Le Courrier de Russie

La lutte antiterroriste au centre de la rencontre entre Sergueï Lavrov et Jean-Yves Le Drian à Paris

Jeudi 6 juillet, à Paris, les ministres des affaires étrangères français et russe Jean-Yves Le Drian et Sergueï Lavrov ont discuté de la Syrie, de l’Ukraine et des relations bilatérales. Kommersant fait le bilan d’une rencontre des plus « amicales ».

Sergueï Lavrov et Jean-Yves Le Drian à Paris, le 6 juillet. Crédits : MID Russie/Flickr

Sergueï Lavrov est arrivé à Paris à la veille du sommet du G20, qui se tient les 7 et 8 juillet à Hambourg, en Allemagne. La rencontre entre les deux hommes succède à celle de Vladimir Poutine et Emmanuel Macron en mai et à la visite de Jean-Yves Le Drian à Moscou en juin. Les négociations entre les deux diplomates ont été constructives et, dans leurs déclarations publiques, MM. Lavrov et Le Drian ont tenté d’aplanir les divergences qui existent entre Moscou et Paris sur des dossiers sensibles tels que la Syrie et l’Ukraine.

Le format de la conférence de presse organisée à l’issue de la rencontre a été, pour sa part, quelque peu inattendu. Avant le début des négociations, la partie française avait en effet annoncé que la conférence de presse ne serait pas suivie de la traditionnelle séance de questions-réponses. En définitive, les ministres sont entrés dans la salle de presse, sont montés sur l’estrade, ont fait part chacun à leur tour des résultats de la rencontre, ont remercié les journalistes et, faisant fi des exclamations étonnées de ces derniers, ont échangé une poignée de main, signalant ainsi la fin de la rencontre.

Si Sergueï Lavrov a au final bien voulu répondre aux questions de journalistes dans une pièce adjacente, on ignore pourquoi Jean-Yves Le Drian a, lui, refusé de s’entretenir avec la presse.

Le dialogue de Trianon

Sergueï Lavrov répondant aux journalistes à Paris, le 6 juillet. Crédits : MID Russie/Flickr

Pourtant, à en juger par les interventions respectives des deux diplomates, les positions de Moscou et Paris coïncident sur presque toutes les questions abordées.

Ainsi, au cours de la rencontre, les diplomates « ont comparé leurs positions » au sujet de la Syrie, a indiqué M. Lavrov. « Nous avons échangé nos opinions sur la Syrie, dont nous avons parlé relativement longtemps et en détail. La priorité est d’anéantir l’Etat islamique, le Jabhat al-Nosra et d’autres organisations terroristes », a expliqué le ministre russe avant de souligner qu’« il faut, en parallèle, résoudre les problèmes humanitaires ». « Nous devons faire en sorte que les Syriens se mettent le plus rapidement possible d’accord, via un dialogue ethnoconfessionnel, sur la façon dont ils vivront à l’avenir », a-t-il poursuivi. M. Lavrov a également indiqué avoir informé son homologue français du bilan de la conférence internationale sur la Syrie à Astana, organisée début juillet, et avoir discuté avec lui de la reprise des pourparlers à Genève sous l’égide de Staffan de Mistura.

Jean-Yves Le Drian a pour sa part souligné qu’en Syrie, la France et la Russie ont un seul ennemi et un seul objectif. « [En Syrie], nous faisons face à un ennemi commun, qui est le terrorisme. Et nous partageons un même objectif : la paix. C’est une question de sécurité nationale pour la France comme pour la Russie », a déclaré le ministre français. D’après lui, Paris et Moscou doivent coopérer sur ce dossier : « C’est ensemble que nous relèverons les grands défis de sécurité qui se posent à nos deux États et c’est ensemble que nous illustrerons notre engagement à y faire face avec pragmatisme et détermination. »

Dans le même temps, a admis M. Le Drian, Paris et Moscou peuvent « avoir des divergences sur certains aspects ». « Nous les assumons. Cependant, s’agissant par exemple de l’emploi des armes chimiques nous y sommes tous deux très fermement opposés. L’enjeu désormais, c’est de parvenir au démantèlement complet des stocks d’armes chimiques du régime, comme l’engagement en avait été pris », a insisté le ministre.

Concernant l’Ukraine, Sergueï Lavrov a affirmé que Moscou et Paris étaient d’accord sur la « base » de la résolution du conflit et sur la nécessité d’exécuter les accords de Minsk le plus rapidement possible, un point également mis en exergue par le ministre français. Ce dernier a en outre fait comprendre que les relations bilatérales et le dialogue UE-Russie dépendaient de la résolution du conflit ukrainien.

À la question posée par Kommersant concernant la date de la prochaine réunion au « format Normandie », à laquelle participent la Russie, l’Ukraine, la France et l’Allemagne, M. Lavrov a répondu : « Nous y sommes prêts. Il ne reste plus qu’aux autres parties à s’entendre sur des délais convenables. »