser le monument à sa place, mais de changer le contexte dans lequel il s’insérait, estime Marek Tamm. Nous aurions pu transformer la place en un mémorial à toutes les victimes de la deuxième guerre mondiale : aux Russes et aux Estoniens. »

« L’idée de déplacer le monument n’est pas née au sein du peuple estonien, mais dans la tête des politiciens, analyse pour sa part Raivo Taive. Dans les années 1990, la majorité des Estoniens se montraient indifférents envers le Soldat de bronze. En avril 2007, la moitié d’entre eux se sont prononcés contre son déboulonnement. Mais, quand le transfert a eu lieu, 80% des Estoniens ont approuvé la décision du gouvernement. C’était après les émeutes provoquées par des nationalistes russes, qui avaient brûlé des kiosques et saccagé des magasins et des pharmacies. Le transfert du monument a accru la méfiance entre Russes et Estoniens, et entraîné la polarisation de la société. L’image de l’Estonie à l’international en a aussi beaucoup souffert. »

« La Russie a aussi sa part de responsabilité dans l’escalade du conflit entre russophones et Estoniens de souche, nuance Marek Tamm. Regardez les émissions que la télévision russe diffuse dans les pays baltes ! Les Russes y sont présentés comme des victimes, tandis que les Estoniens et les Lettons passent pour de véritables oppresseurs ! Cela n’aidera pas les Russes à s’intégrer. »

C’est comme si la Russie avait intérêt à préserver des enclaves de russophones non intégrés dans les ex-républiques soviétiques pour… « les reconquérir au plus vite ! », s’exclame Reet Varblane, professeur à l’Académie des Beaux-Arts d’Estonie. « À tout moment, la Russie peut envoyer des troupes en Estonie, comme elle l’a fait en Géorgie ! », affirme-t- elle, en toute certitude. « Le Kremlin n’aura qu’à dire : « les Russes sont opprimés ! Nous devons les protéger ». Les risques d’une nouvelle invasion russe en Estonie sont loin d’être dérisoires ! ».

« Je crois peu à cette possibilité, modère Marek Tamm. Ces hypothèses, d’ailleurs largement répandues parmi les Estoniens, sont basées sur l’expérience historique négative, mais aussi sur une peur existentielle des Estoniens devant la puissance russe. C’est la peur d’être englouti par le grand voisin, la peur de disparaître. C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle les Estoniens tiennent tellement à leur langue et à leur culture. C’est dans ces deux entités – et non dans l’État ou la Constitution comme c’est le cas des Français – qu’ils placent la source de leur identité. C’est aussi pour cela qu’ils exigent des russophones désirant obtenir la nationalité estonienne que ceux-ci prouvent leur aptitude à communiquer en langue estonienne ».

Chute du mur de Tallinn

Les Russophones – malgré tous les efforts des politiciens – sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à maîtriser l’estonien. Aujourd’hui, la part de Russes communiquant en estonien a atteint 50% (leur nombre était de 15% en 1989 !) « Mes deux filles font leurs études supérieures à l’Académie des Beaux-Arts et à l’Académie de musique de Tallinn et communiquent en estonien toutes les deux, se félicite Valeria Sedler. On les complimente même sur leur estonien littéraire ! C’est le signe que l’intégration des russophones dans la société estonienne se déroule de façon naturelle, et qu’il n’est nul besoin de la forcer. »

Elnara Taidre semble incarner, à elle seule, l’exemple d’une intégration réussie. Née d’une mère à moitié estonienne, à moitié polonaise et d’un père azerbaïdjanais, elle grandit à Narva, ville où les russophones représentent 97% de la population. À 17 ans, elle décide d’étudier les Beaux-Arts à Tallinn et se lance dans l’apprentissage de l’estonien qu’elle ne parle pratiquement pas. Elle réussit le concours, et, armée de ses dictionnaires, se rend en cours où professeurs et étudiants l’accueillent, seule russophone de sa promotion, avec bienveillance et curiosité. « C’est grâce à mes amis estoniens que j’ai appris la langue aussi vite, assure Elnara. Ils ne se fatiguaient jamais de me suggérer le bon mot ou de corriger mes copies. J’avoue que, par moments, j’en abusais », sourit-elle. « Les Estoniens instruits sont très admiratifs de la culture russe, ajoute-t-elle. Souvent, ils s’imaginent que les Russes sont tous des êtres spirituels et particulièrement doués pour les arts et la littérature. C’est une représentation difficile à assumer ! » Elle est choquée quand un de ses condisciples lui demande si elle a senti qu’il ne l’aimait pas. « C’était un des garçons les plus gentils !, s’exclame Elnara. Il était le premier à venir à ma rescousse. Et pourtant, il ne pouvait pas s’empêcher d’avoir une dent contre moi parce que je venais du milieu russophone. Et c’est compréhensible, après tout. Ses grands-parents ont été déportés dans des wagons à bestiaux. »

À en croire Elnara, le mur de verre qui a séparé les deux peuples pendant 40 ans de cohabitation forcée est enfin brisé. La jeune femme travaille avec des Estoniens, fait la fête avec des Estoniens et s’apprête même à se marier avec un Estonien. Preuve peut-être la plus marquante de la fin de l’époque de l’ignorance mutuelle : du temps de l’URSS, les unions entre les Russes et les Estoniens n’ont jamais dépassé 4% du nombre total des mariages. À l’heure actuelle, « cela n’étonne plus personne ! », s’amuse Elnara.

1 Les Caréliens sont un peuple d’Europe du Nord parlant une langue finno-ougrienne, le carélien, et vivant dans la région de Carélie, comprise entre la mer Baltique à l’ouest et la mer Blanche à l’est. Aujourd’hui, cette région est partagée entre l’Est de la Finlande, peuplée par les Caréliens de Finlande, et la République russe de Carélie, peuplée par les Caréliens russes.

Inna Doulkina

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